Le Bon Fap

Patreon restreint le financement du contenu porno

Haro sur le porno. Jusqu’ici, la plateforme de crowdfunding Patreon entrouvrait la porte aux projets « not safe for work«  (dont celui du Tag Parfait)Mais de nouvelles mesures restrictives sont apparues, et elles visent directement le financement participatif du contenu pour adultes.

Le NSFW menacé ?

Au Tag Parfait, on aime défendre les indés qui se sont retrouvés sur Patreon, qu’ils usent de leur plume (comme la blogueuse Violet Blue) ou de leur caméra (Vex Ashley, patronne du studio Four Chambers). Surtout, on aime qu’une plateforme comme celle-ci accepte que la nudité fasse partie d’une vision artistique, et permette ainsi la rétribution collective – et du coup, l’existence – de projets sexy, audacieux, sulfureux, pas forcément autorisés par le tout mainstream. Mais pas de chance : le site natif de San Francisco vient de faire modifier sa charte. Les nouvelles conditions d’utilisation, apparues le 17 octobre, interdisent désormais le financement des films porno, des sites pour adultes et des sessions webcam. Autant dire que la permissivité accordée aux contenus annoncés comme « not safe for work » s’amaigrit fortement.

Interviewé par engadget.com, le bigboss Colin Sullivan dit vouloir bannir tout contenu en lien avec « l’inceste, la bestialité, la sexualisation de la violence, la nécrophilie, le fétichisme difficile à différencier d’une sexualité non-consensuelle ». Sullivan souhaite que les projets des entrepreneurs soient plus modérés qu’avant – surveillés. Il ajoute que certains utilisateurs vont devoir actualiser leurs pages en précisant le statut « not safe for work » de leurs créations. Si violation du règlement il y a, Patreon indique qu’une seconde chance sera offerte aux hors-la-loi « dès que possible ». Il s’agira pour ces derniers de modifier leurs pages pour les rendre conformes à la charte. Afin de catégoriser votre projet en tant que « contenu pour adulte », il vous suffit de suivre cette démarche de paramétrage. Le petit bémol, même si ce n’est pas une nouveauté, c’est qu’il n’apparaîtra plus dans la barre de recherche.

Une discrimination « anti-porno »

Si Sullivan tient à rassurer son audience, la frontière est aujourd’hui ténue entre l’autorisé et l’interdit. Qu’est-ce qu’une « sexualité non-consensuelle » ? Où se situe la nuance entre érotisme et porno, contenu « illégal » et liberté d’expression ? Contradiction parmi d’autres : tout en étouffant l’exploitation de thèmes tabous, le règlement admet que « certaines de ces situations, hélas, font partie de la vraie vie », et qu’il serait malheureux d’interdire ces contenus lorsque l’intention est « personnelle, historique ou pédagogique ». Du côté de PC Mag, un porte parole de la plateforme affirme que, malgré cette réticence prononcée pour la pornographie, « Patreon ne souhaite pas censurer la globalité des contenus pour adultes ». Bref, les conséquences à venir sur le financement de l’explicite restent encore à déterminer.

Four Chambers et ses 3282 abonnés sur Patreon

Le truc, c’est qu’en pointant du doigt les contenus les plus touchy, Sullivan masque (consciemment ?) une grosse partie de la réalité. Une réalité économique. Afin de le rappeler, les créateurs de contenus NSFW officiant sur la plateforme participative viennent de mettre en ligne l’Open Letter, un manifeste collectif au sous-titre alarmant : « ne nous abandonnez pas ». L’idée est limpide : sans financement, pas de business, et sans business, pas de survie. « Nous connaissons des gens qui seraient sans-abris si Patreon ne leur permettait pas de produire du porno, et il y en a un grand nombre » peut-on lire. Un tournant inquiétant pour tous ces artistes qui, explicite oblige, se retrouvent régulièrement bannis des réseaux sociaux grand public.

Ce texte militant insiste sur la nécessité de repenser « ce système qui juge de façon arbitraire ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas ». On y trouve les signatures de Violet Blue, Bacchus, Liara Roux, mais également d’explorateurs (et-trices) de la sexualité en tous genres, entre médias alternatifs, comics underground, photographie et créations romanesques queer. Nombre de créateurs LGBT sont aussi visés par Patreon. Pour ces indépendants, il est plus que temps de dénoncer la « discrimination anti-porno ».

[EDIT]

Les précisions de Jack Conte

Jack Conte, le co-fondateur de Patreon a répondu le 25 octobre à la polémique naissante autour des nouvelles règles de Patreon dans une longue note de blog. Il tient à préciser que les règles en matière de pornographie n’ont jamais  changé, si ce n’est sur le contenu lié à l’inceste, la bestialité et la pédopornographie. D’après lui, le porno n’a jamais été autorisé sur Patreon et il précise ce qu’il entend par ce contenu : « des actes sexuels avec de vraies personnes, des relations sexuelles ou de la masturbation devant une caméra ». Une précision qui ne fait que renforcer les craintes des utilisateurs de la plateforme (tout en écartant étrangement le porno SFM, très présent  sur le site).

Mais Jack tient également à rassurer la communauté adulte du site : cette mise à jour des conditions d’utilisations n’affecterait qu’à peine 10% des pages NSFW et qu’ils ne couperont jamais les revenus des créateurs même s’ils enfreignent les règles. Un nouvel outil de modération va prochainement être mis en place pour gérer au cas par cas les litiges.

 

Les créateurs adultes restent donc dans l’attente d’informations plus concrètes. A notre connaissance, aucune page n’a été pour le moment suspendue (si ce n’est le compte Twitter de Liara Roux pour des raisons obscures) et il est fort à parier que rien ne changera pour les créateurs adultes. On vous tiendra informé s’il y a du changement. N’hésitez pas en attendant à nous soutenir via notre page Patreon (pendant qu’il est encore temps).

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