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London Porn Film Festival : la révolution sur grand écran

Il y a quelques jours se tenait la seconde édition du London Porn Film Festival, digne héritier de son grand frère berlinois. Ayant manqué la première édition à regret, il était hors de question que je passe à côté cette année, les occasions de voir les films projetés étant trop rares. Voici un résumé du week-end, qui vous donnera envie j’espère de pousser la porte un jour ou l’autre d’un festival de films porno .

Il fait un froid de canard à Londres en ce jeudi 12 avril alors que je me dirige vers Russel Square en réfléchissant au coût exorbitant des transports en commun de la capitale britannique. Promis, je ne me plaindrai plus du métro parisien, ni de la chaleur étouffante de Toulouse. J’arrive donc frigorifiée devant le Horse Hospital qui, comme son nom l’indique, est un ancien hôpital pour chevaux datant de la fin du XVIIIème siècle. L’endroit est confidentiel. Derrière la lourde porte, un couloir peint en rouge écarlate mène vers l’unique salle utilisée pour les projections. Un écran, quelques chaises inconfortables et un frigo qui sert de bar : c’est parti.

Le festival commence avec une séance 100% couleur locale où sont mis en valeur les réalisateurs et performeurs originaires du Royaume-Uni. On attaque par les chouchous Four Chambers avec le film Gloaming pour enchaîner sur une sélection de films allant d’Erika Lust à Sluts4Sluts Collective, ainsi qu’un documentaire sur le Sixty Nine Club, un groupe de fans de cuir gays créé en 1965. Porno, esthétisme, queerness, fétiches : le ton est donné.

Dès cette première projection, j’ai un gros coup de cœur pour le très esthétique Tribute de Max Disgrace, avec Lina Bembe, qui revisite Sex, Lies, Religion un film lesbien de 1993. Cette torride et artistique scène en noir et blanc tournée dans un cimetière n’a laissé personne indifférent.

Tribute de Max Disgrace

Après cette première projection, on se retrouve à l’unique pub du coin, juste en face, rempli d’hommes entre deux âges venus regarder le match d’Arsenal après le travail. Soudain, c’est toute la scène indé et queer de Londres qui prend possession du lieu, pour se retrouver et prendre des nouvelles. Car un festival c’est surtout ça : un moment où les performeurs et réalisateurs de porno alternatif retrouvent leurs collègues, se racontent leurs vies et fomentent des plans pour tourner la prochaine orgie. Ce sont des lieux d’inspiration et de communion où naissent beaucoup de vocations.

Cette année le festival a décidé de mettre en avant le travail de Pandora/Blake. Outre une rétrospective de ses films spécialisés dans les fessées et le châtiment corporel, le festival a programmé un atelier pour apprendre comment faire son premier film porno : DIY porn – animé par Blake. Activiste reconnu·e, Blake travaille d’arrache-pied pour aider à ce que la mise en place de la Digital Economy Act se fasse le plus en douceur possible au Royaume-Uni. Il semblait assez logique que le festival en fasse l’invité·e d’honneur de cette édition. Mon préféré de la soirée : Houseboy disponible sur le site de Pandora / Blake, Dreams of Spanking.

L’Amérique Latine a également été bien représentée avec une excellente curation de courts-métrages post-porn traitant de thèmes cruciaux tels que le droit à l’avortement ou l’accès à l’eau potable. Car le porno ne l’oublions pas, est un medium comme un autre pour faire passer des messages forts. Maria Basura était également présente pour son atelier « Fuck the fascism ». Maria se définit elle-même comme missionnaire de l’indécence et ses actions en Europe passent rarement inaperçues.

Au cours du festival ce sont 24 heures de projections qui se sont enchaînées dans la petite salle obscure de la capitale (et probablement autant de bières bues…). La sélection était excellente et toujours plus inclusive. On rit, on pleure, on rage ou on s’excite. J’aimerais vous parler de tous les films un par un mais hélas, le temps me manquerait (car j’en ai vu pas moins de 72). On pourra néanmoins citer Going Here de Courtney Trouble avec Jiz Lee et Lyric Seal, une scène lesbienne hyper chaude dans un ascenseur, et l’excellentissime Take me Like the Sea, un film en plusieurs actes qui commence sur une lecture de Baudelaire et termine par une orgie sur le Lacrimosa du Requiem de Mozart.

Tout le week-end, on célèbre le porno sous toutes ses formes mais aussi la diversité. Grâce aux quatre organisateur·ices on a pu voir des multitudes de corps différents, des personnes trans, des personnes racisées dans des rôles puissants, du sexe queer, gay, lesbien ou hétéro, du cuir et du latex, du sexe en fauteuil roulant, du sang menstruel et du beurre. Cela n’a peut-être l’air de rien mais dans un contexte aussi difficile que celui du Royaume-Uni en ce moment, qui fait face à des lois de plus en plus conservatrices et restrictives pour les pornographes, le London Porn Film Festival a comme un goût de liberté, de révolution.

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