Vague à l’Ames, August est partie trop tôt

August Ames s’est éteinte le 6 décembre. L’actrice canadienne, originaire de Nouvelle-Écosse et de Pologne, avait 23 ans. Les conditions de sa mort n’ont pas encore révélé officiellement à l’heure où j’écris ces lignes. Elle était une figure majeure du porno américain, sa présence s’étendait sur l’ensemble du vaste paysage des productions X, elle régalait nos faps de sa personnalité joyeuse et enthousiaste.

La détentrice du titre des Most Spectacular Boobs aux AVN Awards 2017 avait une image de meuf marrante, « goofy » comme ils disent en anglais. Sur Twitter, elle faisait des blagues et trouvait toujours une distance dans les situations les plus sinistres et pénibles. C’était un régal de la suivre au gré de ses tweets. Sa personnalité transparaissait également dans ses scènes. Elle n’hésitait pas à surjouer, comme dans cette scène de déboutonnage de braguette qui est du August tout craché. Elle faisait rire ses collègues, son public, elle n’avait pas mauvaise réputation et les clashs entre actrices ne l’intéressaient pas. Elle était une femme belle, intelligente et drôle.

Le milieu du X sous le choc

L’annonce de sa disparition a été faite le mercredi 6 décembre par AVN en fin de matinée (heure de Los Angeles) et provoqué un véritable choc dans le porno. Elle était beaucoup aimée par ses pairs et les témoignages saluant la belle âme d’August ont fleuri par dizaines. En voici quelques-uns :

Les causes de la mort d’August restent confidentielles. Son mari, le réalisateur Kevin Moore, a juste demandé que son décès « reste une affaire de famille privée durant cette période difficile ». Mais le milieu n’a pas vraiment entendu cette requête et la polémique a enflé. En effet, la mort de l’actrice n’est vraisemblablement pas due au hasard.

Une actrice sensible

August était en dépression, diagnostiquée bipolaire et atteinte de trouble dissociatif de l’identité. Elle le raconte dans cet entretien avec la photographe et réalisatrice Holly Randall. À partir de la 38e minute, elle parle de son histoire personnelle et des difficultés rencontrées au fil de son parcours. C’est un témoignage touchant qui nous rappelle pourquoi elle faisait autant attention à sa santé.

Le 15 novembre dernier, elle avait eu un souci lors d’un déplacement à Las Vegas pour travailler avec Brazzers et Girlfriends Films. Elle avait alors annulé un tournage avec la seconde maison de production. Cela avait entraîné une mini polémique dont la plupart des tweets ont été effacés. Sa position était que pour n’importe quelle raison, en tant que travailleuse du sexe dans le porno, elle avait le droit d’annuler un tournage si elle ne se sentait pas .

Plus tôt dans l’année, le 22 juillet, elle avait réagi à un autre incident sur Twitter entre Janice Griffith et Danny Mountain pour une histoire de scène annulée. Elle avait accusé Danny de lui avoir transmis une IST.

Cela nous amène à la polémique du 3 décembre. Et à ce tweet qui a tout déclenché :

August vient d’annuler un tournage pour EroticaX parce que son partenaire a fait du porno gay. Elle semble l’avoir découvert par elle-même, ce qui suppose qu’elle avait précisé ne pas vouloir travailler avec un tel partenaire, mais que l’agence de l’acteur ne l’avait pas informée de ses précédents emplois.

Ces performeurs sont qualifiés de « crossover » car ils tournent pour les deux industries : hétéro et homo. De nombreuses actrices et agences refusent de travailler avec eux. Les raisons ? Rien d’officiel, mais des clichés sur la vie sexuelle intime des acteurs gays et bisexuels entretiennent cette méfiance. August en traduisant publiquement sur Twitter cette habitude du milieu se retrouve au cœur d’un débat puis d’un très gros shitstorm. Elle est prise à partie par les acteurs gays, mais aussi par ses consœurs qui voient ces pratiques discriminantes d’un mauvais œil. L’acharnement est violent, les accusations d’homophobie s’accompagnent d’insultes et même d’appels au suicide. L’acteur Jaxton Wheeler sera dans cette tempête le plus acrimonieux.

Ames tente de se défendre, mais rien n’y fait. Elle termine par un « fuck y’all » qui sera son tout dernier tweet.

Les causes du décès sont toujours inconnues

Nous ne savons pas si les causes de son décès sont reliées à cet incident, mais personne n’hésite à faire le rapprochement, même parmi ses intimes. Tout le monde souligne les dangers du cyber-harcèlement dont August serait une victime directe. D’un côté, on exhorte à davantage d’empathie, de bienveillance sur les réseaux sociaux, comme le syndicat des performeurs APAC ou Madeline Marlowe. D’autres rappellent que dans ce métier, quelles que soient les raisons, vous n’avez pas à tourner avec quelqu’un si vous ne le souhaitez pas. Mais une partie des personnes pointent du doigt celles et ceux qui ont insulté ou discuté les choix de l’actrice, reproduisant le même « bullying » (harcèlement) qu’ils dénoncent.

Manuel Ferrara se pose alors en sage avec ce tweet :

Toute cette polémique divulgue un peu plus comment le porno américain fonctionne. Il existe une discrimination des personnes gays/bisexuelles/queer, comme il existe une discrimination envers les acteurs noirs. C’est un sujet sensible qui a provoqué l’énervement de certain·e·s contre August Ames. Même s’il s’avère que sa mort n’a pas de liens avec le bashing subi, tout cela aura montré qu’on ne sait jamais dans quel état sont les personnes visées et jusqu’où la violence sur Internet (et particulièrement sur Twitter) peut mener.

[Edit du 8 décembre : August Ames est morte asphyxiée par pendaison, selon les autorités médicales du comté de Ventura en Californie. La dépression et le harcèlement en ligne auront eu raison de ses dernières forces.]

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