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Liza Del Sierra x Driver, la rencontre Porno x Rap

Pourquoi interviewer Driver ? Déjà parce que le rap et le porno ont toujours vécu une belle histoire d’amour. Cependant Driver a un truc en plus, il est un peu notre Jerry Lewis à nous. Si une certaine esthétique cinéma du rap s’inspire du film de gangsters, toute une école parallèle puise plus volontiers dans l’icono des comédies américaines des années cinquante et soixante. Driver vient justement de là. C’est notre Ladies Man, mais en mieux, car sa vie est un scénario que personne n’oserait inventer. L’idée de l’interviewer avec Liza Del Sierra vient de lui. Sur quoi, l’on s’est rapidement dit : pourquoi ne pas parler des différentes analogies entre l’industrie du disque et celle du X, les auditeurs de porno et les fappeurs de rap ? De l’amateurisme pénétrant les deux industries, au fait de savoir si Jul était bel et bien le Jacquie et Michel du rap français, voilà le résultat, compilé en thématiques.

La reconnaissance

Liza : Comment être reconnue dans son domaine ? Avant tout en travaillant comme dans tous les métiers. Quand tu bosses, ça paye. Après être reconnue par le grand public, ça demande souvent de « baisser son froc », de prendre sur soi, de rentrer plus souvent dans les convenances et de jouer le jeu. Ensuite, essayer d’être là où on ne nous attend pas. L’exemple le plus classique c’est d’être l’actrice de film de boules qui apparaît dans un clip de rap. Je ne l’ai pas fait et ce n’est pas faute d’avoir eu des propositions…

Driver : Tu ne voulais pas ?

Liza : Non… Si je devais tourner dans un clip ce serait celui d’Oxmo, c’est le daron ! Ce genre de proposition exige d’être en confiance. Je suis actrice de boulards, je ne vais pas bootyshaker sur ta braguette.

Driver : C’est du déjà vu, surtout.

Liza : Et puis Oxmo est un pote. Je connais la vision de la femme qu’il véhicule.

Driver : J’ai toujours fait les choses par passion. Je ne me suis pas juste dit : je vais écouter du rap. Je me suis dit : il faut que j’en fasse. Ce qui m’intéressait au départ c’était que les mecs qui étaient là avant moi viennent valider ce que je faisais. À l’époque j’étais au collège, et mon seul but c’était de me retrouver à rapper dans une radio ou dans une émission, puis d’aller à l’école le lendemain pour que mes camarades me disent qu’ils m’ont vu hier à la télé. Et je l’ai fait ! Mais dès que tu as ça – et c’est humain – tu en veux toujours plus. Tu veux faire un disque. Puis un clip. Puis une tournée. Mais toujours avec passion et amour. Je n’ai même pas eu l’impression de travailler ou d’avoir eu une stratégie. Je faisais, et c’est tout.

Liza : Après, le rap, c’est peut-être un peu moins touchy que le porno, non ? Dans le sens où vous avez plus de facilités à passer dans les médias mainstream ?

Driver : Aujourd’hui oui, mais à l’époque il n’y avait rien, à part quelques émissions de radio que j’enregistrais sur K7.

Liza : Ce sont des Américains qui t’ont influencé ?

Driver : Non, des Français. Les U.S. ça ne me donnait pas du tout envie, en plus t’as toujours l’impression que c’est eux les plus forts. La première fois que j’ai écouté du rap c’était MC Solaar sur Radio Nova. Un soir j’ai entendu des mecs d’en bas de chez moi : Stomy et Passi. Alors que pour moi la radio, c’était Johnny ou Michel Sardou. C’est ce soir-là que je me suis dit que moi aussi, je pouvais le faire.

Se professionnaliser

Liza : Plusieurs facteurs ont permis une émulation en plus de la pratique en amateur : la démocratisation d’internet, la technologie… Entre le fait que tout le monde puisse se filmer et le balancer sur le net et le fait de pouvoir ripper des vidéos et de les partager gratuitement, le X est l’industrie qui s’est le mieux adaptée à ce nouveau support et à ce nouveau mode de consommation.

Driver : Contrairement à la musique.

Liza : Finalement, les plus grands tubes appartiennent aux productions. Les actrices ont pu mettre la main sur leurs contenus. Alors qu’avant il fallait tourner pour une production, céder ses droits, prendre son cachet et se taire. Aujourd’hui, une actrice peut tout gérer de A à Z. Tout cela a permis de professionnaliser le métier. Les actrices X sont devenues des entrepreneuses.

Driver : Tout cela c’est venu plus tard dans le rap. Ce qui a changé, c’est qu’à l’époque je ne sortais que ce qui me plaisait vraiment. Mais aujourd’hui, avec internet, dès qu’un artiste fait son premier morceau, il le publie, fait un clip et le diffuse sur YouTube. Chacun y a directement accès. Mais ces morceaux restent des entraînements et tout le monde le voit. C’est cette démarche-là qui est amateur. Cependant, pour chaque artiste, il est maintenant plus facile de trouver son public. Même pour un artiste que je vais trouver “amateur”.

Liza : C’est vrai que l’immédiateté de cette génération pose question. Ils ne prennent pas le temps de travailler et d’être prêts. On retrouve ça dans le porno : l’on peut voir des personnes qui veulent se professionnaliser alors qu’elles ont déjà 1500 vidéos d’elles qui circulent sur internet. Ce n’est intéressant ni pour les producteurs ni pour elles. Elles n’ont jamais su se dire : je vais en faire mon métier, donc je vais y aller en travaillant. Quand pour la première fois tu arrives sur un tournage, tu ne sais pas appréhender la caméra, la lumière, les positions. Il ne s’agit pas simplement de faire l’amour avec un garçon ! Tu fais l’amour avec un garçon pour que ce soit vu, éclairé, que le corps soit joli, pas trop transpirant, tout en restant bien coiffée. C’est de l’acting, tout simplement.

Driver : Qui te dirige ?

Liza : Comme sur un tournage traditionnel, le réalisateur te donne des directives d’intention, de déplacement, de mouvements. Au final, tu es sa marionnette, même si tu gardes une marge de manoeuvre.  

Driver : Est-ce que certaines actrices donnent des conseils aux autres ?

Liza : Les anciennes, oui. Lorsque je suis arrivée, Estelle Desanges et Dolly Golden m’expliquaient comment gérer mon argent, les questions de fiscalité, etc. Nous ne sommes pas vraiment déclarées en France et nous faisons des revenus à l’étranger, c’est un peu complexe. Aujourd’hui, je rencontre régulièrement de jeunes consœurs pour leur expliquer les tenants et aboutissants d’une carrière dans le porno. Dans mon cas ou dans le tien, nous occupons nos métiers depuis très longtemps, donc c’est important de transmettre. Mais c’est également bien pour le métier, afin qu’il ne vire pas au grand n’importe quoi. Par respect pour ce que nous avons construit, pour la façon dont on s’y est pris : n’allez pas tout niquer les petits jeunes ! Pour éviter que ça arrive, nous allons vous expliquer comment ça marche. Vous innoverez parce que vous êtes plus frais, que vous avez des idées plus actuelles. Mais la base est là, et si vous ne la suivez pas, vous irez droit dans le mur.

Liza Del Sierra © Cyril Lesage

Liza : Je ne souhaite pas être proxénète. Être agent en Europe, c’est être considéré comme un proxénète et c’est aussi ça le problème. Si les actrices étaient accompagnées, elles seraient beaucoup mieux informées et elles prendraient plus soin d’elles. On le fait gratuitement et de bon cœur avec des débutantes ou même celles qui sont déjà installées. Mais les productions françaises sont les premières à – même si c’est bien sûr dans leurs intérêts – à conseiller les filles et sont plutôt bienveillantes avec elles.

Pour la cooptation, si une jeune femme me demande un contact, mais que je sens qu’elle n’est pas dans une démarche saine (si c’est un mec qui la pousse ou qu’elle est juste en galère de thunes par exemple) je ne donnerais pas suite. À l’inverse, si je sens que la personne est cool, je vais la mettre en contact avec une production et l’aider à gérer ses réseaux sociaux, son image, son lancement. C’est très important, avant que sa première scène ne soit diffusée, qu’on entende déjà parler d’elle, afin qu’elle soit numéro 1 et qu’elle puisse mettre en concurrence les productions.

Driver : Aujourd’hui avec le streaming tu n’as même plus besoin de CD, ta promo tu la fais sur internet. J’ai sorti un album l’année dernière et ma mère ne me croit pas parce qu’elle n’a pas vu l’album physique. En attendant, des auditeurs l’ont acheté, et je le ressens sur mon compte en banque.

Les réseaux sociaux

Driver : C’est quoi ta page Onlyfans ?

Liza : Onlyfans c’est comme un site internet sans le travail technique et l’investissement financier. Ça fonctionne comme un réseau social sauf que les followers s’abonnent mensuellement à un prix fixé par mes soins et je n’ai que très peu de frais de fonctionnement. En retour, tes abonnés reçoivent un contenu exclusif qu’ils ne pourront pas retrouver ailleurs. Les réseaux sociaux, c’est super bien. Tu prends le cas d’Orelsan, il a un social media manager et ça change tout dans le rapport aux gens. Aujourd’hui, le contenu compte moins que la façon dont il est diffusé. Lorsque tu vois le show d’Orel et ses posts Instagram, tout prend sens.

Driver : Oui, mais chez Orel tout part de sa musique. Son univers est déjà tellement riche ! Après il le décline de toutes les façons qu’il veut. La musique est sa matière première. Mais c’est clair qu’il y a des gens qui n’ont rien dans leur musique. Que veux-tu créer à partir de ça ? Tu peux avoir le meilleur social manager du monde quand il n’y a rien, y’a rien.

Liza : Jul par exemple, il n’y a rien !

Driver : Un rappeur habillé comme les mecs de son quartier et qui parle comme les mecs de son quartier, ce n’est pas “créer un univers”. Tout le monde l’a déjà fait. C’est la base du rap.

Liza : Les gens aiment pouvoir palper les failles et les défauts d’un artiste, mais il faut que ce soit assez lisse pour ne pas se sentir brusqué non plus. Tu prends Benjamin Biolay, on sent et on sait qu’il a ses addictions, ses torts, ses travers et on ne l’admire que plus pour tout ça.

Driver : Les gens ont besoin des deux : de rêver et de s’identifier.

Liza : Je suis dans l’envers du décor. Je conçois que pour des gens les vidéos du monde amateur ou semi-pro puissent avoir un côté plus libidineux. Mais je sais aussi que cela peut être des relations non protégées avec des gens qui n’ont pas fait de test où les identités ne sont pas vérifiables avec des gamines pas vraiment consentantes qui arrivent pour un plan à trois… et les mecs sont en fait quinze.

Le streaming

Driver : Les revenus du streaming sont payés au lance-pierre [lire à ce propos la série La fête du Stream de Sophian Fanen sur Les Jours, NDLR]. Les artistes l’ont compris et ils cherchent l’argent dans les concerts. Mais tous les artistes ne sont pas bookés pour faire une date. Et c’est encore plus compliqué lorsque les promoteurs gèrent leur programmation en fonction des vues sur YouTube ou des streams. Les rappeurs l’ont vite compris et ont vu qu’il était possible d’acheter des vues. J’ai moi-même été contacté sur Facebook pour ça… Le problème c’est qu’à la fin l’artiste se retrouve booké, mais dans une salle vide, parce que le buzz et le public étaient factices. Les maisons de disques ont signé des rappeurs juste parce qu’ils avaient des vues. Le problème du rap c’est que c’est une industrie qui marche à l’ego dont les activistes se couchent au moment où ils doivent se révolter, car l’industrie leur offre en échange des disques d’or. Ils ne comprennent pas que leur compte en banque ne va pas changer. Dans la pyramide du stream, les grands gagnants sont les plateformes, les maisons de disques ne sont pas à plaindre, ce sont les artistes qui sont les plus mal payés. Les maisons de disques vont signer de plus en plus d’artistes avec des formats plus longs afin d’avoir plus de streams.

Maintenant j’suis chaud, dernier album en date de Driver

Liza : C’est important pour nous d’avoir du contenu gratuit pour avoir ensuite des fans qui achètent. Après j’ai conscience d’être à part dans ce milieu. Avec plus 14 ans de carrière, la sociologie de mes fans est différente, ils ont plus de trente ans et ce sont des gens qui ont un pouvoir d’achat. Mais c’est aussi une question de communication et de savoir gérer son contenu. Ce qui m’embête dans le gratuit, c’est la protection des mineurs. Nous avons un problème de jeunes qui n’ont pas la bonne grille de lecture et ça me gêne énormément parce qu’ils galvaudent leur approche de la sexualité.

Driver : Vous avez des problèmes de vues ?

Liza : Nous bêtement nous ne sommes pas des comédiens. On est payé au cachet le jour J du tournage. Nous ne touchons aucun droit après. On cède nos droits pour 99 ans et nous faisons officiellement du modeling. Lorsque tu es motivé·e et que tu débutes, tu peux faire de l’affiliation, mais c’est chronophage. En plus nous ne sommes même pas considérés comme des travailleurs du sexe. Je relance mon appel au STRASS ! Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas dans la rue qu’il n’y a pas de risques, et que nous n’avons pas besoin d’aide. À l’inverse, dans des pays comme la Hongrie ou les États-Unis, les associations de travailleurs du sexe intègrent toutes les composantes. Que ce soit une prostituée, une actrice de X, un cadreur ou un agent…

Hors scène

Liza : Je m’oriente à terme vers une formation de thanato, parce que le corps, la mort, les chairs abîmées ça ne me dérange pas. J’ai un rapport au corps et à la dignité humaine qui va au-delà de ça.

Driver : C’est moins glamour tout ça…

Liza : Ce qui m’intéresse, c’est de prendre soin des vivants en m’occupant de leurs morts.

Driver : Mon premier contrat je l’ai signé quand j’étais au lycée. Dès que la maison de disques m’a rendu mon contrat, j’ai monté mon label. Et puis grâce à Dieu j’ai toujours eu la chance à chaque creux d’avoir un truc qui me tombe dessus. Puis je me suis associé avec le meilleur : Jean-Pierre Seck.

Liza : Quand j’ai commencé à produire, ça a été l’enfer. J’y suis allée avec de la bonne volonté et sans aucune conscience de ce que ça allait me demander. Si j’avais su ce en quoi tout cela consistait, je ne l’aurais peut-être même pas fait !

Driver: Tous ces problèmes-là je ne les ai pas eus parce que mon associé connaissait déjà ça et que j’apprenais en même temps. Il faut toujours avoir un bon avocat et un bon conseiller fiscal.

Le discours porno / rap

Liza : J’ai tenté d’interpeller Marisol Touraine et Marlène Schiappa. Nous avions à l’époque un problème de syphilis – et c’est un nous que je définis en tant qu’échantillon représentatif de la société française, soit 200 personnes qui ont une activité sexuelle régulière, qui se testent couramment et qui se protègent énormément. Si nous avons ce souci, cela veut dire qu’il y a un problème en France. On demande régulièrement de lever le secret médical de façon à regrouper nos tests et de pouvoir lancer des alertes en cas de problèmes.

Aujourd’hui, nous n’avons pas le droit d’être en arrêt maladie ou d’être au chômage technique. Si pendant trois mois un acteur ne peut pas travailler, alors comment fait-il pour vivre ? Et encore le problème, ce n’est pas pour les personnes les plus reconnues dans ce milieu, mais pour tous les débutants, caméramans et maquilleuses. On s’organise de façon à être enregistrés au maximum aux États-Unis, parce qu’il existe ce que l’on appelle des “coalitions”, auxquelles on adhère et qui nous envoient des alertes du type : « tel jour à telle heure votre test n’est plus valable » ou bien lorsqu’il y problème d’hygiène comme un pied d’athlète [champignon, ndlr] : « à telle date tous les lieux de tournages sont fermés et tout doit être désinfecté et vous ne pouvez plus tourner pendant trois semaines ».

Par rapport aux autres discours, je suis moins impactée, car ma carrière est hors-norme. Je représente la partie du porno qui a réussi à se professionnaliser. Ce n’est pas représentatif du porno que je pratique, et c’est pour cela que j’accepte depuis peu de prendre la parole sur ce genre de sujets. Aujourd’hui je suis actrice, réalisatrice, productrice de cinéma de genre au même titre que Luc Besson est réalisateur de cinéma classique.

Driver : Lorsque j’ai rencontré Georges Lapassade, j’avais 14 ans. Je ne me suis même pas rendu compte que j’étais comme un rat de laboratoire pour lui. Il m’avait dit « j’adore ce que tu fais, si tu veux il y a un concert tel jour à telle heure ». Je ne savais pas que le mec était en train de m’étudier. Plus tard je me suis rendu compte que pendant longtemps on a vu des rappeurs à la télé sans qu’ils ne rappent jamais. Et on continue de le faire de les appeler pour parler de problèmes.

Liza : De la même façon si je n’ai pas envie de parler de cul, on ne m’invite pas.

Driver : Mais si je n’ai pas envie de parler de mes problèmes, comment on fait ? Je fais de la musique à la base. Je veux qu’on m’invite pour parler de musique !

Liza : Les actrices, on nous invite toujours pour glisser ce gros discours de la femme soumise et abusée. Quand tu proposes un autre son de cloche, c’est compliqué. Je ne défends pas le porno, je défends la liberté de faire ce que je veux de mon corps. Je ne répondrais pas aux injonctions sur l’oppression de la femme, je n’en ai pas envie.  

Driver : Quand t’es rappeur, on t’invite rarement à la télé. Donc la moindre fenêtre promotionnelle, tu la saisis, même si on t’invite pour parler de sujets extérieurs à la musique. C’est de la promo, on voit ton disque à la télé. Mais ces débats sont truqués. Ils sont montés en post-prod et c’est rare que tu en sortes gagnant. J’ai eu de la chance dans le sens où ma musique reste du divertissement, donc on m’invite pour du divertissement. Tout est cohérent. Je me rappelle d’une émission horrible de Ruquier avec Zemmour et Disiz. Une émission où se trouve Zemmour, c’est simple de toute façon, je n’irai pas. Ce sont des gens qui sont payés pour détruire ton travail.

L’ascenseur social

Liza : On conditionne les nanas pour plaire aux hommes depuis qu’elles sont gamines. Il existe des jeunes femmes qui sont souvent en couple avec un gamin et un mec chiant qui ne prend aucune initiative, ne sait pas changer un rideau, mais qui veut quand même baiser trois fois par semaine ! La jeune femme se dit : « je vais faire pareil et prendre sur moi, coucher avec trois gars que je ne connais pas, il va enfin se passer un truc dans ma vie et je vais gagner 300 balles, je vais enfin ramener un peu de course à la baraque« . Je connais des filles qui ont commencé leur carrière dans la continuité de leur vie de merde en faisant un peu d’amat’, mais tout en se prenant en main pour gagner enfin leur vie pour elle. Donc ça participe presque à l’émancipation de la femme.

Driver : Il y en a beaucoup qui font carrière ?

Liza : Oui, certaines y réfléchissent plus et savent en tirer profit. L’exemple basique, c’est Valentine Chevalier.

Driver : Internet avec les smartphones et les réseaux sociaux a amené la banalisation des stars. Sur mon 1er album, il y a Julia Channel. Je traque Cutee B pour qu’il me la présente. Un jour je l’appelle, je lui dis : “vas-y je veux qu’elle fasse l’intro d’un de mes morceaux !”. On a fait le morceau et je suis tombé sous le charme. Par la suite lors d’une interview on me parle autant de ma musique que de Julia Channel. L’album d’après il y a du Dolly Golden à toutes les sauces. C’était presque une stratégie marketing. Mais je me suis rendu compte qu’il y avait de moins en moins de vraies stars du X aujourd’hui. Liza pour moi c’est la dernière c’est la seule actrice ! Tu te balades dans la rue avec elle et les gens vont la reconnaître. Pour les autre,s on va les regarder parce qu’elles sont belles ou bonnes, mais on ne les reconnaîtra pas ! Et ça, c’est parce qu’il y a une autre concurrence ou les Kim Kardashian vont sortir une sextape et se retrouver sur toutes les plateformes de streaming comme les vraies pornstars. À partir de là, tout le monde devient une star.

Liza : La frustration vient d’une sur-utilisation du storytelling. Tu fais croire que t’es dans une baraque de dingue alors que t’es juste passée devant. Que tu as une caisse de ouf alors que tu l’as louée. Mais ça ne veut pas dire que c’est mal. Je pense à Anna Polina ou à Anissa Kate, qu’on ne voit jamais si elles ne sont pas déjà sapées, maquillées, etc. Moi, on me voit en train de fumer un gros oinj en djellabah sur du Gainsbourg ! Après est-ce une industrie de la frustration ou est-ce une industrie du désir ? C’est simplement une industrie d’entertainment où le principe de base est de vendre du rêve. Moi, le rêve que je vends, c’est ma vraie vie.

Driver : Comme tu disais, tes fans ont plus de trente ans les miens aussi. Donc je n’ai pas trop de problèmes avec ça. J’ai juste pris le réflexe de faire attention à ce que j’écris. Même si je ne devrais pas avoir à le faire.

Liza : Les gens vont mettre naturellement une distance avec moi, car j’ai su proposer une autre image. Pas juste « l’actrice de cul« . Le public sait que je m’appelle Émilie, ils connaissent un peu ma vraie vie (celle que je montre tout du moins).

Driver : Dans le rap, même si tu expliques aux gens la différence, ils ne comprendront pas.

Liza : Avant dans le rap et le porno, tout le monde avait un pseudo. Les actrices craignaient de divulguer leurs noms de peur qu’on découvre où elles habitent. Moi je l’ai fait et je pense que c’est l’hypercontrôle qu’ont certaines actrices de leur image qui les empêche de montrer ce qu’elles sont derrière et du coup elles reçoivent à 90% des messages à caractère sexuel parce qu’elles n’ont pas eu l’occasion de montrer autre chose.

Les playlists

Comme les belles rencontres doivent toujours se finir en musique, on a demandé à Driver et Liza une petite playlist par leur soin avec une face A très câlin et une face B très sexe. 

La playlist de Driver

La playlist de Liza Del Sierra

Retrouvez Driver dans Roule avec Driver et #Temps Mort. Liza Del Sierra sur son OnlyFans.

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