Hanni El Khatib : « Je fais ma musique avec mes tripes »

Hanni El Khatib est un des specimens de la race des rockeurs californiens. Du genre honnête, contrairement à de nombreux ersatz. Après avoir fait ses armes en 2011 avec Will the Guns Come Out, plus garage que nature, il revient avec un 2ème album : Head in the Dirt. Un peu plus blues, il a été enregistré et produit avec Dan Auerbach, moitié des Black Keys. Ses chansons et ses clips flirtent toujours autant avec le cul voire le porn.

Hanni El Khatib était de passage à Paris pour un concert au Trabendo, l’occasion pour nous d’aller lui poser quelques questions. Monsieur est un peu chatouilleux sur le sujet du sexe ou du porn, je n’ai donc pas vraiment insisté là-dessus. M’abstenant, bien entendu, de lui avouer que mes oreilles étaient deux vagins étroits que sa musique pénétrait violemment. Dommage pour quelqu’un qui doit enflammer les culs comme les cœurs avec son rock brutal. Au final, Hanni El Khatib est à l’image de sa musique : sauvage et farouche.

Tu es musicien, tu diriges un label et tu as été designer… Qu’est ce qui t’attire le plus dans tout ça ?
Je ne sais pas si je préfère un truc à un autre. Sans doute faire de la musique, pour être un peu plus actif. Quand j’étais designer, j’avais juste à aller au bureau tous les jours. Mais il y a un point commun dans tout ça : tu arrives avec une idée et tu le fais. Pour la musique, tu écris la chanson, tu l’enregistres et ça finit sur un vinyle. Pour le design c’est la même chose : tu arrives avec une image, un dessin ou quoi que se soit, tu crées et tu mets ça sur un t-shirt. Peu importe ce que tu fais et ce que tu veux. Heureusement pour moi, personne n’a à m’expliquer ce que je dois faire.

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Tu t’imaginais être reconnu dans la musique et faire des tournées un peu partout ?
Partir en tournée, ça me botte. Ça s’est construit au fur et à mesure. J’ai commencé avec quelques concerts chez moi à San Francisco puis ça s’est étendu à Los Angeles et à quelques grosses villes aux États-Unis. Et d’un coup,  je me suis retrouvé à faire des concerts en Europe ; ça s’est fait naturellement. Pour ce qui est de la célébrité, comme je ne me considère pas comme célèbre, je ne sais pas trop à quoi ça ressemble. En revanche, j’ai quelques amis qui le sont et ça a l’air assez chiant. Ils se font tout le temps emmerder…

Sur cet album tu as bossé avec Dan Auerbach. Qu’est ce qu’il t’a apporté ? Est-ce que ça a changé ton son ?
Je ne pense pas qu’il ait vraiment changé mon son, il était surtout là en studio. Il est bon là-dedans, il s’y connaît vraiment en prise de son et a beaucoup d’expérience. J’ai appris plein de choses avec lui. En fait, il m’a surtout appris à porter plus d’attention à la mélodie et à l’éditing des morceaux. Quand je voulais m’occuper d’un passage en particulier et le faire sonner de façon plus chelou… c’est quelque chose sur lequel on a pas mal insisté. Je suppose qu’avec son expérience, il arrive à aller à l’essentiel plus rapidement.

Quelles sont tes références musicales ?
Je suis inspiré par plein de musiques. La vieille musique soul ou funk comme The Meters. Quand je les écoute je me dis « putain qu’est-ce que c’est bon », leur groove est tellement précis, j’aimerais pouvoir en faire autant. Récemment, je me suis intéressé à différents mouvements qui viennent d’un peu partout dans le monde. Des trucs des années 60 ou 70, comme la musique psychédélique du Cambodge. Je ne retiens pas tous les noms ou les artistes et la plupart n’ont dû sortir qu’un seul disque. Mais il y a des gens pour les découvrir, les collectionner et c’est cool.

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Pourquoi Head In The Dirt donne son titre à l’album ?
Je trouve que le titre de cette chanson résumait bien l’esprit de l’album. C’était pareil pour mon premier album avec Will The Guns Come Out.

A quoi ressemble l’atmosphère de cet album justement ?
Errer sans but, voyager, ce genre de trucs. Comme partir seul sur la route et faire des expériences.

C’est quoi « Dirt » ? Tu pourrais le définir ? Est ce que c’est littéralement « Dirt » ou autre chose ?
Je vois ça autrement. Pour moi c’est plutôt se détourner de la réalité, la refuser, faire l’autruche en quelque sorte.

J’ai l’impression que tes paroles sont moins crues. C’est voulu ?
Mon premier album ressemblait au courant de conscience. Je suppose que j’avais plus de colère en moi… Je ne suis pas quelqu’un d’agressif mais ça transparaissait parfois dans ces chansons. Pour celui-ci, je voulais me concentrer sur autre chose. On est toujours dans ce courant conscience mais je voulais aussi raconter des histoires, créer des images. J’imagine que ça vient du fait que j’ai conçu cet album en très peu de temps, contrairement au premier qui a été bien plus long à produire, où j’enregistrais une seule chanson en 2 semaines.

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Les clips Roach Cock et Family sont deux grosses références au Japon, le tout dans une ambiance très crue. Pourquoi ces clins d’œil récurrents ?
C’est une pure coïncidence. La première vidéo a été tournée au Japon par un ami, Ricky Saiz, qui était sur place. Il y est tout le temps pour le boulot, moi je n’y suis allé que quelques fois… Donc il était là-bas et il adorait Roach Cock. Il m’a dit « hey, j’ai cette idée pour une vidéo ». Il m’a juste envoyé un texto un matin « je veux tourner ça ce soir » et il l’a fait.

Un autre ami, Nick Walker, a fait l’autre clip. Quand il était à la fac il y a quatre ans, il notait tout ce qui lui passait par la tête dans un carnet, des trucs vraiment bizarres. L’année dernière, il m’a donné ce carnet en me disant « si tu trouves là-dedans quelque chose que tu aimes et que tu veux utiliser, dis-le moi ». Et c’est comme ça qu’on a tourné Family. C’est un hasard que ces deux clips soient en référence au Japon et je trouve ça marrant.

Je ne veux pas utiliser les clips dans un but narcissique, ou me mettre en scène, ce genre de trucs à la con, sauf pour une raison particulière ou si c’est marrant.

Et qu’est-ce qui t’as plu dans les idées que tu as prises dans ce carnet ?
Je connaissais déjà les références à cette vieille sexploitation japonaise, les gangs de motards (les Bosozokus – ndlr), le style de Nick et ce qu’il allait pouvoir en faire. Au final le rendu est assez bizarre : l’histoire n’a aucun sens et c’est un peu stupide. Ces mecs fous qui rencontrent des filles et qui font n’importe quoi… Malheureusement on n’a pas eu le temps de tout filmer et ce qu’il avait en tête était encore plus cinglé. Sauf à la fin, le mec avec les pieuvres, ça c’est un peu « what the fuck ».

HANNIHELKHATIB_02 © Guilhem Malissen

À quoi va ressembler ton prochain clip, Penny ?
Ce sont des taulards en zonzon qui reprennent Penny à leur façon. Et on en a une autre à venir qui va être pas mal. Simon Cahn a réalisé le clip de Pay No Mind qu’on a déjà tourné à L.A.. Ça promet : c’est un clip de rap avec beaucoup de booty dancing.

Ta musique et tes clips réveillent des trucs super sauvages et crades. Tu abordes la musique de cette manière-là ?
Certaines vieilles musiques étaient dingues, les chanteurs étaient vraiment timbrés, il y avait tout ça dans leur musique. Moi je n’ai jamais écrit en pensant au cul. Ça transpire sûrement à travers ma musique parce que c’est quelque chose de primaire. Je fais ma musique très spontanément, avec mes tripes. Je travaille toujours sur un son qui me plaît. Après les gens l’interprètent comme ils veulent.

Tu essaies de le montrer à travers toutes ces chansons et clips ?
J’ai fait tout ça impulsivement. Sur mon premier album, je n’ai pas vraiment écrit les paroles. Je faisais la mélodie, je disais ce que je voulais faire aux ingés puis j’enregistrais jusqu’à ce que ça sonne. Pour celui-ci, les chansons pouvaient être écrites en 30 minutes et enregistrées en 15. Et c’était fini. On a laissé tomber toutes les chansons sur lesquelles on bossait trop.

Maintenant que tu as bossé avec Auerbach, c’est quoi la prochaine étape ?
Pour le moment je m’occupe de faire la tournée de l’album. Quand ça sera fini, je voudrais passer du temps à trouver des sons jusqu’au prochain disque. Je vais aussi recommencer à écrire des chansons et les enregistrer. Mais je ne sais pas exactement quand, il y a tellement de dates à faire… Je n’aurais d’ailleurs sûrement pas le temps. Peut-être que partirai en voyage aussi. Mais je veux continuer à écrire, quand j’aurai plus de temps libre.

J’ai commencé à écrire Head In The Dirt deux semaines avant d’aller en studio, c’était assez stressant. Je voudrais être un peu plus préparé pour le prochain, passer plus de temps dessus. C’est marrant d’enregistrer super vite, mais quand je réécoute l’album, il y a des choses que j’aurais aimé ajouter. D’autres styles et d’autres sons que j’aurais voulu intégrer.

Photos par Guilhem Malissen

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