Bertoulle Beaurebec : « Je vais là où mes impulsions me mènent »

Bertoulle Beaurebec est une artiste, autrice, modèle et travailleuse du sexe ultra polyvalente. Des perfomances artistiques à l’escort en passant par le porno mainstream français et le porno indépendant à l’international, rien ne l’arrête. Présente dans les festivals pour ses live, sur Onlyfans pour la partie numérique, Bertoulle propose également des séances de coaching. Pour ma part, je l’ai découverte à travers ses performances liées à la scarification et au bondage. En d’autres termes, vous l’aurez compris, Bertoulle Beaurebec est partout. Pour y voir plus clair, je vous propose une plongée dans son univers où puissance rime avec liberté.

©Tiwy Chan

Tu es une artiste et travailleuse du sexe très polyvalente. Peux-tu nous raconter ton parcours et ses trajectoires ?

J’ai commencé par des études d’histoire de l’art et d’archéologie. Dans ma tête, mon chemin était tout tracé : j’allais finir mes cinq années d’études et devenir conservatrice du patrimoine. Or j’ai rapidement déchanté. La façon que nous avions d’aborder l’art me désintéressait. J’ai préféré arrêter ces études avant de détester aller au musée et en expo. C’est ainsi que j’ai décidé de passer une audition pour danser et m’effeuiller dans un théâtre érotique parisien. J’y suis restée deux ans et demi. La deuxième année, je suis rentrée au Cours Florent sur audition et c’est grâce à ce job que j’ai pu me payer les cours. Ensuite tout est allé très vite. Quand j’y repense, c’est même difficile d’organiser tout ça chronologiquement. D’abord le strip-club et mes premiers clients escort à Genève et les performances à Londres, puis à l’international. Ensuite le porno et l’écriture. Depuis quelques mois, j’ai terminé mon training d’avaleuse d’épée et depuis quelques semaines, mon premier tapuscrit. Je vais là où mes impulsions me mènent.

Tu es passée du porno mainstream français au porno ethnique à l’international, comment s’est passée cette évolution ?

Comme pour mon entrée dans le porno mainstream, j’ai envoyé un mail à Anoushka, qui a été ma première expérience dans le porno éthique. J’ai apprécié l’expérience de baiser sur un set, devant des caméras. Le côté subversif et l’aspect vraiment brut et sans fioriture – dont je suis lassée maintenant. C’était un moyen de mettre un pied dans le porno et me faire connaître un peu dans le milieu. Puis c’est à travers Marianne Chargois et le SNAP Festival que j’ai rencontré des travailleurs·ses du sexe qui partagent mon point de vue actuellement. En ce qui concerne mon tournage à l’étranger, j’ai été contactée par Sally Fenaux pour tourner avec elle.

Quelles différences significatives vois-tu entre le porno mainstream et indépendant en tant que performeuse ? Où se joue cette frontière si présente entre les deux milieux selon toi ?

La différence fondamentale entre pornos mainstream et indépendant (ou éthique) est dans le traitement des performeurs·ses et les images véhiculées. La manière de travailler est très différente selon le milieu. Dans le mainstream, on ne va pas demander l’avis des performeurs·ses, on ne va pas leur laisser le choix d’avec qui iels vont travailler, ni le choix des pratiques ou du rôle qu’iels vont incarner. Dans le porno éthique, c’est tout l’inverse. Les performeurs·ses et leur bien-être sont au centre des préoccupations des réalisateurs·rices. Tout est fait pour que tout le monde soit à l’aise et ne se force surtout pas à faire quoi que ce soit. Contrairement au mainstream, le porno éthique considère que le respect des performeurs·ses et leur enthousiasme sont nécessaires à la réussite d’une production.

Comment expliques-tu la sous-représentation des femmes noires dans la pornographie mainstream ?

Il y a une espèce de double standard au sujet des femmes noires dans le porno mainstream. D’une part, la femme noire n’est pas désirable alors on ne va pas la faire tourner car elle ne fera pas vendre. D’autre part, elle est une Jézebel, lascive, sauvage, faite pour le sexe. Étant donné que ces deux représentions sont absurdes, je ne l’explique pas.

As-tu toi-même été victime de discriminations entant que travailleuse du sexe racisée ?

À la seconde où j’ai témoigné de mon désir de faire du porno en France (ailleurs, cela n’a pas été le cas), j’ai eu droit à des tentatives de manipulation de la part des réalisateurs et producteurs. Tous semblaient s’accorder sur le fait que j’avais de la chance de tourner car je suis noire et qu’alors il ne faudrait pas trop faire la fine bouche, faire ce qu’on me dit et être reconnaissante. J’ai aussi eu droit aux sempiternels « Tu es belle pour une noire », « c’est agréable de tourner avec toi, tu n’es pas comme les autres : tu sens bon », etc… Mais j’entends également ce genre de propos hors la sphère du porno alors ne soyons pas trop exigeantes.

©Tiwy Chan

À quelle échelle ces constats et expériences ont-elles contribué au développement de ton militantisme ?

Je ne saurais pas te le dire. Je sais qu’énormément de choses clochent au sujet du traitement et la représentation des femmes noires en France depuis ma préadolescence. Je savais à quoi m’attendre en devenant travailleuse du sexe. Cela m’a simplement confirmé ces choses que je savais déjà et que j’avais préalablement expérimentées de différentes manières. Je pense que mon militantisme réside dans ma volonté de mener ma vie comme je l’entends.

Tu travailles également autour de la performance artistique comme tu as pu le présenter lors du SNAP Festival. Pourquoi as-tu choisi cette forme d’art ?

Je ne sais pas si je l’ai choisie sciemment. C’était plus comme une évidence de par mon profil. Une discipline scénique qui permet de regrouper la danse, le théâtre, mes rituels spirituels de résistance à la douleur pour mettre en avant des émotions, des messages tout en travaillant sur l’esthétique et une mise en scène : ça me permet tout simplement de ne pas choisir une seule discipline pour en laisser d’autres de côté.

À l’avenir, avec qui aimerais-tu performer ? Penses-tu également passer derrière la caméra ?

J’ai déjà tourné avec le performer des mes rêves : Bishop Black. Pourquoi pas Kali Sudhra… Passer derrière la caméra, j’y pense oui, mais ce ne sera pas pour tout de suite !

Image en une : Bertoulle dans les cordes de Alex DirtyVonP

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