Romy Alizée : « Redonner de la puissance et de la noblesse aux salopes affirmées »

Romy Alizée est une jeune photographe française qui fait exploser les mots « féminisme » et « érotisme » sur la plaque photosensible. Tout d’abord modèle pour la non moins reconnue Ren Hang, ainsi que pour Thomas Hauser, Jo Schwab ou encore Richard Kern, la parisienne passe rapidement derrière l’objectif pour nous proposer sa vision du corps de la femme. Inspirée par le travail du photographe Gilles Berquet, Romy explore la sexualité et les corps féminins à grand coup de puissance, d’esthétisme et de jeux BDSM. Nous l’avons rencontrée pour vous.

Believe me, I can go all night

Quels sont les moteurs dans tes recherches photographiques ? Quel(s) message(s) souhaites-tu faire passer ?

Je veux dépoussiérer l’idée qu’on se fait des fantasmes féminins, redonner de la puissance et de la noblesse aux salopes affirmées, amener de l’émotion et un regard de femme dans l’imagerie érotique.

Comment ta vision du corps a-t-elle évolué avec la photographie ?

Lorsque j’ai commencé à poser pour des photographes, il y a plusieurs années, je n’avais pas tellement conscience qu’exposer mon corps nu pouvait avoir un impact sur ma vie personnelle. J’ai très vite compris qu’il se dégageait beaucoup d’enjeux de la nudité féminine et qu’il ne fallait absolument pas flancher sous le poids de la pudibonderie et du slut-shaming. Lorsque je suis passée derrière l’objectif, j’avais simplement à cœur de photographier mes ami.e.s tel.les que je les voyais. Je ne voulais pas érotiser leur nudité, car pour moi elle était naturellement belle. J’étais en opposition totale avec l’utilisation du corps féminin dans la publicité et frustrée de constater que le corps masculin n’était que peu souvent mis en avant. Ma série en cours Quand j’ai joui sur toi part d’une envie différente. Je suis une personne sexuelle. Ça ne veut pas dire que je passe ma vie à faire l’amour mais l’intime m’habite. Je vis dans un monde de fantasmes où les rôles s’inversent constamment. Les autoportraits issus de cette série partent d’une envie d’ouvrir le champs des possibles sur la sexualité d’une jeune femme. C’est un travail d’introspection. Je revendique ces images comme autant de moments forts de ma vie, elles me permettent d’assumer une image de femme forte totalement maitresse de ses désirs. J’ai passé beaucoup de temps à vouloir comprendre l’érotisme des autres mais avec cette série, c’est mon imaginaire que j’explore.

Game Over

Quel est ton rapport à la pornographie ?

Quand j’étais ado je clamais vouloir faire du porn. Vers 20 ans j’ai rencontré Ovidie après lui avoir manifesté mon envie de tourner. À l’époque j’étais en école de théâtre et la perspective de me retrouver dans ce milieu m’avait bien fait flipper donc je n’avais finalement pas donné suite. Quelques années plus tard elle m’a recontactée pour Le Baiser. Je crois que je n’étais toujours pas prête. En 2015, j’ai tourné ma première scène lesbienne avec Maria Riot pour Emilie Jouvet, et cette année j’ai tourné un solo pour Poppy Sanchez. J’ai adoré ces deux expériences et je suis totalement partante pour recommencer mais il faudra toujours que j’y trouve un intérêt autre que seulement m’exhiber. Je suis dans l’exploration permanente de toutes mes facettes, et la salope fait partie intégrante de moi, par contre, j’ai besoin d’être dans un climat de confiance ultime.

Pour ce qui est du porno que je consomme, j’en regarde beaucoup moins qu’avant. J’aime encore les pornos vintage parce que les filles m’y plaisent et qu’il y a des scénarios. Quand je mate une vidéo, je pars toujours dans des histoires en attribuant un statut à chaque personnage. Les situations m’excitent plus que la baise frontale.

My body, My rules, Emilie Jouvet

Quels sont tes projets futurs ?

Continuer à avancer sur cette série d’autoportraits et en parallèle photographier toutes les personnes qui me touchent. J’espère aussi qu’un livre sortira dans l’année mais en attendant, je n’hésiterai pas à faire des zines. Et je dois vraiment songer à faire un film.

Qui est cette femme qui me regarde ?

Il n’y a rien de moi que tu aies besoin de savoir

Your childhood is over

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