Le London Porn Film Fest menacé

La troisième édition du London Porn Film Fest (LPFF) a lieu du 26 au 28 avril. Le climat britannique autour du porno est aussi nuageux que sa météo. Après la tentative de réguler les pratiques et l’accès au X avec justificatif d’âge, le brouillard s’étend davantage avec une attaque directe envers le festival.

Le LPFF devait démarrer sa troisième édition dans une sérénité relative, le programme était en ligne, les billets presque tous vendus et l’impatience montait chez les futurs spectateurs. Ce festival est accès sur les personnes queer et leur représentation, avec des films et documentaires qui explorent le travail des performeurs pornos et du travail du sexe en général. La politique et le militantisme sont au cœur de cet événement, sa raison d’être même, puisqu’il a été créé en réponse aux législations liberticides de ces dernières années. Il s’agit aussi d’un moment de rencontres entre les gens du milieu porno queer et les personnes intéressées par l’expression artistique de sexualités multiples et créatives.

tease cake by Poppy Sanchez for Xconfessions

Le film Tease Cake de Poppy Sanchez en présentation lors de la projection Fierce Femmes

Malheureusement, le festival subit des attaques de la part de l’association OBJECT, un mouvement féministe présidé par Janice Williams qui dit lutter contre l’objectivation des femmes et les violences qui leur sont faites. Sur leur site, elles décrivent leur crainte que la pornographie, la prostitution et les personnes transgenres aggravent l’oppression envers les femmes. L’identité de genre serait, pour elles, un terrible danger, un « outil du patriarcat » pour contraindre la moitié de l’humanité et empêcher leur libération. Elles sont donc désignées par les féministes prosexe comme Trans-exclusionary radical feminism (TERF) et Sex worker exclusionary radical feminism (SWERF).

Pour en revenir au LPFF, Williams et ses consœurs ont envoyé une lettre le 5 avril au Camdem Council (l’équivalent d’un conseil de métropole, mais pour Londres) pour les avertir que des choses pas très anglicanes se déroulaient dans les rues de leur ville. Elles s’offusquent de pas mal de choses, ce qui est logique vu qu’elles trouvent que la pornographie est malsaine et participe activement aux violences faites aux femmes. Mais il y a notamment un hashtag necrophilia qui a attiré leur attention (il n’est pas présent à ce jour sur le programme officiel).

Extrait du programme

En effet, dans la description du programme, les résumés des projections sont accompagnés de quelques hashtags utiles pour se faire une idée de ce qu’on va voir. Ont-elles pensé qu’il y avait une véritable personne morte dans un des films ? Peut-être… Mais il est plus probable qu’elles se servent cet angle pour dénoncer un événement qui leur déplaît.

Bien entendu, le LPFF a répondu à cet acte malveillant. Sur la page d’accueil de leur site, iels font le point sur la situation. Suite à la lettre au conseil, une enquête a eu lieu. Cela a entraîné des retards sur la préparation du festival et, surtout, des coupes nettes dans le budget déjà très précaire de l’événement. Avocat, d’avantage de staff, sécurité renforcée, des mesures sont prises pour éviter les débordements lors d’une possible manifestation par les féministes d’OBJECT. Le lieu du festival a même dû être changé, ce qui provoque d’autres dépenses. À la dernière minute, iels ont pu trouver un nouvel emplacement, la veille de l’ouverture. Les organisateur·rices tentent de maximiser la sécurité tant bien que mal. L’adresse sera divulguée le plus tard possible.

Nous envoyons notre rédactrice-en-chef sur place pour suivre l’événement et pour qu’elle puisse rapporter au plus près le climat délétère outre-Manche envers la pornographie, même quand celle-ci est alternative, queer et précaire.

Pour les personnes qui souhaitent aider le festival et ne pourront être sur place, il y a la possibilité d’acheter un billet de soutien.

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