Prince & The New Power Generation, mes souvenirs de fap

Nos premiers émois érotiques marquent profondément notre mémoire. Que ce soit une image, une sensation ou un jeu, ces moments de trouble indiquent souvent le début de la fin de notre innocence. Je peux dater très précisément cet instant où une image a fait naitre en moi cette excitation qui ne me quitte plus depuis. Je ne savais pas très bien à l’époque ce qu’il se passait dans mon corps, ni dans ma tête. Je me rappelle d’un début d’érection, d’avoir eu chaud et de rester scotché à l’écran. On était au début des années 90, 1991 précisément et j’avais à cette époque 7 ans. Le téléviseur familial diffusait Sébastien c’est fou de Patrick Sebastien, une émission fourre-tout du samedi soir avec un public jovial déguisé façon carnaval. L’émission classée grand public était empreinte des obsessions de l’animateur : ambiance cabaret et gros plan sur les seins nus d’une danseuse en guise de générique. C’était la télévision de cette époque, dans la continuité du Collaro Show, de Canal + et d’une certaine idée de la France polissonne mais néanmoins lourdingue.

Les cocogirls de Collaro

Patrick Sebastien avait annoncé dès le début du show qu’une séquence très chaude allait être diffusée, une sorte de première en France. Il n’en était pas à son coup d’essai, on avait pu voir Lova Moor se rouler dans la rosée du matin ou sans doute croiser ses collègues danseuses du Crazy Horse pour l’émission du réveillon. C’était pour les enfants que nous étions un mélange d’interdit (la fameuse phrase « éloignez les enfants du poste » étant martelée plusieurs fois dans l’émission) et de non sens : comment un enfant de 7 ans peut-il s’émouvoir d’une paire de seins sauf si il on lui dit qu’il n’a pas le droit de la voir ? À la maison, nous étions assez libres de regarder cette télévision, nos parents étaient là, on partageait ces moments de malaise érotique ensemble sans dire un mot. Pas d’interdit mais pas non plus de recommandation. En gros, à nous de nous faire notre propre opinion. Pour la personne curieuse que j’étais, il s’agissait d’un moment grisant mais aussi empli d’anxiété. Me voyaient-ils être troublé ? Pourquoi être là alors que ce Patrick Sebastien nous disait plusieurs fois de nous éloigner du poste ?

L’émission s’avance alors dans la nuit et le moment tant attendu et redouté arrive. Un dernier avertissement nous signale la diffusion imminente d’un nouveau clip du chanteur Prince. Patrick jubile. Un rectangle blanc, signalétique d’un programme n’est pas pour « tout public » apparaît et le danger s’approche, m’amenant dans cette zone trouble d’appréhension et de curiosité. Prince est alors au sommet médiatique de sa carrière. Devenu une superstar de la pop, en compétition avec Michael Jackson et Madonna (dont le clip Erotica ne manquera pas d’être diffusé dans la même émission avant d’avoir appelé encore une fois à « éloigner les enfants »), il s’entoure depuis 1990 d’un nouveau groupe : The New Power Generation (NPG) avec un son plus urbain, plus dur et agressif. Une synthèse de l’ère du temps, inspirée par le rap, tout en suivant les bases de sa musique : funk, fière et sexuelle.

Prince délaisse depuis quelques années son côté androgyne et ambigü pour revêtir un costume plus macho d’ultra séducteur, sorte de Casanova transporté dans l’époque de la prohibition (un imaginaire visuel qu’on trouve déjà dans la BO du film Batman qu’il compose en 1989). Prince domine de son regard et de sa présence les femmes avec qui il tourne dans ses clips. Elle se divisent en deux catégories : d’un côté les musiciennes avec qui il travaille, joue, aime et qu’il met en avant, de l’autre de grandes mannequins brunes et blanches, habillées de manière hyper sexy et dont le rôle est de valider sa propre über-sexualité. En ce samedi soir à une heure de grande écoute sur la chaîne la plus regardée de France, Prince n’est pas là, mais son clip va être diffusé. C’est celui de Cream, sorti sur l’album Diamond and Pearls.

Le clip commence sur un râle lancinant, une sirène qui alerte, un décompte à la cloche puis l’explosion d’un break tonitruant : quatre minutes de jarretelles, de corsets, de jambes écartées et d’attitude hyper sexuelle déboulent non stop devant mon innocence. Prince n’est définitivement plus le garçon qui chantait « Am I black or white, am I straight or gay? », il est bel et bien hétéro, star d’un threesome avec deux belles brunes qui semblent être sœurs (l’une incarne « Diamond », l’autre « Pearl »). La musique appuie son propos, tout est tendu et respire le cul à s’en étouffer. Les paroles sont explicites, cherchant à peine à se cacher derrière des double-sens. Patrick Sébastien avait prévenu, ça allait être chaud. Ça l’est. Mes yeux confirment, ma bite s’affole, la gène s’installe et ces quatre minutes semblent interminables. La séquence passée, l’animateur change rapidement de sujet et nous laisse barboter dans notre trouble. Ces images auront-elles un impact sur nous ? Difficile à dire, elles ont été pour ma part une sorte de catalyseur. En regardant ces images et en comprenant leur impact physique et mental, elles ont attisé ma curiosité. Le passage de ce clip est un des points de départ de la recherche d’images érotiques, puis porno, qui m’anime depuis bientôt 30 ans. D’une certaine manière, on peut remercier Patrick Sebastien d’avoir posé les bases du Tag Parfait dès 1991.

Je me souviens cependant revoir un camarade de classe courir et glisser sur les genoux vers une fille comme il avait pu voir dans Kiss. Les mouvements explicites de bassin qu’on retrouve à l’époque dans tous les clips de Prince mais aussi chez Michael Jackson dans The Way You Make Me Feel (1987) s’imitaient entre nous quand les adultes n’étaient pas là. Provocation, jeu et apprentissage de la sexualité, la pop culture à cette époque n’a pas l’impact du porno, mais n’en reste pas moins marquante. Diffusés dans un cadre grand public, ces images ont un poids certain car elles sont autorisées par la société, puisqu’elles ne font pas (ou peu) le cadre d’une censure, si ce n’est l’autorisation ou non de regarder ces images par nos parents.

Cette esthétique sexuelle et luxueuse couvrira la carrière de Prince de 1986 à 1992, celle la plus médiatisée avant que l’artiste ne s’engouffre dans une guerre avec sa maison de disques et se tourne vers la religion (marquant au début des années 00s, la fin des allusions sexuelles dans ses titres). Cette longue période de repli jusqu’à sa mort, même si elle est entre-coupée de morceaux à la hauteur de son génie, coïncide également avec une guerre contre le streaming. Très tôt, Prince a fait retirer tous ses morceaux des plateformes comme YouTube, ne laissant aux curieux que peu de solutions pour revoir ces clips, comme ils tournaient à l’époque sur MTV.

Le 21 avril 2016, Prince meurt d’une surdose de Fentanyl. Un an plus tard, ses morceaux refont surface sur les plateformes musicales (Spotify, Deezer…) ainsi que Youtube où une chaîne officielle permet de regarder ses clips et se replonger dans l’atmosphère particulière de cette époque. Une décision qui va à l’encontre de la volonté de l’artiste, mais qui me permet de vous faire un petit best-of commenté d’autres clips volontairement explicites de Prince.

Kiss

On retrouve dans Kiss tout ce qui allait faire l’esthétique sexualisée des clips de Prince qui suivront pendant une décennie. Il reste dans la séduction avec sa musicienne, la guitariste Wendy Melvoin et joue un jeu bien plus sexuel avec l’actrice Monique Mannen. La première est habillée, la seconde porte sous son voile une lingerie noire. La musique penche plus du côté sexy que sexuel, on reste un pas avant les préliminaires. Kiss sera un de ses plus grands tubes.

U Got The Look

Sorti en 1987, U Got The Look est tourné à Paris. On retrouve la chanteuse et actrice Sheena Easton et la batteuse Sheila E., Prince refait le coup de la séduction avec la première porté par un morceau à la ligne rythmique agressive. Le clip n’a pas pour but de provoquer la censure, mais offre un nouvel élément visuel qu’on retrouvera par la suite : l’ambiance défilé de mode et Fashion Week. Musicalement, le morceau pose les bases du son à venir avec The New Power Generation. Détail amusant :  si vous avez l’œil, vous retrouverez Monique Mannen sous son voile à 1’11.

Gett Off

Sorti en 1991 sur le même album que Cream, le clip Gett Off nous transporte dans une orgie romaine organisée avec The New Power Generation. On retrouve une nouvelle fois Prince dans un threesome avec deux mannequins danseuses (celles qu’on voyait déjà dans Cream), attitude dominatrice et groupe qui la joue sensuel au fond mais pas trop (cette fois-ci c’est la chanteuse Rosie Gaines qui est mis en avant, sans pour autant avoir les faveurs du chanteur). Musicalement, on navigue entre pop, funk et new jack. Un peu bourrin mais toujours agréable à regarder.

Violet the organ Grinder

Violet the Organ Grinder est la suite de Gett Off. Le morceau est disponible uniquement sur l’EP Gett Off qui comporte des remix du premier titre, dont une version house de Gett Off qui sera clippée plus tard. Le morceau emprunte des éléments de Gett Off et le clip est une version plus centrée sur Prince que le clip du premier. Un mix qui ne donne ni un clip remarquable, ni un morceau inoubliable, mais qui permet d’admirer Prince dans sa position d’animal sexuel, là où il excelle.

Sexy M.F.

Sorti en 1992 sur l’album Love Symbol, Sexy M.F. poursuit l’idée du chanteur superstar accompagné de son groupe dans une esthétique du Chicago de la prohibition mixé avec le rap de l’époque dont il s’inspire. Le titre aura le droit à sa censure (et une version « clean » de l’album), ce qui n’empêchera pas le clip d’être largement diffusé. On retrouve tout le monde dans celui-ci, même les deux filles de Gett Off et Cream dont le plan à trois semble être une valeur sûre pour Prince en avant. Synthèse du son avec The New Power Generation, difficile de faire plus cul et arrogant. Le tube est immédiat. La suite des clips est un peu moins marquante, mais vous pouvez les retrouver ici si vous êtes curieux.

Image en une : Prince, Diamond (Lori Elle) & Pearl (Robia La Morte)

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3 commentaires Voir les commentaires

  • Le carré blanc de tête c’est interdit moins de 13.
    La FRance n’etait Pas en reste car c’est l’epoque De Mylène Farmer courtisane, catin garçonne…
    Mais que c’etait Beau cette période d’erotisme du début de l’adolescence où On s’imprègnait En faisant tout pour traîner le dimanche soir à 23h sur M6…

  • Bel article. C’est cool de lire ça, de se souvenir des premiers troubles.

  • Très bon article ! Moi j’ai eu ça en regardant Malaury Nataf chanter au Club Dorothée sans culotte et dévoiler 3 poils pubiens !
    J’etais sous l’emprise d’une excitation sexuelle sans réellement comprendre ce que c’etait parce que c’etait inconnu alors !

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