Asa Akira – Insatiable. Porn – a love story

“À mes parents. Mais s’il vous plait, ne le lisez pas “

Asa Akira a 29 ans, c’est l’une des actrices les plus connues et aimées de l’industrie avec plus de 230 films à son actif. Après 6 ans dans le porno, elle a décidé d’écrire ses mémoires dans ce livre « Insatiable ». Insatiable, c’est le mot que j’ai gardé en tête tout au long de la lecture de son livre, à chaque chapitre, il revient. Qu’elle parle de drogue, de junk food ou de sexe évidement, Asa n’en aura jamais assez.

Je regarde du porn depuis pas mal de temps, j’ai quelques actrices que j’aime beaucoup mais s’il ne devait y’en avoir qu’une, ça serait définitivement Asa Akira. Au-delà de ses performances (indéniables), je la trouve super drôle (son compte twitter est une mine d’or), subtile, incroyablement sexy évidemment et ce livre n’a fait qu’accentuer mon amour pour elle.

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Les vrais remarqueront l’énorme référence au travail de Ralph Steadman sur la couverture, illustrateur du maître gonzo Hunter S. Thomson

Asa est née à New-York, elle est fille unique de parents d’origine japonaise et après être repartie vivre au Japon pour quelques années, elle revient à l’âge de 13 ans et poursuit ses études dans une école privée de Manhattan. Pas vraiment le profil type que l’on se fait d’une superstar du porno. Et pourtant.

Elle commence son bouquin par une note personnelle très courte, elle y explique qu’elle espère que ce livre donnera une image nouvelle de cette industrie qu’elle aime tant et que grâce à ses écrits elle pourra comprendre, et faire comprendre surtout, qui elle est vraiment . Sans que ce soit pompeux ou méga chiant.

Je me suis toujours demandée pourquoi j’étais comme je suis. J’ai eu une éducation normale. Mes parents sont aimants et présents. Pourquoi je suis si sexuelle ? Pourquoi je tiens à exposer publiquement mes moments les plus intimes ?

Tout le livre est volontairement décousu : ce n’est pas une autobiographie chronologique, chaque chapitre est dissociable du suivant et c’est plus une sorte de journal très intime ponctué de quelques haikus bien sucrés.

Penis in my throat

If I had a gag reflex

I could eat way more

Ce qui revient du début à la fin de ce bouquin, c’est l’amour qu’elle porte à son métier. Elle aime cette industrie, elle a toujours voulu faire ça et c’est plutôt beau. Depuis tout petit on nous répète qu’il faut suivre ses rêves, aller au bout de ses passions, tout ça et je trouve ça très juste qu’elle puisse en être fière et qu’on la félicite pour ce qu’elle a accomplit.

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© Van Styles

Elle a un discours complètement honnête sur tout ça : elle assume sa vocation, elle n’embellit pas le porno, elle n’encourage à aucun moment le lecteur à se lancer dedans et elle sait que son cas n’est pas représentatif de la majorité des acteurs. Elle remet simplement les choses en place sur sa propre chance : oui elle a suivi des études, non son père/cousin/oncle n’a pas abusé d’elle quand elle était petite et non son petit ami n’est pas un mac. C’est juste une nana qui adorait le sexe depuis toujours et qui rêvait d’être une star dans son domaine. Plutôt bien joué donc.

Le porno m’a façonné, me façonne, m’a fait devenir la personne que j’ai toujours voulu être. J’ai gagné en confiance en moi, je me sens plus puissante, plus sûre de moi que je ne l’ai jamais été. C’est un boulot, mais je suis heureuse de le faire chaque jour. Il n’y a rien d’autre que je voudrais faire de ma vie.

Au fil des chapitres, on en apprend beaucoup sur le fonctionnement du porno, le déroulement des scènes, les tournages, etc, et pour une novice comme moi c’est Noël avec mille cadeaux au pied du sapin, je m’en prends plein les yeux (vous l’avez). Au milieu des nombreuses anecdotes, j’ai pu apprendre par exemple que les acteurs Afro-Américains n’enlevaient JAMAIS leurs chaussettes (on ne sait toujours pas pourquoi, je vais creuser) ou encore qu’il ne fallait jamais dire :

Ne me jouis pas dans les yeux. Peu importe dans quel contexte c’est dit – que ce soit une blague, une menace, ou une mise en garde sympa – cette phrase est une malédiction. A l’instant même où ces mots sont dits, vous pouvez être certain de vous prendre du sperme dans les yeux.

Bah ça je l’ignorais par exemple et je suis ravie de le savoir et de pouvoir en parler autour de moi.

Mais Asa est une romantique en plus. Et ce n’est pas parce qu’on est actrice porno qu’on n’a pas le droit à son conte de fée perso. Elle est mariée avec l’acteur Toni Ribas. Elle parle beaucoup de leur rencontre, de leur relation, de leurs disputes. Ce qui donne lieu à des discussions que nous, commun des mortels, n’auront malheureusement jamais. J’imagine que pour la plupart des gens, s’il y’a bien des personnes open dans leur relation, ça doit être les acteurs porno. Et non, loupé, on ne fait pas n’importe quoi mon gars. Tout est une question de compromis.

© Van Styles

© Van Styles

Comme dans chaque couple, il y’a des règles et ils n’y échappent pas. Comme par exemple : pas de gang bang.

Je comprends, j’ai cette règle aussi dans mon couple. Et Asa comprend très bien aussi :

L’une des règles les plus importantes est : pas de gang bang. Je veux dire, ok je comprends. Quel mec voudrait que sa petite amie passe entre les mains de 10 gars au milieu d’une ferme abandonnée ? En dehors de notre job, nous ne baisons avec personnes d’autre. Nous ne faisons même pas de plan à trois.

Ce n’est pas quelque chose qui me fait rêver ou fantasmer non plus, ce n’est pas du tout dans mes tags. J’ai toujours vu ça comme un truc vraiment dur, avec cette sensation que la fille ne pouvait absolument pas aimer tourner cette scène. Et bien Asa m’a prouvé le contraire, elle explique à quel point elle aime donner à tout le monde et comme ce compromis a été compliqué à respecter.

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Elle raconte, dans ce chapitre, que ce qui devait être un gang bang avec 11 mecs, s’est transformé en blow gang avec, quand même, un petit bonus pour 3 d’entre eux : « Une fois arrivée sur le tournage je savais ce qu’il me restait à faire. J’ai pris le réalisateur à part, mon ami Sam « Ecoute, j’ai promis à Toni que je ne baiserai pas tout le monde. Je pense que ça va aller si j’en baise trois ». Elle finira par en avoir un 4ième sans même s’en rendre compte. Apparemment ça n’a pas fait rire Toni.

Plus on avance dans la lecture de son bouquin, plus on se dit que c’est une fille « normale », avec les mêmes problématiques que nous. Plus quelques bonus liés à la profession quand même :

J’ai l’impression que j’ai passé une grande partie de ma vie à me nettoyer le cul.

On pourrait croire que les meilleurs moments de ce livre sont ceux où elle parle de sexe purement et simplement. Ils sont hyper cools, c’est certain, mais la force de ce bouquin tient plutôt dans les moments où elle parle d’elle et de ses ressentis. C’est un livre cru et trash et tout ce qu’on veut, ok, mais c’est aussi assez poignant.

Un des meilleurs chapitres (à mon sens) est l’un des derniers lorsqu’elle écrit une lettre à son futur enfant. On demande tous à nos parents comment ils se sont rencontrés, comment ils sont tombés amoureux, etc, et elle y répond, de façon très détaillée mais les enfants veulent toujours tout savoir pas vrai ?

Maman a rencontré Papa lors de sa première scène de DP. Est ce que tu sais ce que veut dire DP ? DP veut dire Double Pénétration. Ca veut dire que pendant sa scène de sexe, Maman avait le pénis d’un garçon dans son vagin, pendant qu’elle avait le pénis d’un autre garçon dans l’anus, en même temps.

Mais c’est aussi très touchant et révélateur de tout ce que va forcément devoir affronter son enfant. Et avant même qu’il ne soit là, elle s’excuse auprès de lui.

J’ai fait ma vie, et j’ai compris pourquoi aller au bout de ses rêves, peu importe ce qu’ils sont, est absolument essentiel pour créer la vie que tu veux avoir. J’espère que je ne t’ai jamais blessé, et si c’est le cas, j’espère que tu pourras me pardonner.

Il y’a de plus en plus de reportages, d’articles, de documentaires qui traitent du monde du porn (l’excellent documentaire produit par Rashida Jones Hot Girl Wanted qui suit plusieurs jeunes filles qui se lancent dans le porno amateur) et c’est souvent au final un constat assez triste sur les filles, leur avenir bousillé, la honte qu’elles sont supposées ressentir.

Ici on a la chance d’avoir un récit très positif sur tout ça et quand certains clament haut et fort que le porno est responsable de tous les maux de la société, que les femmes qui en font contribuent à l’avilissement de la femme (les hommes y’a zéro problème c’est drôle) ou je ne sais quoi, ce livre est important. Il permet de poser un autre regard, d’apprendre et d’évoluer. Et de tomber amoureux d’Asa, encore une fois.

Il y’a quelque chose que j’aime secrètement à propos de moi et qui, j’espère, restera – je fantasme sur l’idée que l’on se souvienne de moi comme une salope avec un coeur en or.

Image en une : Asa Akira par © Van Styles pour The Hundreds

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