Ciné Porn #10 – 8 Mile

C’est un regard et un geste qui enflamment les sens. Alexandra (interprétée par Brittany Murphy) partage un baiser enflammé avec Jimmy (Eminem) dans un coin de l’usine où il travaille. On entend les machines marquer le rythme de gestes répétitifs des ouvriers… et masquer les ébats du duo écrasé par le désir. Ils n’enlèvent pas leurs vêtements, découvrent juste assez leurs sexes pour permettre la pénétration. C’est à ce moment qu’elle a le geste : elle lèche copieusement la paume de sa main pour lubrifier son pénis, ses grands yeux bleus plantés dans les siens. Comme Jimmy, on gémit. 

8 Mile fait de Détroit le décor de la pauvreté crasse d’une population abandonnée par les pouvoirs  publics et dont les rêves d’un avenir meilleur sont conditionnés au talent et à la rage de s’en sortir. Alexandra utilisera son charme et son sexe. Jimmy, sa colère et ses mots mitraillettes. C’est cette envie d’ailleurs, d’un futur plus confortable et même sous les feux des projecteurs, qui les rapprochent. Le sexe qu’ils partagent ensemble est un sexe de survie, d’instinct de vie. C’est le seul sentiment qui les lient. 

Et c’est ce qui fait de cette scène très rapide, debout au milieu du décor industriel, en plein jour et presque en public, une scène qui marque la rétine du spectateur. C’est un moment de tension, de force brute, de coït animal entre deux passions incandescentes et égoïstes. Ce qu’ils désirent, au moment où ils fondent l’un dans l’autre, c’est être ailleurs. Et paradoxalement, c’est aussi ce qui les ancre inexorablement dans le présent. 

Pendant quelques minutes, il a le baggy au niveau des genoux et elle, ses jambes serrées autour de sa taille. On entend les râles. Les saccades de leurs corps sont presque synchronisées avec les cris des machines. Après l’orgasme violent, ils sont sous le choc et nous aussi. Ce sexe de survie, de rage, est là aussi pour nous rappeler que la sensualité, la tendresse et la douceur sont des luxes que tout le monde ne peut pas se permettre. 

Dans un autre monde, dans une autre ville, Alexandra et Jimmy auraient fait l’amour dans un lit après un deuxième date romantique (le premier se serait clôturé par un baiser chaste). Dans cette vie, à Détroit, en 1995, les créanciers ne laissent pas la place à la romance. Il faut d’abord penser à sortir de ce quotidien de drogue, d’alcool, de violence et de pauvreté. Jimmy est à la rue, dort dans la caravane de sa mère où il supporte les agressions permanentes de son beau-père alcoolique. Il traîne ses vêtements tachés dans un sac poubelle et parcourt la ville avec sa voiture bonne pour la casse. Entre Jimmy et Alexandra, il n’a jamais été question d’amour parce que la faim et la colère ont pris toute la place. Le sexe qu’ils partagent, juste une fois, sans préméditation, c’est un cri de rage. 

Les tags de 8Mile : #lickandstare #stand&carry #sexyprolétariat #baggyfestish #notacomedieromantique 

'

Aucun commentaire. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire