Luna & James : « On veut reconnecter le sexe avec la réalité »

19h30. Rue Bui Vien en plein coeur de Ho Chi Minh Ville. Les néons pulsent et les platines tournent à fond. J’attends tranquillement Luna et James au Ong Cao Craft Beer. Quand je vois les deux tourtereaux arriver, leur jeunesse et leur beauté insolente me sautent aux yeux. La fine fleur du porno amateur français se la coule douce dans la chaleur moite du Vietnam. Petite bière en main, nous voilà partis pour une interview au calme, entre mondialisation et amour du travail bien fait. 

Pouvez-vous vous présenter ?
Luna : J’ai 23 ans, j’ai une licence de droit. J’avais le choix entre suivre un master ou partir faire le tour du monde avec James. J’ai donc choisi la seconde option. Mais je ne sais pas encore si je ferais un master plus tard ou si je m’arrête là. On verra où ça nous mène, pas de décision prise pour l’instant.

James : Moi c’est James. J’ai un master en commerce international. J’ai rencontré Luna lors de mon retour de Singapour, pendant mes études. Ce qui était à la base une relation purement sexuelle s’est transformé en une relation qui dure. Aujourd’hui, cela fait un an et demi que nous sommes ensemble.

Comment vous êtes-vous lancés dans le porno ?
James : On a commencé le porno il y a un an. Notre tout premier voyage était à Prague, ça faisait un mois qu’on se connaissait. On était à l’aéroport, j’étais en train de lire un article sur mon téléphone. Le sujet était : comment gagner sa vie en étant cam model ? J’en ai parlé à Luna. C’était juste une blague à la base…

Luna : À Prague, il y avait certaines journées où on ne pouvait pas vraiment sortir à cause de la météo. Il m’a donc montré Chaturbate. Au début, je me suis dit que ça allait être un truc à la Chatroulette, je n’avais jamais entendu parler de ça. Du coup, on a commencé à regarder, on a vu des rooms hyper sympas, on est tombés sur un live de My Sweet Apple, hyper joyeux avec une très bonne ambiance. Une fois rentré de Prague, je lui ai dit : « allez, on se lance ! »

James : J’ai été un peu pris par surprise, je ne savais même plus si j’avais envie de continuer de faire ça. Ma première expérience a été un peu mitigée.

Luna : En même temps, on a fait ça comme des « gitans ». J’avais un ordinateur-tablette avec la pire webcam du monde calée sur un meuble. C’était ridicule même si au début, quand tu commences, Chaturbate te propulse dans les premières pages. Donc pour notre première fois, on a dû faire huit mille personnes ! Au début on s’est dit : on va se connecter, on va voir ce que ça donne. Puis il y a très vite eu un énorme engouement, des gens très intéressés…

James : J’ai toujours été assez pudique. J’avais jamais tourné de sextape avant, pareil pour Luna. Du coup il y a eu pas mal de timidité la première fois. On se retrouvait nus face à plusieurs milliers de personnes ! C’était super impressionnant. Mais quand on a éteint la caméra, notre sentiment était hyper positif. Cela nous a intrigués. On a fait ça pendant 6 mois.

Grâce à Lustery on a tourné notre première vraie sextape et on s’est rendus compte que produire nos propres vidéos nous plaisait encore plus que faire du live. On a alors peu à peu abandonné le live et on s’est tournés à fond vers la vidéo. C’est pour ça qu’aujourd’hui on met exclusivement des vidéos sur ManyVids et Pornhub.

Extrait de Nightclub Hook Up

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
James : On est inspirés par des gens comme Erika Lust et Four Chambers. My Sweet Apple a été une inspiration au début aussi. Maintenant on aimerait y ajouter un côté plus artistique. Il faut que visuellement ce soit splendide !

Luna : On a conscience que nos vidéos sont plus chères que la moyenne sur ManyVids, mais on essaie vraiment d’assurer tout un travail, une qualité, une recherche…

James : Il y a un an, on n’y connaissait vraiment rien au monde de l’audiovisuel, on a tout appris en autodidacte : le montage, la retouche-photo… On a vraiment travaillé très dur tous les deux.

Vous reconnaissez-vous dans la nouvelle scène indépendante qui émerge en France en ce moment ?
James : On a pris connaissance de cette scène sur Pornhub assez tardivement, sachant qu’on a commencé par la cam. Maintenant qu’on commence à s’intéresser à ce genre de plateformes, on est heureux de trouver cette communauté – ça donne toujours cette impression d’appartenir à un mouvement. On est heureux d’y contribuer, mais ça reste très informel pour l’instant. Mais on devine que d’ici quelques années on parlera peut-être d’un nouveau style de porno amateur français…

Luna : C’est difficile à dire parce qu’on ne s’est jamais vus dans une case, ou identifiés à quoi que ce soit. C’est peut-être la distance géographique qui fait ça. Là, on a juste l’impression de faire ce qui nous plaît. Du coup, si on fait partie du même mouvement, tant mieux ! Mais on n’a pas ce sentiment d’appartenance pour autant.

Comment gérez-vous les plateformes sur lesquelles vous êtes présents ?
Luna : La cam sur Chaturbate s’est arrêtée quand on a quitté la France, il y a 8 mois. La connexion internet ne suivait pas, le décalage horaire, les heures régulières et le fait qu’on bougeait de pays tous les mois, ce n’était pas pratique.

James : On a bougé quasiment à 100% sur ManyVids. Aujourd’hui ça se complique un peu parce qu’on aimerait faire du multi-plateforme. Être à la fois sur Manyvids et sur Pornhub. On bosse de plus en plus avec des sites comme Lustery ou Bellesa [après s’être pris un méchant shistorm en 2017, ce site porno pour femmes s’est relancé en 2018 sur un terrain… plus légal. NDLR] . On ne veut pas faire un contenu qu’on propulse partout. Nous, on veut vraiment essayer de segmenter et de marquer,  d’éviter le cannibalisme entre les plateformes.

Luna : Sur ManyVids on fait en sorte d’être très régulier et de poster une vidéo vraiment travaillée tous les vendredis soirs. C’est ce qu’on fait depuis le début, c’est ce qui marche, et c’est ce qui nous plaît ! Mais on a eu une idée il n’y a pas très longtemps : on s’est dit qu’on aimerait faire ça pour Pornhub…

James : Pourquoi ne pas proposer un contenu qui serait beaucoup moins travaillé visuellement que les autres, un truc beaucoup plus brut où l’on ferait entrer les gens dans notre vie ? On est tous les deux de grands fans de vlogs sur Youtube alors pourquoi on ne serait pas les premiers « Porn vloggers » pour Pornhub ? On amènerait les gens directement en voyage avec nous, avec juste une caméra pour leur faire découvrir notre expérience…tout en incluant des scènes de sexe naturel.

Luna : Le premier épisode est sorti cette semaine.

Extrait du vlog porno de Luna X James disponible sur Pornhub

Vous portez quel regard sur le porno en 2018 ?
James : On a vraiment envie de donner l’impression que la caméra est là, mais si elle était absente, on ferait la même chose. L’idée nous est venue parce qu’on en avait un peu marre de voir nos vidéos volées et sorties de leur contexte, genre : « asiatique de campagne baisée par un homme blanc ». On veut que les gens nous suivent et nous connaissent en tant que couple, alors on est prêts à les inviter dans notre intimité. On veut reconnecter le sexe avec la réalité – et les personnes qu’il y a derrière. On aimerait que le porno en 2018, ce ne soit plus des personnes derrière des queues et des vagins.

Vous sentez-vous libres dans ce que vous faites ?
Luna: Complètement. Dans ce qu’on fait. Dans ce qu’on diffuse. Dans tout.

James : Oui et non. On a fait ce métier parce qu’on n’a pas de boss et qu’on peut faire ce qu’on veut en termes de créatif – ce qui est possible grâce à internet, et à toutes les plateformes qui sont mises à notre disposition aujourd’hui. Mais en même temps, on le voit bien avec Instagram, on se rend vite compte à quel point on est précaire. Dépendant de ces outils. On a beaucoup de liberté, mais le sexe, même en 2018, est quelque chose qui peut être censuré.

Luna : Après, c’est le lot de tous les métiers. Il peut y avoir des variations selon les conjonctures donc si jamais on a un problème avec une plateforme, on changera.

James : On souhaite pour le porno en 2018 (et les années à venir !) que les amateurs continuent à diffuser du contenu… Et pas un retour en arrière, où seuls les studios auraient la priorité.

Faites-vous vos scénarios en fonction de la demande ?
James : Non. On s’est demandé : est-ce qu’on fait dans le « demi-frère trouve sa soeur endormie et la baise » ? Mais on ne peut pas, ça ne nous ressemble pas. On est ouverts pour tester plein de trucs, on a des vidéos custom qui sont commandées. Des gens nous demandent de réaliser leurs fantasmes aussi, mais on essaye de ne pas tomber dans ce genre de clichés qui profitent aux algorithmes. Si ça plaît et que ça marche, tant mieux. Si ça ne plaît pas, ce n’est pas grave. On produit notre contenu et ensuite on fait en sorte de trouver quelle plateforme nous correspond le mieux.

Comment réussissez-vous à allier réalisation et voyages ?
James : C’est simple : on reste au moins un mois dans chaque destination. On ne voyage pas avec un backpack. On est toujours dans des Airbnb et dans des endroits où on peut vraiment se poser et bosser. On reste souvent pendant 6 mois sur la même base pour ensuite partir en week-end, juste avec un sac à dos et une caméra.

C’est quoi la prochaine destination ?
Luna : On part une semaine en Malaisie.

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