Anna de Ville : « Les États-Unis ne me manquent pas du tout »

 Je me souviens d’une époque, pas si lointaine, où un selfie de Sasha Grey au bord du canal Saint-Martin pouvait égayer ma journée. La simple pensée que nous n’étions pas loin l’un de l’autre suffisait à mon bonheur de fappeur. C’est pourquoi j’aime beaucoup voir des photos de Tour Eiffel ou de terrasses parisiennes sur des comptes d’actrices US. En tant que journaliste pour Le Tag Parfait, j’ai souvent eu le privilège de pouvoir m’entretenir avec certaines d’entre elles. Il y a deux semaines, c’est muni de mon fidèle dictaphone que je suis allé à la rencontre d’Anna de Ville, actrice américaine installée à Prague, dont les performances ravissent les amateurs de porn extrême. Malgré un emploi du temps chargé, l’agréablement déstabilisante Anna nous a accordé une interview autour d’un verre d’Ardbeg, le whisky étant sa grande passion.

Que viens-tu faire de beau à Paris ?
Je suis venue pour shooter avec Rick Angel, ce n’est pas la première fois que je viens à Paris mais c’est un plaisir d’être de retour. Il y a tellement de choses que j’aime en France… La cuisine, l’architecture, la lingerie, les hommes… Et les femmes aussi !

Qu’est-ce qui t’a amené à faire du porno ?
J’avais un job à plein temps aux États-Unis, mais je cherchais à faire des extras en tant que serveuse afin de financer un trip à travers l’Europe. J’ai eu un entretien et le mec m’a dit qu’il pouvait m’embaucher mais que si je voulais me faire de l’argent rapidement, il pouvait me mettre en contact avec un studio porno de Miami. Une semaine après j’étais en Floride et c‘est ainsi que j’ai pu partir en Europe. Faire du porno n’est pas quelque chose que j’avais vraiment planifié, c’est plutôt le fruit du hasard. J’ai ensuite tourné en Europe pendant mon voyage et à mon retour à Portland, j’ai réalisé que c’était cette voie que je voulais suivre.

Tu avais des prédispositions pour ce job ?
J’ai toujours été assez ouverte sexuellement parlant. J’ai un Tumblr dédié au sexe depuis mes 15 ans, je suis passionnée de lingerie… Mon intérêt pour la chose remonte à très loin ! Je me suis tout de suite sentie dans mon élément en faisant du porn. Il n’y a jamais eu de malaise et ma famille m’a toujours soutenu dans cette démarche. Ils sont contents que je sois indépendante et que je m’éclate. Je m’amuse, je porte des tenues que j’adore, je baise des gens et je voyage, c’est le meilleur job possible !

Qu’est-ce que tu connaissais du milieu avant de te lancer ?
J’avais un petit bagage. A mes 18 ans, j’ai commencé à bosser dans un sex shop à Portland donc je me suis familiarisée avec le nom des boîtes de prod, j’avais même une bucket list où je notais celles avec lesquelles j’aimerais bosser. J’ai pu barrer de nombreux noms de cette liste (rires), Evil Angel, Brazzers, Digital Playground, Zero Tolerance… J’aurais adoré travailler avec Andrew Blake et Michael Ninn. J’ai failli pleurer quand ce dernier à commencer à me follow sur twitter ! Il y a encore beaucoup de studios pour lesquels j’aimerais shooter, Dorcel, Met Art…

Tu fais partie de ces rares Américaines, à l’instar de Proxy Paige, à avoir traversé l’Atlantique pour venir t’installer et travailler en Europe. Habituellement c’est plutôt les européennes qui se dirigent vers les États-Unis…
Les Européens qui fantasment sur les États-Unis ne réalisent pas à quel point ils ont de la chance d’être ici en Europe. Quand bien même il y a des choses sympas aux USA, ça ne me manque pas du tout. Si tu veux avoir une carrière là bas, tu dois forcément t’installer à Las Vegas ou à LA, et je déteste ces deux villes… Être en Europe est tellement plus intéressant. Les gratte-ciels et le béton ne m’intéressent pas, je préfère me balader n’importe où en Europe, apprécier l’Histoire… J’adore vivre à Prague. Selon le Global Peace Index de 2017, la République Tchèque est le 6ème pays du monde en terme de degré de pacifisme. Je crois que les États-Unis sont à la 44ème place ou quelque chose comme ça [114ème place après vérification, ça pique… – ndr]

Tu as fait le tour de l’Europe, j’ai vu de superbes photos de ton séjour en Écosse sur Instagram, c’était comment là bas ?
Je fêtais mes 21 ans et pour marquer le coup, dans la mesure où je n’étais malheureusement pas avec les miens, je suis partie en Écosse pour visiter mes distilleries préférées. J’ai passé 5 jours sur l’île d’Islay. Laphroaigh, Ardbeg, Lagavulin, Bowmore, j’ai pratiquement tout fait. Je suis assez fière d’avoir pu ramener 7 bouteilles de scotch à Prague, sans en casser une ! J’aime tellement les whisky fumés et tourbés. J’ai l’impression de siroter autour d’un feu de bois. Plus j’en bois et plus j’arrive à discerner les différents arômes. Je suis très sélective sur ce que je bois. Quand je vais aux AVN ou aux évènements de ce genre, on me propose de la vodka ou de la tequila. Je refuse systématiquement. Les gens sont choqués, ils ne comprennent pas car ils savent que je suis une fêtarde, ce n’est pas pour autant que je vais boire n’importe quoi.

Quelles sont les 3 spots qui t’ont le plus marqué durant ce périple ?
Les sources thermales de Bullicane en Italie, les bains Rudas à Budapest et l’île d’Islay évidemment.

© Sailor Bloom

Quelles différences vois-tu entre le porn US et européen ?
Il y a beaucoup plus d’anal ici en Europe et c’est ce que je préfère. Double pénétration, triple anal… L’ambiance est très relax sur les plateaux, on s’amuse vraiment, ça déconne entre acteurs. Il n’y a pas d’embrouille comme j’ai pu voir aux USA, parce qu’un acteur est trop proche d’un autre dans telle ou telle position… Il n’y a aucune prise de tête en Europe. Et les acteurs ont moins de problème à garder une érection ! Ici les mecs se shootent la bite. Je sais que c’est controversé mais personnellement, je préfère qu’ils le fassent. Surtout pour des gang bangs, comme ça je suis moins sollicitée, et avec toutes ces queues à l’horizon, c’est compliqué d’être concentrée auprès de chaque mec. Je trouve que c’est une attention délicate de leur part. Je n’ai évidemment rien contre les performances « naturelles » et je n’ai aucun problème à donner le maximum pour maintenir un mec en érection hors caméra, mais dans le cadre d’un gang bang ou d’une double anal, les injections rendent les choses bien plus faciles.

Tu tapes vraiment dans les performances extrêmes, DAP, gangbang, gaping, prolapse… Pourquoi cette orientation ?
Comme ça je ne m’ennuie pas. Quand ça se passe bien entre acteurs, tu peux essayer de nouvelles choses, suivre le mouvement, te laisser vraiment aller. Les scènes classiques M/F, même avec de l’anal, ça a tendance à devenir vite répétitif. Alors qu’en multipliant le nombre de participants, par exemple, ça ouvre de nouvelles perspectives.

Tu es très intéressée par la musique, plus particulièrement par le courant gothique, quels sont tes groupes ou artistes favoris ?
Il y a ce festival gothique à Leipzig, le WGT. Ca faisait des années que je rêvais d’y aller. Je vais enfin pouvoir rencontrer des gens avec qui je suis en contact via facebook depuis tout ce temps ! All Gone Dead se reforment pour l’occasion. Plus globalement, j’ai une préférence pour la période 70-80, tous genres confondus. Je n’ai pas de compte spotify ou autre, j’écoute encore mes CD, généralement de bout en bout. Styx est de loin mon groupe préféré. Steve Miller, Sisters of Mercy, Simon & Garfunkel, Depeche Mode, Creedence, Billy Joel, London After Midnight…. J’aime beaucoup la musique classique également, Gershwin, Beethoven… J’ai shooté un clip pour Wheeler Walker Jr. [groupe de country parodique aux paroles volontairement bas du front – ndr], c’était sympa de côtoyer des acteurs et actrices issus du mainstream, ils sont toujours hyper curieux par rapport à mon job. Un de mes rêves est d’apparaître en tant que personnage dans le magazine Heavy Metal. Je suis une fan absolue de Taarna [l’héroïne du film Heavy Metal inspiré par le magazine – ndr]

Tu as vu l’épisode de South Park dédié à Heavy Metal ?
Tout le monde m’en parle mais je ne l’ai pas regardé. Je n’aime pas South Park, ils ont décimé tout ce que j’aime. The Crow, Heavy Metal, Edgar Allan Poe… Ils ont chié sur Hot Topic, où j’ai travaillé pendant 3 ans. Et même si c’est compréhensible, j’ai  l’impression que tout ce qu’ils font est une attaque directe contre moi [rires]. Et l’animation est vraiment atroce.

En parlant de Poe, il me semble avoir lu que ton pseudo fait référence à lui…
Mon premier pseudo était Anna Lee, en référence au poème de Poe, Annabel Lee. Malheureusement ce pseudo était déjà utilisé par pas mal de monde. Un jour je suis retombée sur une photo de moi déguisée en Cruella De Vil [Cruella d’Enfer en VF, la méchante des 101 dalmatiens – ndr], j’ai donc mixé les deux.

Tu n’avais pas envisagé d’autres pseudos ?
Pas vraiment… J’adore le prénom Winifred mais je ne suis pas sûre que ça fonctionne en tant que pseudo porno [rires]. C’est vraiment dommage. Winifred Wilfred, Winny Wilfred, ça sonne plutôt bien finalement, non ?

Tu as l’air plutôt branchée weed, peux-tu nous en parler un peu ?
Je fume depuis mes 14 ans. Aux USA, je préfère généralement dabber du CBD contenant un faible pourcentage de THC. Selon l’humeur, je vais préférer utiliser un bong ou dabber de la sativa si je veux être vraiment stone. En Europe, ce n’est pas trop à la mode donc je fume principalement de l’herbe. C’est drôle de voir qu’ici la majorité des dealers ne font pas la différence entre de la bonne indica et de la mauvaise sativa.

Quel est ton porn ?
J’aime le porno que je fais mais à vrai dire, je considère plutôt ça comme une forme de sport. Ce que je regarde quasi exclusivement c’est le public bus groping ou cinema groping porn, ce n’est pas forcément pornographique d’ailleurs, on se rapproche plus du softcore. Ce n’est qu’une niche mais ça me fait fantasmer à fond, je m’invente des scénarios de gangbang à partir de ces scènes de groping impliquant des inconnus. Dans un autre genre, j’ai beaucoup aimé la parodie porn du Silence des Agneaux, c’est sûrement lié au fait que j’ai un énorme crush sur Hannibal Lecter…

Propos recueillis le 10/05/2018 à Paris – Photos fournies par Anna de Ville.

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