L’Héritière de Dorcel, grosse prod pour gros fap

Dorcel a investi beaucoup dans sa dernière production : L’Héritière. Ils ont rassemblé les actrices les plus en vue du moment, ont loué un drone pour faire des plans saisissants et ils ont surtout tenté d’explorer des tags de niche dans ce film écrit et réalisé par Pascal Lucas et Hervé Bodilis.

Ils font ça, une fois l’an, ils dépensent sans compter, pas pour créer un parc qui ferait revivre des dinosaures, mais pour régaler les fappeurs et fappeuses avec de belles images et un porno scénarisé bien comme il faut. Chez Dorcel, on a un certain sens de la tradition et on perpétue l’héritage de Marc en disant merde à l’amateur. C’est leur marque de fabrique, la façon qu’ils ont de rester compétitif sur un marché en déliquescence, où le gratuit a anéanti les conditions de tournage et parfois le respect des actrices. Mais c’est une autre histoire.

Dorcel et son porno très soigné

Voilà donc l’équipe de joyeux pornographes qui dépense 130 000 € pour tourner L’Héritière. C’est à peu de choses près 130 fois plus qu’une scène amateur faite dans une chambre moisie chez la concurrence. Avec cette somme, on voit la différence à l’écran. La lumière est belle, travaillée, les plans sont pensés, les décors vraiment majestueux. L’envergure du film se juge par les images et on ne peut se tromper, ça en jette.

Les héros de ce porno prestige se promènent dans un château plutôt cossu, vont faire du ski, prennent l’hélicoptère pour se déplacer et se reposent dans un chalet luxueux pour baiser au chaud malgré l’hiver qui frappe au carreau. Il y a beaucoup de figurants et, selon les infos de Dorcel, une équipe technique de 10 personnes (ce qui doit être pas mal, j’ai des lacunes dans ce domaine pour juger). L’usage du drone donne un relief encore plus pro à tout ça, c’est la nouvelle mode et Bodilis fappe à mort sur ces plans de survol, à l’instar d’un Chris Macari dans les clips de Booba. À la fin du visionnage, on se dit bien qu’on a regardé un Dorcel. Personne d’autre ne fait ça, ne prend la peine de monter deux heures de vidéo avec un soin si particulier dédié à l’image. Les rejetons de Marc ne déçoivent pas sur ce point-là.

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L’actor porno studio studieux

Je suis toujours étonné qu’on oblige des acteurs et des actrices porno à faire de la comédie, surtout quand le métier exige d’eux qu’ils soient plutôt des performeurs. Auparavant, la majorité des films avaient de longues scènes de comédie. Tout était scénarisé et il fallait vraiment s’appliquer à dire son texte. Mais avec Internet, ce genre a périclité et le gonzo n’offre que peu de place à la déclamation de prose. Il faut certes savoir simuler la surprise quand le livreur de pizza ouvre la boîte avec sa bite au centre, mais c’est un autre niveau à atteindre que de devoir jouer la tristesse à l’annonce de la mort d’un père ou la suspicion quand on vous traîne dans une orgie chelou où vous risquez votre peau.

Les protagonistes de L’Héritière jouent la comédie et la jouent plutôt bien. Cara St Germain et Nikita Bellucci sont les deux personnages centraux. Ce sont elles qui ont le plus de lignes et elles font le job. Nikita fait du Nikita, on l’imagine assez naturellement dans sa vie comme dans son rôle. On pourra même faire un rapprochement avec une Charlize Theron dans Monster, puisqu’elle n’a pas hésité à “s’enlaidir” (enfin à être maquillée nude, style je ne suis pas maquillée, j’ai les cheveux gras) pour les scènes où elle sort de prison. Mais je vais peut-être un peu loin.

Le maître de Mina Sauvage propose un personnage assez charismatique avec ses tatouages et modifications corporelles. Il a l’accent qui racle et la douceur d’une brute pacifique dans la voix, un dominant parfait qui ne fera pourtant pas de sexe dans le film. Il se nomme Aleks Sacha et je n’en sais pas plus sur lui.

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Exploration de tags et de niches

Avec toute cette sophistication de l’image, ces scènes de comédie plutôt réussies, on n’oublie quand même pas que nous sommes devant un porno et que notre but est de jouir en astiquant nos parties. L’Héritière est un film intéressant dans cette perspective. Je ne suis pas un habitué des productions Dorcel, j’en regarde très peu, alors je ne sais pas s’ils sont coutumiers du fait. Mais dans cette tête de pont de leur catalogue, cette œuvre qui doit plaire à un maximum de monde pour être économiquement rentable, les personnes à la direction de Dorcel ont validé l’exploration de tags de niche.

J’ai l’impression qu’il est rare que Bodilis prenne le risque d’aller dans des fantasmes un peu déviants, des sexualités à la marge. Attention, ne vous attendez pas à vous retrouver devant une vidéo indé vendue chez Clips4Sale. La sexualité reste mainstream, mais on déguste un peu de perversion kinky, on plonge le doigt de pied dans l’eau fraîche de certains tags peu usités quand il s’agit de s’adresser à un large public.

Mais quels sont-ils ?

On débute avec le femdom. Pascal White, plutôt habitué à dominer dans ses prods, se fait bolosser par Nikita en maîtresse intransigeante. C’est doux et dur à la fois. On goûte au fétiche du pied, aux claques dans la gueule et surtout au facesitting, un délice d’esthète amateur d’apnée et de bouli. On a failli avoir droit au trampling, mais piétiner un gars avec ses talons, c’était peut-être trop pour une première fois.

Ensuite, on descend à la cave, dans les bas-fonds, pourtant très propres, d’un club glauque de Paris. Un vieux monsieur amène la jeune et ravissante Inès Lenvin (une découverte vraiment sensationnelle) devant un glory hole duquel sortiront de belles queues bien tendues. Dans ce #OldYoung plutôt pervers, le grand-père guide d’une main maladroite la tête d’Inès sur les teubs gourmandes. J’aurais bien aimé qu’il se fasse sucer aussi, histoire de sauter dans le vide et sentir le vent du plaisir rafraîchir mon visage de la tiédeur mainstream, mais ce sera pour une autre fois. Le cul d’Inès en levrette se suffit à lui-même.

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Après les affres des backrooms, on remonte à la surface pour une éducation de soumise dans un riche chalet à la montagne, pas le genre de demeure qu’on peut se payer avec des chèques vacances. Aussi délicieuses qu’Anissa Kate et sa lourde poitrine soient, le moment est loupé. Trop soft, dans la demi-mesure au niveau du dirty talk, la séance de fessées ne vaut que par l’angle de vue bien choisi et les talons d’Anissa. La soumission n’est pas assez mise en avant en général. Quand Nikita défie Anissa, que cette dernière lui résiste, on espère qu’elle va prendre une bonne raclée, mais la scène tourne à l’orgie. Il fallait que les teubs investissent ce moment qu’on aurait aimé si particulier entre les deux actrices. Si Dorcel laissait la direction de ses prods davantage aux femmes, on aurait pu avoir un beau moment d’anthologie.

Enfin, place au cuckold. Même s’il s’agit d’un tag très fréquent de nos jours, sa pratique peut varier du simple mari qui regarde à celui qui avale le sperme de l’amant. Un monde existe à l’intérieur de cette perversion et Bodilis et Lucas l’explorent à leur manière, un peu désinvolte. Sensual Jane se tape un bel éphèbe sous les yeux de… sous les yeux d’on ne sait qui. Il y a bien un gars qui mate, mais comme le mari de Jane est mort au début, on peut imaginer qu’il s’agit de son amant officiel, celui qu’elle épousera une fois l’héritage bouclé et au chaud dans sa besace. On se perd dans cette scène, tout le monde baise sur un même niveau, le cuckold est vaporeux. Je suis cependant ravi que Dorcel ait enfin recruté Sensual Jane. Elle a beaucoup à nous apporter dans des scènes plus chics avec des beaux effets et toujours sa luxure dans le regard.

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Mina Sauvage, la Dorcel Girl qu’on attendait

Il y a LA scène du film, la première de Mina Sauvage. Elle avait été mise au frais pour ce film, pour que cette débutante aux yeux verts ravage les fappos et leur libido comme un grand coup de canon. Et c’est le cas. Dans le rôle d’une soumise du genre esclave moderne (moderne parce qu’elle porte un body blanc sans doute très cher et une manucure parfaite), elle offre dans sa scène avec un Pascal White cagoulé une belle intensité, un fap qu’on regarde volontiers une seconde fois pour bien s’abreuver à la source de ses mouvements de bassin et étancher notre soif de jouissance.

Notons quand même que ce Pascal incarne le père décédé en début de film et on le retrouve dans cette scène, cagoulé. Pourquoi l’avoir fait jouer alors qu’il est censé avoir disparu de l’histoire ? Évidemment, il n’est pas reconnaissable, sauf pour les experts de la teub qui devine à qui appartient un membre parmi des dizaines d’autres (perso, j’ai juste lu la présentation des scènes). Une incohérence qui pourrait chagriner les fans hardcore ou menait les plus suspicieux à élaborer la théorie scénaristique d’une fausse mort pour retrouver Pascal et la secte de pervers dans un second volet. Mais je n’y crois pas trop.

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Je n’ai pas vraiment parlé de l’histoire, du scénario malgré le soin que les auteurs y ont apporté. Cette histoire de société secrète, cette mort mystérieuse, le personnage de Cara qui hérite d’un empire, mais qui n’est obsédé que par la compréhension du meurtre de son père, tous ces éléments tiennent la route, mais sur l’autoroute du fap, ils ne sont que des aires de repos que les voyageurs ne fréquentent pas vraiment. Et puis la fin est précipitée, ça gâche un peu le développement soigné pendant les deux heures de film.

L’Héritière est un beau film, son histoire est bonne, les acteurs et actrices aussi ; on bande, on mouille, c’est la fête à la grenouille et on redemanderait presque pour une suite (avec une scène entre Mina et Jane). Ma référence cinématographique du genre reste Le Parfum de Mathilde, découvert à l’âge tendre, celui où le prolapse m’était chose inconnue. Tous les codes Dorcel étaient présent : bourgeoisie, société secrète, jeune femme éduquée à la luxure. Le temps passe, mais ce genre de film reste et je pense, que pour les enfants de ce nouveau siècle, L’Héritière pourrait bien représenter ce que Les parfums signifiaient pour moi (mais en UltraHD).

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