Rocco Siffredi : « Avec Internet, la femme est découpée en morceaux »

Mercredi 30 novembre sortira au cinéma Rocco, documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai sur Rocco Siffredi filmé en passe de raccrocher les gants. Un portrait brut et raffiné sur Rocco et son rapport complexe et entier à la sexualité. Dans le décor « Roccoco » du Costes, on a pu s’entretenir quelques minutes avec celui qui a incarné pendant trente ans la pornographie moderne, une légende vivante au charisme aussi impressionnant que sa voix est douce.

Un an après avoir arrêté le porno, quelle relation entretenez-vous avec le diable ?
Ça va beaucoup mieux. Je suis plus conscient aujourd’hui après la grosse analyse que j’ai fait à la télé-réalité où j’étais seul avec moi-même pendant deux mois. J’ai pu reprendre conscience et comprendre un peu mieux la vie et toutes les choses que j’avais dans la tête : la douleur de ma mère, la photo d’elle que j’ai toujours sur moi, le fait de me sentir coupable envers ma femme… Je me suis nettoyé totalement de tout ça et je prends la vie plus naturellement, sans trop penser.

La perversion et le péché sont la source de votre porno. Est-ce votre façon d’envisager le porno, ou votre vision du sexe en général qui déteint sur lui ?
Je n’ai jamais eu une sexualité liée au porno, j’ai toujours essayé d’amener la sexualité réelle vers la pornographie. Pour moi, c’est une expérimentation. La perversion, le sexe fort, de rentrer, deux corps ensemble… Je dis toujours qu’il faut amener la personne dans un autre état. Pour moi la sexualité c’est totalement cérébral. J’agis plutôt comme une femme que comme un homme, à l’intérieur je suis plus une femme qu’un homme. J’utilise ma grande qualité – qui n’est pas ma bite, ma bite est un accessoire – qui est d’être très généreux avec les femmes, de me mettre à 100%, à 360° à leur disposition. J’essaye de comprendre de quoi elle a besoin et de quoi les gens ont besoin. Après, je ne sais pas si c’est la bonne direction, mais c’est totalement passionné et spontané.

Dans les médias, vous êtes justement souvent réduit à la taille de votre sexe. Est-ce que le porno, dans la société, est encore vu comme une bête de foire ?
Oui, à 100 %, surtout dans des programmes de télévision, parce que c’est difficile de parler de sexualité. Notre sexualité est animale parce que c’est ça la sexualité qui nous plait, la sexualité dirty, pas la clean qui ne mène nulle part parce qu’au bout d’un moment les gens ne bandent plus et ne jouissent plus. C’est l’animal que tu utilises avant de réprimer, celui que tu mets dans le tiroir, que tu ne veux pas entendre. Le fait de me réduire à un sexe, ça donne la possibilité aux gens à la télévision de faire de l’ironie sur mon boulot. Ils ne peuvent pas parler de sexe librement, ils doivent le réduire à un pénis.

En Italie c’est mille fois pire. Quand je suis allé faire la promotion du film en Italie, ils ne parlaient pas du tout de sexe. Ils faisaient des blagues sur tout, mais ils ne parlaient pas du film. Je dois dire que le grand tabou de la société, ça reste le sexe.

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Kelly Stafford & Rocco Siffredi. © Emmanuel Guionet

Kelly Stafford fait une apparition très intéressante dans le film où elle explique qu’elle fait ce qu’elle veut avec son corps, qu’il lui appartient et que c’est une vision féministe du porno. Qu’en pensez-vous ?
Je le savais depuis 30 ans. Elle dit dans le film : “Tu sais bien, Rocco, que tu es esclave des femmes même si tu les domines.” Je sais que c’est mon rôle et je sais que je suis allé vers ce boulot pour me dédier à la femme.

Avez-vous souffert de votre image “machiste” pendant votre carrière ?
Non, mais c’est parfois un peu dérangeant quand on me disait : “Ah Rocco, tu es violent, tu baises trop fort, y’a pas de respect”. J’ai toujours dû lutter un peu pour faire comprendre que c’est pas ça, que je suis au service de l’orgasme féminin. Je l’ai compris quand j’ai pris une claque d’une fille il y a 30 ans, pendant qu’on faisait l’amour. Je lui ai mis une claque pour qu’elle jouisse. A partir de ce jour-là, je me suis dit “Wouah c’est intéressant, je veux comprendre ça” et j’ai évolué.

Je dois dire qu’aujourd’hui la nouvelle vision de la pornographie est totalement extrême. Je me demande si je l’ai compris avant tout le monde ou s’ils m’ont copié. Je crois que je l’ai compris avant tout le monde, en fait. J’ai eu la sensibilité nécessaire pour comprendre cette ère qui commençait à se construire. Aujourd’hui, le porno lui-même est la libération de l’orgasme féminin. La nouvelle pornographie aujourd’hui c’est : des femmes fortes, des femmes qui dominent, des femmes et du strap-on, des femmes très agressives, des femmes qui squirtent.

Votre relation avec votre cousin Gabriele Galetta [derrière la caméra chez RSP Rocco Siffredi Prod, ndlr] est assez tumultueuse. Comment travaillez-vous ensemble ?
Ça a toujours été comme ça. Effectivement, on est très, très amis. C’est mon plus grand ami. C’est la personne qui me comprend le plus, je crois qu’il me connait plus que ma femme en réalité. Gabriel a voulu être acteur porno, il n’a pas pu l’être parce que ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce métier. C’est rarissime de pouvoir comprendre comment ça se passe, il faut être doué dans quelque chose, et lui était tellement amoureux de ce boulot qu’il a décidé de rester à mes côtés, de devenir photographe, de devenir metteur en scène. C’est vraiment le mec qui m’a le plus aidé pendant toute ma carrière.

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Rocco Siffredi – © Emmanuel Guionet

Quel souvenir gardez-vous de l’époque de John Stagliano, du golden age du porno gonzo ?
C’était une super époque, parce que c’était le début d’une nouvelle ère. L’ère des nouvelles caméras, les petites caméras grâce auxquelles les gens peuvent se filmer. C’était sublime parce qu’on pouvait faire des choses beaucoup plus naturelles en étant acteur professionnel. Je crois que le gonzo a vraiment tout changé, qu’il a même donné la possibilité à Internet de se développer comme il s’est développé. Aujourd’hui le gonzo n’existe plus car maintenant, avec Internet, la femme est découpée en morceaux.

Nous, on aime ça : on a le cul, on a la tête, on a les pieds, les cheveux… C’est un peu ça que les gens cherchent à travers les triples, quadruples pénétrations. Et donc, ça me fait penser que si on arrive à trouver la possibilité d’ouvrir une femme à moitié, la montrer et après la refermer, c’est ce que les gens cherchent mentalement.

Donc c’est fini le gonzo à la Stagliano ?
Je dirais plutôt que le romantisme est fini. Il y a eu un moment où c’était beaucoup plus romantique qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est devenu une vraie usine et un spectacle théâtral plus que quelque chose de naturel.

 Photo en une par © Valentin Lecron

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