Avec AgeID, MindGeek veut contrôler l’accès du porno aux mineurs

Coincé entre la Digital Economy Act 2017 au Royaume-Uni (dont le volet qui concerne le porno est appliqué cet avril) et l’envie du président Emmanuel Macron de réguler le contenu porno en France, le consommateur européen va rapidement se retrouver dans une situation compliquée s’il veut continuer à regarder tranquillement son porno sur internet.

Avec un sens aigu du timing, le mastodonte MindGeek (Pornhub, Youporn… et plus d’une centaine de sites payants) a devancé tout le monde en développant dès l’année dernière son propre système de vérification d’âge (AgeID) qu’il compte bien imposer par sa simplicité (et son prix) au marché anglais… et qui sait, bientôt au marché français. Catherine Dunn, la porte-parole du groupe a bien voulu répondre à nos questions, dans un joli exercice de funambule entre franchise et langue de bois.

Bonjour Catherine, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est AgeID et pourquoi vous envisagez de le lancer en France ?
AgeID est un système d’authentification sûr, rapide et sécurisé, que nous avons développé pour se conformer à la Digital Economy Act 2017. AgeID regroupe différentes méthodes de vérification de l’âge des visiteurs par des sociétés tierces afin qu’aucune donnée personnelle ne soit visible par AgeID durant le processus de vérification.
Si la France décide de suivre la même voie que le Royaume-Uni, notre solution sera prête à être adaptée. Mais en l’absence de législation actuelle, nous ne pouvons spéculer sur la forme que cela pourrait prendre.

Que va-t-il vraiment se passer à partir d’avril au Royaume-Uni ? Est-ce que les sites vous ont déjà contacté ?
Le mois d’avril verra l’application provisoire de la 3e partie de la Digital Economy Act 2017. A compter de cette période, tout le contenu pornographique mis à disposition dans un but commercial et accessible depuis le Royaume-Uni devra se doter d’un robuste système de vérification d’âge, comme celui que nous proposons avec AgeID.
Nous sommes effectivement en discussion avec beaucoup de sites adultes pour les aider à se conformer à cette loi.

Extrait de la présentation du site officiel de MindGeek

Il y a un risque réel de collecte des données personnelles au sein d’une même entreprise qui est déjà en position hégémonique. Comment comptez-vous protéger ces données ?
Pour créer un compte sur AgeID, le client doit fournir une adresse mail et un mot passe de passe qui sont chiffrés et ne peuvent être inversés [méthode de rétro-ingénierie, ndlr] et exposés dans le cas très improbable d’une violation des données. Quand un client choisit cette méthode de vérification d’âge, il quitte AgeID et entre ses données personnelles à une société tierce qui va vérifier son âge. Nous recevons via AgeID uniquement des informations sur le mot de passe (s’il bon ou mauvais) et le statut de la personne (si elle est mineure ou non). AgeID et une des nombreuses plateformes de vérification d’âge, il est fort probable qu’elle soit utilisée dans l’industrie pour adultes, à côté d’autres solutions disponibles sur ces sites.

Est-ce qu’AgeID sera conforme au Règlement général sur la protection des données (GDPR) qui sera appliqué en mai prochain ?
Oui, AgeID sera conforme à la GDPR et à toutes les lois relatives à la protection des données.

AgeID sera gratuit pour les très nombreux sites de votre réseau mais payant pour les autres. Prenons un exemple simple, si une mesure comme la Digital Economy Act devait arriver en France et que votre système était en place, combien l’utilisation de AgeID coûterait au Tag Parfait ?
Nous travaillons au cas par cas avec les sites pour nous assurer que nos prix restent abordables et correspondent à leurs attentes. Nous ne connaissons pas encore le prix de la vérification d’âge qui pourrait être déployée en France si une loi similaire était appliquée.

Vos sites gratuits comme Pornhub sont la vitrine de MindGeek et génèrent un trafic monumental. Mais on ne veut pas se le cacher, ils sont aussi très populaires auprès d’un public jeune (et mineur). Pourtant ils ne possèdent pas d’avertissement contrairement à vos sites payants. Pourquoi ?
Penser qu’un simple avertissement placé entre un site pour adultes et un mineur curieux et malin suffirait à l’en dissuader est un peu idéaliste ! La responsabilité de la protection des mineurs face à l’accessibilité du contenu inapproprié revient aux parents. Nous faisons déjà notre part du travail en signalant le caractère adulte de nos sites [auprès des moteurs de recherche, ndlr]. De leur côté, les parents devraient veiller à activer le contrôle parental sur tous les appareils que leurs enfants utilisent pour bloquer ce contenu.

Marketing audacieux ou réelle volonté d’informer ? A vous de juger.

Seriez-vous d’accord pour en mettre un ? Certains tubes porno très populaires en France (Xvideos et Tukif) en ont remis un il n’y a pas très longtemps pourtant…
Si les organismes de régulations appropriées estiment que c’est une technique efficace, nous serions ravis d’explorer cette éventualité.

Comment avez vous accueilli le discours d’Emmanuel Macron qui appelle le CSA à contrôler le contenu porno sur Internet ?
Nous pensons que l’éducation prime sur la régulation. Un vrai changement est possible si on opte pour un discours ouvert plutôt qu’en appliquant des mesures austères basées sur des politiques puritaines. En ce sens, nous nous sentons très impliqués dans ces débats, si bien que nous avons lancé récemment le Pornhub Sexual Wellness Center, qui offre des conseils et des informations sur un large éventail de sujets liés à l’éducation sexuelle. Ce projet informe et éduque nos visiteurs sur la santé sexuelle et leur responsabilité. Nous encourageons les gouvernements à faire leur part du boulot et à promouvoir de leur côté une véritable éducation sexuelle.

Ce discours a été salué par Gregory Dorcel, directeur du groupe Marc Dorcel, qui a demandé dans un communiqué de presse qu’une réglementation à l’anglaise soit aussi appliquée. Il en profiter pour pointer du doigt les tubes porno gratuits qui ont “commencé à déverser du contenu pornographique en masse, sans contrôle d’accès, gratuitement et sans aucune limite éditoriale (contenus dégradants, humiliants, violents…)”. Il demande de “convaincre les fournisseurs d’accès internet de bloquer, sur simple injonction du CSA (…) les sites qui violent volontairement le code pénal français avec des volumes d’audiences énormes’. Qu’avez-vous à répondre à ces attaques ?
Nous croyons en un internet gratuit et non régulé ; heureusement nous ne sommes pas les seuls dans ce cas ! Tous les géants du net sont unis autour de cette idée et ne se laisseront pas distraire par les intérêts personnels d’une personne.

Image en une extraite de la vidéo de présentation du groupe MindGeek

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