Les petits cheveux, histoire non convenue de la pilosité féminine

En ce moment sur le Tag, c’est le festival du poil. Le patron m’a dit banco, alors aujourd’hui on va parler histoire, culture et poésie autour du poil grâce à un des nouveaux livres de la rentrée édité chez la Musardine : « Les petits cheveux, histoire non convenue de la pilosité féminine« . Il y aura bien quelques photos et dessins pour les plus libidineux d’entre vous, mais pas énorme non plus. Sortez donc vos cahiers pour noter de belles anecdotes afin de briller en société, c’est parti.

Avec cette histoire des petits cheveux, la Musardine ne déroge pas à sa tradition des beaux livres : 200 pages 15x15cm de beau papier un peu bouffant au toucher velouté enserrées dans une belle couverture bien épaisse et rigide – voilà ce que j’appelle un bien bel ouvrage. Tout à fait le genre d’objet que l’on peut offrir à un amoureux des belles choses, même s’il n’est pas particulièrement attiré par ce thème. L’impression est de qualité et fait honneur à une maquette sobre et lisible. Certains pourront éventuellement regretter que les photos ne soient pas plus nombreuses et/ou explicites, mais ce n’est pas le but recherché de toute façon, calmez-vous. Je ne vous parle pas d’un support masturbatoire – quoique en faisant un petit effort – mais bien du résultat d’un travail de recherche et de compilation dont le but est de faire (re)découvrir cet ami touffu qu’est le poil.

Un peu d’histoire…

En recherchant des traces écrites et illustrations sur nos doux duvets, les auteurs nous font ainsi remonter de plusieurs années av. J.-C. jusqu’à nos jours. D’anecdotes en traités médicaux plus ou moins farfelus, on découvre un poil qui a finalement toujours été un grand incompris. S’il est un objet de curiosité scientifique et populaire, il est toujours resté un mystère jusqu’à maintenant. Et encore… Quand je lis les mésaventures de Laura De qui a posté ses aisselles garnies sur Facebook pour se prendre ensuite un tombereau d’insultes, on peut se demander si notre société a bien évolué. J’y préfère de beaucoup la touchante naïveté des siècles derniers où l’on croyait que toison fournie rimait avec libido exacerbée. On apprend aussi pourquoi les statues féminines grecques puis romaines arboraient un pubis tout lisse contrairement à leurs homologues masculines. Et moi qui croyais que c’était parce que les sculpteurs ne voulaient pas s’embêter. Dommage que je ne puisse pas vous donner la vraie raison, hein ?

Ah, attendez le service presse de la Musardine me fait signe que si, vous avez de la chance. En fait, la raison est encore plus simple : Athéniennes, puis Romaines s’épilaient intégralement en brûlant leurs poils avec une lampe à huile comme nous le rapporte le tragédien grec Aristophane dans ses pièces de théâtre. Sérieusement les filles ? À la lampe à huile ? De nos jours, nous n’en sommes finalement pas si loin avec l’épilation à la lumière pulsée et au laser dont j’apprends via ce livre que les médecins en ont obtenu l’utilisation exclusive. Jean Feixas et Emmanuel Pierrat nous transmettent, tout au long des Petits cheveux, l’histoire cachée des poils et des cycles qui régissent la mode pubienne. Quelque part, cela me conforte dans le fait que la patience est toujours récompensée, le poil est de retour !

Et de poésie…

Autant il est évident que l’amour et le sexe ont toujours été de puissantes sources d’inspiration pour les artistes de toutes sortes, autant je ne pensais pas que les poils pouvaient avoir le même effet. En être fan et vouloir se rouler le museau dedans, oui, mais écrire des odes et poèmes à sa gloire ? Heureusement d’autres ont pu s’aider de cette muse pubienne pour composer les œuvres dont nous pouvons profiter dans la deuxième partie de l’ouvrage. Chansons, vers et extraits de textes nous narrent les aventures d’un poil tantôt paillard, tantôt sensuel, mais jamais « sale ». La culture porn dans son expression écrite peut être très crue et choquer les âmes sensibles, mais dans le cas du poil, je trouve que c’est toujours fait avec beaucoup de tendresse. Des textes d’Henry Miller à ceux des anonymes paroliers du Moyen-âge, j’y retrouve cette sensation de magie pileuse quand j’y passe la main.

Pour tous nos poils.

Les vrais trichophiles le savent, réduire le poil à la zone pubienne est une erreur. Jambes, bras, aisselles et compagnie sont aussi bien les champs de bataille de la révolution dont les auteurs se font les reporters. C’est d’ailleurs là une contradiction que l’on relève souvent : oui aux poils pubiens, mais pas aux autres ? La raison principale étant que le sexe reste caché, on ne risque pas de se faire remarquer en y laissant pousser ses herbes folles. Ces résistantes discrètes peuvent toutefois compter de plus en plus sur des personnalités qui assument et revendiquent leur pilosité. La touffe de Lady Gaga, les aisselles de Madonna et Miley Cyrus deviennent alors des symboles de lutte pour les femmes. Jean et Emmanuel, même si on devine leur préférence, ne sont pourtant pas non plus des ayatollahs du poil. On sent dans la sélection des textes une volonté de donner une vision globale du thème sans stigmatiser celles et ceux qui ont fait le choix de la tonte, influencé-e-s ou non. Nous sommes plutôt dans l’éducation des masses par l’exemple et la non-discrimination, une démarche d’ouverture qui je l’espère fera des émules dans les deux camps.

Noël approche, que ce soit pour vous ou en cadeau, cet ouvrage est un présent bienvenu sous le sapin à côté du Fleshlight pour le beau frère. De bon goût et licencieux juste comme il faut, vous pouvez l’offrir sans trop rougir à vos amis et parents pour oeuvrer à la rédemption du poil. Ce n’est pas souvent qu’un livre arrive à faire la balance entre militantisme, culture porn et information alors profitez-en.

Disponible sur le site de la Musardine ou dans les bonnes librairies.

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