ASMR, JOI et podcasts : le guide de l’audioporn

A l’aube de 2019, le porno audio perdure. Décliné d’un média à l’autre, il prend la forme de sessions ASMR plus ou moins obscènes, de séquences JOI ou encore…de podcasts. Face au flux d’images très X dont nous abreuve les tubes, il se renouvelle et témoigne d’une puissance sensuelle qui n’a rien à envier aux meilleurs faps visuels. On fait le point pour vous. 

ASMR

Gaffe aux amalgames : l’ASMR, pour « Autonomous sensory meridian response« , n’a pas pour but d’échauffer le bas-ventre. La sensation qu’il éveille au gré de divers moyens (frottements, craquements, chuchotements) se situe plutôt au niveau du cuir chevelu. Sur YouTube, on trouve les ASMRiennes classiques dont les abonnés se comptent par centaines de milliers, comme DonnaASMR (et ses tutos très détaillés), Sophie Michelle (et ses yeux d’une hallucinante clarté), ASMR Darling ou encore Emma WhispersRed.

Leur « whisper porn » (néologisme inventé à cette occasion) fait vibrer notre cerveau. Leur but ? Nous relaxer et nous aider à mieux dormir au fil de « triggers » bien à elles. Leur inventaire ? Pinceaux, brosses à cheveux, popcorn, crayons, instruments de musique, feuilles de papier, jeux de cartes. Détail amusant : Sophie Michelle est l’experte du roleplay, cette fantaisie bien connue des plateformes de vidéos X, et en fait le terrain fertile des plus folles situations ASMR.

Mais l’on se rend aussi sur la plateforme pour goûter à d’autres délices. De jeunes créatrices comme Tangerin – et ses déjà cultes « ear licking » – et AftynRose ASMR sensualisent davantage la pratique en y allant de leurs langues et de leurs lèvres glossées. Au programme ? Lécher le micro, le tapoter du bout des doigts, le caresser d’un revers de la main ou carrément l’avaler avec appétit. La dimension phallique de l’objet est assumée et il n’est pas rare que les chuchotements soient bannis de la session – seul compte le contact entre le micro et la bouche.

Au final, ces créatrices nous offrent des expériences immersives, au plus près des sensations et des souffles chauds, qui rappellent que l’oreille est une zone érogène, étroitement liée aux parties les plus intimes du corps. Ces vidéos très sulfureuses chambouleront autant les sexplorateurs que les audiophiles. Car  la qualité audio importe comme jamais ici. Ne l’oubliez jamais, un ASMR bien sonorisé vaut largement un porno en format 4K.

ASMR PORN

Quand on quitte YouTube, c’est pour mieux atterrir sur Pornhub, car ainsi va la vie. Là-bas excellent des érudites bien particulières de l’ASMR, qui en usent dans un cadre ouvertement porno – jambes écartées face-caméra, en pleine masturbation, les doigts affolés jusqu’à l’orgasme. Bien avant le sextoy, le micro devient le premier témoin de ces caresses intimes, l’outil étant chargé d’en capter les multiples sonorités pour mieux les sublimer. Jetez donc un oeil aux vidéos de la jeune MissJenniP : a contrario du porno traditionnel, ce n’est pas l’intensité des cris qui importe, mais l’infinité de détails d’ordinaire ignorés. Le frottement des doigts, les « bruits humides« , les glissements sur la peau et son frémissement. C’est là la force de l’ASMR-porn, un sous-genre qui parvient à être aussi frontal que minimaliste.

Ce mariage entre l’explicite et l’implicite fait toute la force du délire. La chaîne de Whisperingv parvient par exemple à associer les sons caractéristiques de l’ASMR (ça chuchote au plus près de l’oreille, ça souffle fort, ça déglutit, ça expire lentement) aux images les moins safe for work : généreuse poitrine dévêtue et abondamment titillée, godemichés en supplément, plaisir solitaire en gros plan jusqu’aux limites du squirting, fesses nues qui se trémoussent en grand angle. L’ASMR porn joue alors sur deux niveaux de plaisir, met au défi la résistance de son public face à cette double-excitation, et, surtout, restaure par ces chuchotements la dimension secrète et solitaire, pour ainsi dire totalement transgressive, du porno. Bien vu !

J.O.I.

L’union libre entre sons et sexe a rarement été aussi bien incarnée que dans le J.O.I. – pour Jerk Off Instructions. Les « instructions à l’éjaculation » émanent d’un principe simple : un modèle se pose devant sa caméra et dicte à son spectateur comment il doit se masturber, à quelle fréquence, ce qu’il doit imaginer, quand il doit « venir« . La puissance féminine par excellence : une voix suffit à tout dominer. Les as du JOI se servent de l’image, elles s’effeuillent au plus près de l’objectif, malaxent un sex toy, se touchent délicatement, miment la jouissance. Mais c’est le son qui importe par-dessus tout : l’élocution au compte-goutte, le choix des mots, les claquements de langue, la place des soupirs et des respirations.

A la manière d’une Shéhérazade des temps modernes, la narratrice doit croire en ce qu’elle raconte, nous convaincre et nous captiver par ses récits. Des créatrices comme Kinky Solveig (alias Alice Axx) et Trish Collins l’ont très bien compris d’ailleurs. Dans les vidéos JOI, le hardcore côtoie quelque chose de plus suggestif, de l’ordre de la pornographie cérébrale. Ce n’est pas une branlette intellectuelle, trop abstraite, mais bel et bien du porno mental.

Nombreux sont les talents outre atlantique à nous épater par leurs expérimentations – Amber Hahn, Ceara Lynch, Brooke Marie… Dans l’Hexagone, la patronne Lélé O nous abreuve régulièrement en scénarii tous plus émoustillants les uns que les autres. Des plateformes bien connues de vente de vidéos comme ManyVids et Clips4Sale regorgent de ces teasing fantasmagoriques. Une alternative au X traditionnel.

Reddit

Qui dit fantasmes de niche dit Reddit. Là-bas l’audioporn se fait sa place parmi les gros subreddits porno. La star du genre est GoneWildAudio et ses 225 000 abonnés. Nous renvoyant au site soundgasm.net (beau résumé de l’audioporno) les titres de ses créations sont éloquents : « Riding masters cock », « bathroom sex », « creampie », « nipple play », « fingering »…Ces fichiers audio proposent des situations typiquement pornos (doggystyle, fellation et gorge profonde, masturbation en solo, ménage à trois) dont il ne reste que la couche sonore. On pourrait se demander : à quoi bon ? Pourtant, dépourvu des images qui constituent souvent l’essentiel de l’attraction, ces tags là ne font que plus d’effet. La moindre fessée électrise, les glouglous des plaisirs buccaux dégoûtent ou obsèdent (au choix), et, chose rare dans le X moderne, l’auditeur peut enfin savourer les silences qui précèdent l’explosion, et, tenez vous bien, y prendre du plaisir.

Si ces segments de baise audio creusent une voie parallèle aux vidéos, elles en assument ouvertement les codes. Le porno chez Gone Wild Audio épouse les tendances de ton tube préféré et regorge d’histoires à base de fauxcest, de babysitters, de première fois lesbienne et de femdom avec la touche « Gone Wild« , garante d’authenticité.

Dans ce genre, on trouve également notre bonheur du côté des fictions sonores érotiques du sub Pillow Talk, qui éclosent du même principe et l’épuise jusqu’aux derniers râles. Si les respirations affolées des présences féminines – majoritaires dans cet imaginaire pas très inclusif – suffisent à convaincre, le porno audio selon Pillow Talk étonne surtout par son aspect très fétichiste. Ici, l’accent français, le réveil matinal, la conversation téléphonique ou encore les mots d’amour font office de tags primordiaux. Pourquoi pas après tout ?

Podcasts

La zone de flou de cet imaginaire, c’est le podcast. Car il n’est pas toujours porn mais se contente parfois de quelques effets ASMR – c’est le cas du reportage Fais-moi ouïr, d’Arte Radio. Certains s’essaient cependant à l’audio-porn, tel Super Sexouïe !, qui se définit en « zone pornophonique« . A ce titre, l’épisode plus vrai que nature “Romy et le garçon » nous colle au plus près des ébats quotidiens d’une jeune femme, et rien ne nous échappe : bruits de bisous, glissements des corps et choc moite des sexes qui se pénètrent, draps chiffonnés et gémissements. Le plaisir émane de l’aspect voyeuriste du podcast, sa dimension de sex tape sonore. Casque aux oreilles, on écoute la chose en cachette, seul. C’est comme si les magazines de fesses que l’on cachait autrefois sous notre lit étaient devenus des fichiers mp4.

Dans cette lignée explicite, la pornographe féministe Olympe de G propose Voxxx. Aux côtés de Lele O (citée plus haut), l’artiste conjugue le format podcast au tag parfait Jerk Off Instructions, et exacerbe la dimension immersive du premier par l’excitation sensorielle que l’on ressent face au second (voix chaude et lexique provocant).

Moins subversif, son podcast L’appli rose adapte le téléphone rose au langage des plans cul Tinder. Les voix féminines et masculines sont des personnages à part entière, qui se taquinent, se chauffent, s’échangent des mots sales. Olympe de G mixe en un tout les qualités d’un média en vogue, le succès de l’ASMR, l’excitation X du J.O.I et la transgression du dirty talking. Celle qui avait épaté la capitale avec l’expérience de réalité sonore augmentée Chambre 206 (exploration sensuelle en son binaural au sein d’un hôtel parisien) n’a pas dit son dernier mot.

Image en une : Tangerin

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