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10 ans de porno : la revue 2010-2020 de la rédac

C’est la fin de l’année 2020 (enfin), le Tag a 10 ans et moi j’ai… arrêté de compter. Je repense à ces dix dernières années et à tout le porno que j’ai vu défiler sous mes yeux, en essayant de me souvenir de ce qui m’a marqué. Sans mentir, la première chose à laquelle je pense, c’est ce site, sur lequel vous lisez ces lignes. Le Tag Parfait, que j’ai découvert peu après sa création, en 2011, a changé ma vie et ma vision du porno et de son industrie, quand je n’étais qu’une simple spectatrice, toujours regardée de travers car je connaissais énormément d’actrices, de films, de studios… Je pourrais passer des heures à vous raconter, mais je vais plutôt laisser la parole à nos contributeurs et journalistes pour qu’ils vous fassent part de leur meilleur (ou pire) souvenir porn entre 2010 et 2020. – Carmina

Vex Ashley et Four Chambers

La rédaction a spontanément – et quasiment à l’unanimité évoqué Vex et son travail incroyable pour son projet Four Chambers. Nous vous parlions déjà d’elle en 2013 alors qu’elle était encore camgirl, et que Four Chambers était à peine démarré.

Aujourd’hui, le collectif a produit pas moins de 65 courts-métrages, dont la qualité ne cesse de progresser et de repousser la frontière entre art et pornographie (s’il y en a vraiment une !). Il est compliqué de trouver les mots pour décrire le porno de Four Chambers. C’est beau, chaud, esthétique, artistique, fascinant, hypnotisant… Si vous ne connaissez pas encore, vous avez loupé complètement la décennie, et il est temps de vous rattraper.

Sasha Grey

Impossible de clôturer cette décennie sans évoquer Sasha Grey et son regard pervers. Plutôt que de louer l’entièreté de son œuvre, je vais me concentrer sur une scène particulière d’Anal Acrobats, qui pour moi est assez symbolique de l’évolution qui a opéré ces dernières années concernant la  surenchère de performance du tag #anal:  Sasha et Dana Dearmond sont déguisées en lapin de Pâques, en chaussettes montantes façon publicité American Apparel, fond blanc épuré, pas de scénario, pas de piscine à débordement ou de canapé blanc dans une villa de LA, juste des plugs toujours plus gros qui rentrent dans  leurs petits culs.

Pour moi cette scène est LA référence de l’anal de cette époque, un peu aseptisé, un peu pop, playful, coloré et léger, en rupture avec les scènes hardcore du porno mainstream de l’époque. Une performance extrême où l’Anal Queen Sasha m’excite toujours autant et qui pourtant semble bien moins impressionnante au regard de performances plus récentes d’une Charlotte Sartre ou d’une Nathalie Mars. – June

Vie et mort de Tumblr

Mon aventure avec le porno a commencé en 2015, quand j’ai enfin pu cliquer, la main pleine d’assurance sur « Entrer » pour confirmer ma majorité sur les différents sites. Et celui qui a reçu le plus la fierté de mes frais 18 ans, ce fut Tumblr. Les gifs, les fanfictions, les images chinées aux quatre coins d’internet, les extraits de scènes sans avoir besoin de fouiller les tubes : c’était le paradis.

La tristesse en une image.

Enfin… jusqu’en décembre 2018, lorsqu’à la suite du rachat par Verizon : Tumblr prend la décision radicale d’interdire tout type de contenu explicite. Coup dur pour moi, je suis tombée de mon petit nuage et du monde des bisounours. Non, le porno n’est pas le bienvenu partout. Et je me rendais doucement compte qu’il n’était bienvenu nulle part. La désillusion a été violente mais m’a permis d’ouvrir les yeux sur la vérité de l’industrie, les difficultés rencontrées par tous les acteurs du monde du porno.
Aujourd’hui mon petit nuage est bien haut dans le ciel et impossible de revenir en arrière. Le bilan de ma demi-décennie porno est un peu terni par cette réalisation, mais j’ai compris qu’il fallait fouiller un peu plus, lire, et partager pour se rendre compte qu’au moins le porno est toujours bienvenue dans nos esprits.Lowiness

Oh, Gabbie !

Le truc qui m’a le plus marqué dans le porno, entre 2010-2020 ? Au pif : Gabbie Carter. Que voulez-vous, je suis un homme, et primaire avec ça. Dès que je vois une actrice à gros seins (naturels s’il vous plaît), mon cœur fait BOUM. Non pas que la miss soit la reine des pratiques hardcore – je la trouve même un tantinet trop sage – mais l’entendre baragouiner quelques mots en français lors d’une scène pour Teen Fidelity (« Oui monsieur ») suffit à vous faire lâcher la purée en moins de trois secondes. Peut-être est-cela crise de la quarantaine qui s’approche ?

Gabbie-Carter-3

Cependant, malgré toute ses qualités, la petite Gabbie ne fait pas le poids face à sa rivale directe, la latina Autumn Falls (Xbiz Awards 2020 catégorie Best New Starlet). Un sacré morceau aussi celle-là. – Jonathan Konitz

La montée de l’audioporn

Ma toute première rencontre avec le porn et l’érotisme, c’était l’écrit, quelque part entre un Harlequin volé sur une étagère et Revebebe. Et bien que le porn filmé dans toutes ses textures et ses rougissements m’offre des instants de détente et de jouissance sans pareil, la continuité de ces écrits, que j’avais enterrés avec le reste de mon adolescence, c’est dans l’audioporn que je l’ai trouvée.

Peut-être est-ce la place encore plus grande laissée au fantasme quand on me prive de l’image, peut-être est-ce la liberté laissée aux performers qui ont pour seule limite logistique leur propre imagination, peut-être est-ce le fait d’écouter des podcasts pendant une journée de travail et d’entendre Spotify lancer des soupirs imprévus… Échaudée par mon aversion pour l’ASMR, j’ai mis du temps à y venir, mais j’espère que la vague, somme toute assez récente, de l’audioporn continuera longtemps à nous provoquer de petits tsunamis. – Andie

Le fauxcest

Ces dix dernières années marquent aussi la multiplication des scènes dites de fauxcest (faux incest), au point que depuis 2015 les AVN awards en ont fait une nouvelle catégorie.

Perverse Family

Si ce tabou est souvent contourné pour des raisons légales, via la mise en scène et l’utilisation des termes « step-mum » ou « step-dad », la série Perverse Family  ne prend en revanche pas de pincettes et incarne tout ce que ce tag peut représenter de dégénéré. Dans une ambiance #horrorporn façon « La colline à des yeux » la famille de Anna de Ville se vautre dans tous les fetishes les plus hardcore, cumulant et combinant les scènes incest, gang bang, uro, vomi, prolapse ou force-feeding et c’est tout autant malaisant que fascinant. – June

Manon Praline

Si entre 2010 et 2020, j’ai vécu bien des tumultes, mon rapport au porn n’y a pas échappé. J’ai construit une part de ma sexualité et de mon identité au fil des tag qui s’enchainaient sur mon clavier, avec une certaine consistance pour la bisexualité. Pourtant, ma plus grosse claque de la décennie, c’est bien au cœur de mon être que je l’ai prise, et non sur le cul. En mai dernier, j’ai eu la chance d’interviewer Manon Praline, pour la sortir de sa première réalisation : My Garage My Rules.

My garage, my rules

Alors qu’à l’époque, la non binarité me titillait déjà fortement l’esprit chaque matin, une simple interview et un visionnage du film concerné viendra marquer le coup de grâce, et me faire naître dans mon identité de genre, la vraie, celle qui ne me fait pas souffrir chaque matin. « C’est que du porn. » Pour certains, peut être, mais pour moi, ça a constitué un véritablement bouleversement dans ma vie. Et le porn, parfois, c’est ça aussi. De quoi conclure en beauté cette décennie. – Valentine Leroy

La cabine d’essayage

Un lieu invitant à se déshabiller. Situé dans un espace public (souvent très fréquenté) mais caché (préservant l’intimité). Un lieu où on essaye des choses. Pour se faire plaisir. Bref, un lieu où les ingrédients pornographiques semblent réunis. C’est presque devenu une figure imposée pour les pornographes des années 2010.

Letty Black va faire du shopping

La cabine d’essayage est un classique de l’exhib tranquille. Le frisson d’entendre les autres (dans le magasin) en baisant (discrètement). Au risque de se faire surprendre. Pourtant, la passion prend parfois le pas sur la furtivité. Dans la « changing room », on trouve surtout des fellations avec éjac dans la bouche. Parfois des faciales dégénérant en Cum Walk. Parfois des fellations à deux langues. Il y a aussi beaucoup de vidéos de quickies (ces délicieuses petites baises rapides). Plus rarement, de l’anal : on saluera l’exploit. Enfin, notons quelques perles de plaisirs solitaires. – Kinky Linking

Trop de Lush tue la sexcam

Pendant cette décennie j’ai notamment découvert le monde de la cam, avec d’abord Livejasmin, puis Cam4 et Chaturbate. Pour moi c’était une révolution. Puis en 2014/2015 arrivent les sextoys connectés, dont le Lush. Rien à voir ici avec la boule pour votre baignoire, je parle plutôt du célèbre sextoy connecté de Lovense. Sa liaison avec les plateformes de streaming pour grandes personnes est plutôt intéressante. En fonction du tip — un don en token venant d’un spectateur —, le jouet vibre plus ou moins fort et/ou longtemps, et permet donc une interaction directe avec le·a modèle.

La bête : « Lush 2 »

Malheureusement un peu comme le COVID, cet outil s’est répandu sur l’ensemble du réseau, emportant avec lui la créativité des shows cams. Beaucoup, pour ne pas dire tous, reposent dorénavant sur le Lush ou assimilé. Preuve en est, le hashtag #lovense sur Chaturbate indique 1406 rooms à l’heure où j’écris ces mots, quand les suivants au classement peinent à atteindre les 500. J’ai néanmoins toute confiance envers nos perfomeurs·euses préférés·es pour se renouveler et proposer un tas de choses variées dans les 10 prochaines années, si du moins notre monde tient encore jusqu’à là. – 0ri (notre développer web, ndlr)

Bryci et le solo girl

Comme pour bon nombre de personnes de ma génération (coucou les trentenaires !), mon rapport au porno s’est d’abord fait sur les tubes, avant de me tourner vers le porno éthique. Mais mes années passées à fapper sur Pornhub, YouPorn et compagnie ont tout de même été marquées par quelques découvertes, et une vraie révélation dans mes jeunes années : le porno, ce n’est pas forcément une bite (ou plusieurs) dans un trou. Je m’explique : pendant longtemps, j’ai été l’une des victimes des clichés sur la pornographie et le sexe en général, selon lesquels un rapport sexuel impliquait obligatoirement une pénétration.

Puis un jour, j’ai découvert le site de Bryci, au hasard de je-ne-sais-plus-quelle recherche Google. À la fin des années 2000, je suis tombée sur les premières vidéos de cette jolie brunette, la girl next door par excellence, qui ne faisait que se masturber devant sa caméra. Du solo féminin ? Pour moi qui m’étais tournée vers le porno gay, lassée de voir les femmes servir de défouloirs à des mecs dans des gang bangs, c’était une vraie révolution. J’ai continué à suivre sa carrière de près, d’année en année, la création de sa chaîne Pornhub, les vidéos en solo, avec son mari, avec ses copines… Un porno différent, plus doux et plus complice, qui m’a réconciliée avec bien des choses. – Loun

L’évolution de la consommation du porno

Si je devais choisir une chose marquante sur ces dix dernières années, c’est du coté de la consommation du porno que j’irais la chercher. Après avoir vu l’avènement des tubes initié entre 2006 et 2010, l’illusion du tout gratuit et le pillage de l’industrie du X, on observe maintenant une reprise en main des principaux acteurs du marché.

Au travers des sites de cam ou de vente de contenu en ligne les TDS sont devenus des petits artisans du porn au sein d’un éco-système qui paraît bien plus sain qu’auparavant. Tendance évidemment renforcée cette année par un confinement qui a poussé toutes celles et tous ceux qui n’avaient pas encore franchi le pas à s’inscrire sur Onlyfans et consorts. Difficile de dire si la grosse machine du cul à l’ancienne va reprendre sa place après la crise mais il est clair que les habitudes ont changé, notamment cette proximité créée entre les consommateurs de porn et les créateur(ices) de contenu. – Ominae

Casual piss drinking 

Oubliez les baignoires ou les serviettes éponges. Finies les prises de tête : passez au « casual piss drinking » ! Le « casual » désigne un lifestyle décontracté et occasionnel. Une envie pressante ? Pas de toilettes en vue ? Aucun souci. Il suffit que votre partenaire s’accroupisse et ouvre la bouche. Certes, vaut mieux que la personne ait soif et aime les boissons chaudes. Chaque hiver, je me dis : « la tisane, c’est bien ; la pisse d’un être cher, c’est mieux ! » Surtout, ça résout le problème du manque de toilettes publiques. Lorsqu’on est sorti et que les lieux ne sont pas trop fréquentés (la pratique n’étant pas tout public), hop… un long drink. Bon, d’accord, il y a un petit risque d’en foutre partout. Sans parler de l’odeur.

Bref, dans ces années 2010, j’ai pu voir, avec ravissement, le kink de la pisse devenir une pratique « vanille » au sein du porno. De nombreuses vidéos de couples s’adonnant à ce partage de fluides ont effectivement fleuri sur les tubes. Allez ciao, j’ai soif ! – Kinky Linking

Parker Marx

Je ne pouvais pas ne pas rendre hommage à Parker, découvert en 2016 grâce à des réalisatrices comme Mrs. Naughty, Anoushka ou Erika Lust. Après avoir repéré sa prestation dans The bitchhiker, on l’a vu en vampire, en Mr. Darcy, en psy fan de latex (le tout chez Xconfessions).

Parker dans « Hot Power Couple » (XConfessions)

Un anglais, beau et bien élevé, sexy mais pas arrogant (le rêve), qui donnait envie d’être à la place de ses partenaires à l’écran. Dont acte. C’est après l’avoir rencontré en personne en 2017 que j’ai enfin sauté le pas et tourné mon premier film, avec lui. Hélas, comme beaucoup d’autres performers·ses croisé·es au hasard des tubes ou dans les productions de studios indés, il a tourné la page du jour au lendemain, disparaissant de nos écrans, laissant derrière lui des fans en manque, mais une filmographie longue comme… mon bras, et d’excellente qualité. – Carmina

Image en une : August Ames, qui nous a tragiquement quittés en 2017.

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