Génération Tefal : les enfants de la raclette

Au royaume du food porn, le bacon et les burgers doivent faire face à une sérieuse adversaire quand les températures se refroidissent. Cette sorcière qui vient semer le trouble sur les réseaux sociaux n’est pas l’huître (encore trop clivante et sujet à de mauvaises blagues), la galette-saucisse ou la baguette sans gluten, mais la raclette.

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Interracial porn

Les enfant des appareils Tefal en sortant leur nez du cocon familial n’ont pas hérité de grandes tables dans leur petit studio mais du souvenir de ces plâtrées de fromages fondues sur pomme de terre brûlante. C’est dorénavant inscrit dans leurs gènes à la faveur de la reproduction des traditions, dès l’automne, il faudra penser et vivre raclette, même si l’odeur tenace doit en imprimer durablement les murs.

Tefal, importateur de délice sur matière anti-adhesive

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Fin des années 70, Tefal cherche à se diversifier et choisit la Suisse et sa traditionnelle raclette. L’idée est d’importer une spécialité locale et de la démocratiser au près du grand public. La raclette était alors l’affaire de professionnels de la restauration, de racleurs, de doigté et de savoir-faire, concept difficilement compatible avec l’idée d’un repas familial et bon marché. Tefal a donc l’idée de créer un appareil à coupelles individuelles, peu onéreux et pratique. L’appareil à raclette débarque dans les foyers français dans les années 80/90 et s’impose comme l’accessoire indispensable des soirées conviviales et réussies. On s’invite entre voisins, on refait le monde les joues rouges en faisant attention au petit dernier : qu’il ne touche pas la rallonge brûlante d’avoir trop travaillé.

À cette époque, on partouzait mentalement dans le fromage fondu, on s’enfilait salement des cornich’ enroulés dans de la viande des Grisons, le sel donnait soif, le vin savoyard chauffé par l’appareil coulait dans le gosier. On reprenait du fromage, on en reprenait encore pour finir une patate, on finissait par bouffer les condiments avec les doigts, on se sentait gras, on se sentait bien sous nos yeux attendris d’enfants bien heureux de pouvoir se coucher tard un samedi soir pendant que Sebastien c’est fou! tournait en boucle avec une plume dans le cul.

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Les vrais savent

On est en 2014 et ces petits souvenirs sont tenaces, la raclette est devenue une obsession, du porn mental, du food porn qui s’exprime verbalement ou sur les réseaux sociaux. Peu de photos pour en témoigner mais des tweets à la pelle. La raclette est un virus, elle est insidieuse et on finit sans le vouloir par balancer des tranches de fromage à raclette sur le boule des copines comme on balance des dollars dans les clubs de Miami. Make it rain, make it melt. 

Le lobby du fromage fondu a encore frappé

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Qui tire les ficelles ? A qui profite le crime ?

Derrière tout ça, on retrouve évidemment le lobby du fromage fondu, celui qui a déjà fait plier les américains avec les grilled cheese, le monde avec les burgers et quelques zinzins pour qui la fondue savoyarde doit se déguster même s’il fait 40 degrés à l’ombre. Mais aussi celui de la charcuterie qui vient appuyer encore plus fort le salé (le sucre des gens cool). Le tout noyé dans l’alcool, celui qui rend drôle, fort et charismatique. On se tape fort sur la panse, on explose dans une orgie rabelaisienne, c’est l’esprit de la raclette : plus fort, plus dense, plus près du centre de la Terre et de sa bouillonnante intensité.

Cette matière coulante, épaisse et fumante comme de la lave ; salée, fumée qui deviendra plus tard gros paquet de graisse dans nos bidous nous excite comme un boule qui en fait trop et dépasse du jean. C’est une indécente pâte pressée non cuite qui, sortie de son mini-poêlon, viendra couler comme de l’huile sur des pommes de terre belles et lisses.

Fromage fondu

Plaisir des yeux, plaisir du pif, plaisir du palet qui salive déjà à l’idée d’être en contact avec ce frometon-crack qui brûle mais qui continue de nous enivrer jusqu’à la dernière bouchée ; celle de trop, celle qui fera sauter un bouton au pantalon et nous fera jurer et pester contre notre gourmandise. La raclette c’est trop, la raclette c’est gonzo, c’est taper des gros plans en contre-plongée sur nos fantasmes culinaires. Simple, efficace, nul besoin de scénario ou de bla-bla, d’entrée ou de dessert, on plante direct le décor d’un coup sec et brutal, comme enfonce sa coupelle jusqu’au fond.

La mystérieuse épaisseur de nos obsessions fromagères

Le cycle du fromage fondu

Le cycle du fromage fondu

Mais la raclette a aussi une mystérieuse concurrente, plus liquide et joueuse, qu’on appelle la fondue. Mais elle n’atteint pas la même popularité, peut-être à cause de ces gages mystérieux qui font qu’un innocent ami se retrouve tout nu dans l’escalier à cause d’un crouton qui a décidé de prendre le large dans une mer de conté ou de beaufort. L’humiliation n’est pas le tag préféré des humains, ils préfèrent encore la franche camaraderie d’une raclette plutôt que de se foutre de la gueule d’un copain autour d’une fondue trop liquide et agressive.

Le fromage c’est la vie, disait le poète au serveur en méprisant le sucré. Mais le fromage fondu est une force qui emporte tout sur son passage à travers le monde. On finira un jour comme des mouches piégés dans un ruban-fromage que nous aura tendu une intelligence supérieure. Pourquoi une telle obsession pour un petit bout qui fond ? Pourquoi le porn est-il un éternel recommencement ? Pourquoi on bande toujours ? Tant de questions, peu de réponses, la raclette a ses raisons que le food porn ignore.

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