Noel Alejandro : « Il y a un potentiel de renouveau du porno »

Noel Alejandro est aujourd’hui un des réalisateurs les plus innovants du porno gay. Grâce à un esthétisme toujours très soigné et un désir prononcé de raconter des histoires aussi prenantes qu’excitantes, il a réussi le pari d’allier la pornographie au cinéma traditionnel. À l’occasion du lancement de sa nouvelle série de films, je lui ai posé quelques questions.

Ton style est très cinématique, tu soignes beaucoup tes histoires : pourquoi avoir fait le choix de te lancer dans le porno plutôt que le cinéma traditionnel ? Le fait d’avoir travaillé pour Erika Lust y est-il pour quelque chose ?

Quand j’ai commencé à travailler pour Erika Lust, j’ai compris qu’il y avait un potentiel de renouveau et de transformation de ce genre qui, malgré des décennies d’exploitation intensive, n’a pas connu d’évolution majeure. J’ai vu la possibilité de filmer des histoires à la fois belles et cinématiques, et d’y ajouter du sexe pour que les spectateurs vivent quelque chose à mi-chemin entre le cinéma traditionnel et le porno, quelque chose d’à la fois frais et pertinent. C’est pour ça que j’ai tenté d’innover dans le porno gay.
Mais bien que ce soit ce que j’ai fait et que je fais toujours aujourd’hui, ce n’est pas forcément ce que je ferai dans le futur. Au fond je n’ai qu’une envie, c’est d’apporter ma vision et ma passion en tant que réalisateur et de raconter des histoires prenantes et qui me sont importantes.

Noel Alejandro, Valentin Braun et Damian Mauro – Thank You…

Tu choisis souvent des sujets difficiles rarement abordés dans le porno. La mort en particulier est très présente dans certains de tes films, ce qui de prime abord peut rebuter certains spectateurs. Est-ce là ton intention, ou penses-tu que mélanger le sexe avec des sujets plus profonds peut être tout aussi excitant ?

C’est marrant, je ne pense jamais à une trame ou une situation érotique quand je commence à écrire mes films, et je ne choisis pas spécialement des sujets que mon audience apprécierait. Ce qui m’importe c’est que l’histoire me parle, et la faire prendre vie au travers des images que je filme. Le sexe fait partie de la vie, ainsi que la mort et tous les autres sujets que j’aborde dans mes films. Je n’ai pas de problèmes à présenter un film porno, mais j’ai toujours considéré le sexe dans mes films comme un véhicule pour emmener plus de gens à observer les dimension absurdes, fantastique et dramatiques de mon univers.

 
 
 
 
 
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Tu auras bientôt réalisé une vingtaine de court-métrages, est-ce que tu as l’intention de réaliser de longs-métrages dans le futur ?

La qualité de mes films a toujours été ma priorité, c’est d’ailleurs pour ça que certaines personnes dans mon équipe collaborent avec moi depuis longtemps. Je sais qu’elles me fourniront un résultat esthétiquement réussi. Mes productions sont aussi assez couteuses pour le genre, ce qui veut dire que si on décide de faire un long-métrage, ces coûts augmenteront en conséquence. Mis à part les considérations budgétaires, j’adore faire des courts-métrages. C’est pour moi un format stimulant en termes de développement narratif parce qu’en gros tu as 20 minutes pour esquisser tes personnages, développer une trame et intéresser les spectateurs à ton histoire. Dans un long-métrage tu as plus le temps de faire tout ça, mais ça pose aussi d’autres problèmes. Mais au final c’est une question de combien de temps j’ai besoin pour raconter une histoire en particulier, si j’écrivais quelque chose qui nécessitait plus de temps, alors je réfléchirais à tourner un long-métrage.

Noel Alejandro – Under The Rain

Ta nouvelle anthologie Bedtime Stories explore les différentes raisons qui emmènent les gens à coucher ensemble. As-tu déjà décidé d’un nombre de films et de quels sujets tu aborderas ?

Bedtime Stories est un projet plus ambitieux, le but est de sortir de nouvelles histoires plus souvent et j’aimerais arriver à sortir un film par mois une fois qu’on aura trouvé notre rythme. Ce projet me donne l’opportunité d’explorer des thèmes qui sont plus centrés autour d’aventures sexuelles. Ça permettra aussi à mes autres films d’avoir une identité différente et d’être moins bridés par les besoins du genre, permettant à leurs trames de partir dans des directions différentes.
Je vois aussi la possibilité pour Bedtime Stories de devenir un projet collaboratif et de me permettre de produire les histoires de réalisateurs venus de partout dans le monde afin qu’ils puissent raconter leurs propres expériences et celles de leur communautés. Des histoires de gens qui sont attirés les uns par les autres et qui baisent. Il y a peu de productions basées sur la diversité des pratiques sexuelles, et j’aimerais beaucoup que ce projet devienne un endroit où les gens puissent voir cette diversité et y contribuer avec leurs propres histoires et points de vue.

Pierre Emö et Frank Bertram – Bedtime Stories: Dear Father

Ton dernier film, After Cherries, parle de deux gars qui se disputent au sujet de théories complotistes et qui au final se réconcilient en prenant des drogues hallucinogènes et en baisant. Cette histoire semble très réelle, est-elle tirée de ton expérience personnelle ? De façon plus générale, tes films sont-ils basés sur tes propres expériences ?

Pour ce qui est de After Cherries, je suis consterné depuis des mois par l’absurdité des théories complotistes qui pullulent sur internet de nos jours. J’ai donc voulu montrer le ridicule de ces situations. En général, il m’est difficile de raconter des histoires prenantes si je n’arrive pas à m’identifier aux personnages ou à la situation. C’est pour ça que la plupart de mes films parlent de sujets ou de problèmes qui me touchent en tant que gay ou qui suivent des personnages qui me ressemblent quelque part ou qui ont les même doutes et peurs que moi. Par exemple, dans « Under the Rain », un des personnages a du mal à accepter son travail d’acteur porno. J’ai eu moi-même, en tant que réalisateur, des moments où j’avais tendance à avoir peur de simplement me présenter en tant que réalisateur porno, donc le personnage et moi avons eu à faire face au même problème, le travail que nous faisons. 

Shay Noir et Sultan of Filths – Bedtime Stories: After Cherries

Dans After Cherries, Shay Noir et Sultan of Filths semblent partager une connexion assez rare et profonde. Les as-tu choisis pour cette raison ou est-ce que c’est quelque chose qui s’est naturellement créé pendant le tournage ? Comment trouves-tu tes acteurs en général ?

Quand je choisis un acteur pour un rôle, mon seul souci est : « est-ce qu’il rentre dans la peau du personnage ? », et dans After Cherries la réponse pour les deux acteurs était oui ! Quand on répétait, ils partageaient une grande complicité sur le plateau qui s’est bien heureusement traduite à l’écran. La scène de sexe qui apparait dans le film était la première fois qu’ils couchaient ensemble, donc je pense que le public peut voir cette intimité et cette découverte du corps de l’autre qui peuvent expliquer pourquoi au final la scène de sexe est si excitante !

Shay Noir et Sultan of Filths – Bedtime Stories: After Cherries

Plus généralement, tu sembles avoir réussi à transformer ta marque en une solide société de production à l’heure où le « porno gratuit » est accessible partout. Trouves-tu que ton public est plus à même de dépenser de l’argent pour la qualité de tes productions ?

J’imagine que c’est une question de séduire le public. Bien sûr, en vendant un produit avec des mecs sexy et du porno, tu as un avantage comparé aux autres réalisateurs, et oui, le porno gratuit est disponible partout. Pourtant, je pense que le public a aussi parfois envie de contenu plus artistique ou mieux produit, ou qu’ils veulent voir plus d’un acteur particulier, et ils n’ont pas de problèmes à payer pour ça. Mes films offrent des scènes de sexe naturelles, élaborées visuellement et travaillées scénaristiquement, et c’est quelque chose qui, une fois de plus, reste plutôt rare. J’essaie de ne pas trop analyser mon public ou de comprendre ce qui les pousse à acheter mes films. J’écris, je crée et je filme des histoires qui me parlent à moi, mes motivations ne sont pas le profit que je vais tirer de mes films mais la profondeur de mon cœur et la noirceur de mon esprit.

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