Leigh Raven et Riley Nixon témoignent d’agressions sexuelles sur un tournage

Les dernières semaines, entre la promotion du livre d’Ovidie et le témoignage de Nikita Bellucci sur le harcèlement en ligne, vous avez dû entendre des journalistes comme Hugo Clément poser cette question : « pourquoi le mouvement #MeToo n’a pas l’air d’atteindre le porno ? » Eh bien, cette semaine Leigh Raven leur a répondu. Elle a publié une vidéo sur Youtube où elle témoigne d’une agression sexuelle (« assault experience ») sur un tournage. Riley Nixon témoigne, elle aussi.

Les faits pour Leigh remontent au 6 mars, pour Riley le tournage a eu lieu en janvier. Toutes deux ont eu affaire à la même équipe : le réalisateur Just Dave et le performeur Rico Strong. Just Dave collabore à plusieurs sites, notamment Bang! (les scènes de casting couch) et récemment pour PornDoe. Rico tourne souvent pour Dogfart. Apparemment, personne n’était au courant que ces deux-là contribuaient au site Facial Abuse.

Facial Abuse est probablement la pire production pornographique. Ils font de l’humiliation et du sexe rough (dur et violent) dans un environnement sordide. Ce sont des vidéos à éviter en tant que fappeur, car en regardant le produit fini, on ne sait jamais vraiment si le consentement était bien clair dès le début. Il y a du vomi, des filles en pleurs, de la violence morale et physique. On peut difficilement trouver plus horrible à regarder.

Le témoignage dans la vidéo Youtube se divise en trois parties. Leigh Raven raconte son tournage, ensuite sa femme Nikki Hearts, qui filme, prend la parole et Riley Nixon partage enfin son histoire.

Pour Leigh, tout commence par l’acceptation de remplacer une fille qui a annulé à la dernière minute. Elle connaît Rico Strong, car sa femme a déjà travaillé avec. Elle se présente sur le plateau et les choses débutent. Habituée aux pratiques extrêmes, Leigh consent au départ sur plusieurs points, mais avertit son partenaire qu’elle a un col de l’utérus peu profond, elle ressent donc de la douleur si le performeur va trop loin. Elle lui indique qu’elle lui serrera la cuisse s’il lui fait trop mal. Elle souhaite également éviter la position « reverse cowgirl ». Son témoignage précise qu’ils ont fait la position qui ne lui plaisait pas et que malgré le signe convenu, Rico a continué à la pénétrer violemment.

La performeuse a été poussée au-delà de ses limites. Elle a demandé pour quel site la scène était tournée, mais Dave lui a répondu que c’était un nouveau projet, alors qu’il s’agissait du site Facial Abuse. Leigh ne goûtait guère le fond de « race-play », autour du racisme, de l’esclavage et de revanche à prendre, qui donnait corps aux échanges improvisés avec Dave et Rico Strong, qui est afro-américain. Je vous invite à regarder la vidéo pour mieux comprendre l’ambiance du tournage et tous ces détails qui ont mené Leigh à se sentir en danger, à avoir peur. Elle n’ose alors plus protester et cherche à terminer le tournage le plus vite possible, malgré la douleur et les pleurs.

Le cachet est distribué à la fin de la journée. Si elle arrête tout, son partenaire ne sera pas payé et sa possible réaction l’effraie. Voilà pourquoi il est difficile de dire non, de prendre sur soi d’aller au-devant d’autres ennuis. Le tournage dure six heures.

Le témoignage de Riley Nixon est sensiblement le même. Pour elle, le fond de la scène est à propos du féminisme. Le dialogue qui anime le début de la scène tournait autour de ce thème, elle portait un t-shirt estampillé « feminist », puis elle se prenait des coups. Un scénario pas vraiment engageant. Elle a été poussée au-delà de ses limites et de son consentement, son visage portant les marques de gifles violentes et de strangulations qu’elle a reçues. Dans les deux cas, l’interview de fin de tournage ne signifie rien. Leigh répond non quand Dave lui demande si elle a été violée. Mais la peur est toujours là.

Leigh Raven dépose plainte plus tard à la police et a subi des examens médicaux pour constater ses blessures. L’affaire est en cours. Naturellement, Rico Strong dément sur Twitter les allégations des jeunes femmes. Just Dave, contacté par le magazine en ligne Jezebel, menace de publier la vidéo entière du tournage pour prouver que tout cela est faux. Mais Nikki Hearts le précise, cette vidéo n’invalidera pas ce que Leigh a ressenti et l’agression sexuelle qu’elle a vécue.

Leigh, sa femme Nikki et Riley ont eu le courage de parler. Après la disparition d’August Ames et le mouvement de bienveillance qui l’a suivie, ces femmes reçoivent le soutien de beaucoup de monde du milieu, notamment Adriana Chechik, Karmen Karma, Megan Rain, Jesse Jane, Tasha Reign, Jiz Lee, Lee Roy Myers et bien d’autres.

D’autres performeuses corroborent les abus vécus sur les tournages de Facial Abuse par leur propre témoignage. Il y a Anastasia Rose, Bobbi Dylan, Alex More. Penelope Reed en profite pour expliquer en plusieurs tweets qu’elle a connu une situation similaire et qu’il est difficile de dire stop.

Nadya Nabakova avait dénoncé son agent il y a peu suite à une agression. Maintenant, on tente de lui faire quitter le porno. La pression est forte sur les filles. On peut aisément comprendre qu’il est compliqué de parler. Surtout quand on voit que James Deen, accusé par plusieurs actrices majeures, dont sa propre femme pour viol, continue son chemin tranquillement dans le milieu. Nombre de filles qui apportent leur soutien à Leigh et Riley, tournent d’ailleurs avec Deen. Riley Nixon a aussi tourné avec Deen de multiples fois. Sydney Leathers fait le lien entre Just Dave et Deen qu’il aurait soutenu à l’époque du scandale.

Nikki Benz en janvier 2017 avait témoigné d’une agression sur un plateau de Brazzers par le réalisateur Tony T et l’acteur Ramon Nomar. Honey Gold avait aussi dénoncé des viols à son encontre, elle le rappelle dans ce tweet :

Après ce traumatisme, Leigh Raven va prendre un peu de temps hors du porno pour se reconstruire.

Certaines collègues comme Bratty Wolfie et Madeline M proposent de contribuer financièrement pour compenser ce chômage forcé, qui va diminuer les revenus de Leigh.

Suite à cette affaire, certains ont pris la parole. Bryan Gozzling fait le même genre de porno que la production incriminée. Le sien a cependant l’air plus sûr pour les performeuses. Après le témoignage de Leigh, il balance un thread sur une anecdote où il a préféré annuler un tournage plutôt que forcer la chose, histoire de montrer qu’il est un être humain décent. Mais, en attendant, il suit toujours Facial Abuse sur Twitter et il a interagi avec eux, en se lâchant du « brother« , alors qu’ils sont très problématiques depuis longtemps. Vous pouvez cliquer pour lire l’histoire.

Lee Roy Myers de chez Wood Rocket lance un appel à ne plus supporter les « personnes mauvaises ».

Lena Paul aura le tweet de la fin, elle précise que tant que le système de booking avec paiement à la fin du tournage se perpétuera, il existera des leviers pour que des réalisateurs peu scrupuleux forcent le consentement des actrices.

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