C’est quoi ton porn Vincent Glad ?

Vincent Glad est né de la collision de deux univers : la Lorraine et Internet. Dans cette starburst galaxy, il évolue à cheval entre ses origines et sa passion du web qui l’ont emmené de foutraque.com au Grand Journal de Canal +, en passant par des échoppes admirables telles que Interprétations Diverses, La Superette, BienBienBien, Slate ou un projet avorté de poésie teen-pornographique sur blogspot dont on taira l’url pour sa mère. Un parcours sans faute qu’aurait admiré Jojo, gorille de la Pépinière de Nancy s’il était encore de ce monde (repose en paix petit bonhomme). Egalement à l’origine du Tag Parfait sous un pseudo un peu pourri, il a accepté de passer outre les interdictions pornographiques du réseau interne de Canal + pour répondre à cette question : C’est quoi ton porn Vincent Glad ?

La première scène (ou film) qui t’a marqué ?
Ma première expérience avec le porno date d’une époque que je qualifierais de « pré-néolithique ». La France venait de gagner la Coupe du Monde et les Divx s’appelaient alors VHS. À cette époque-là, on n’apprenait pas la vie dans les vidéos de Norman, mais le soir en écoutant Difool. Ça me foutait vaguement la gaule quand il parlait des seins de sa chroniqueuse, mais ça manquait cruellement d’images. Le problème se posait aussi avec acuité sur Caramail où tu chauffais des meufs à l’aveugle. Dans l’ensemble, l’époque manquait d’images, mais mon meilleur ami avait une VHS de Showgirls. À l’issue d’une partie de Super Nes, on s’est posés dans le salon, chacun sur un canapé, chacun avec son coussin. On ne s’est pas dit un mot, on a fait ce qu’on avait à faire. Plus tard, je mettrais la main sur une VHS plus ambitieuse, un documentaire de Canal sur l’histoire du porno. Le début était laborieux, avec beaucoup trop de poils. Je me repassais en boucle la partie sur les années 90. Quelques années plus tard, pour paraphraser Henri Guaino, j’entrerais dans l’Histoire. Avec une connexion ADSL.

Show Girls

Deux hommes et une VHS, attention à ne pas croiser les regards.

La dernière scène que t’as vue ?
C’est une scène de Czech Streets, la scripted reality du porn (version dans la langue de Kafka de Public Invasion, ndlr). Un mec trimballe sa bite en POV dans Prague et propose de l’argent à des filles pour qu’elles lui montrent leurs seins. Après un exercice de persuasion digne de One pound, one fish, la fille s’exécute. Surgit alors un débat — vite expédié — sur une fellation rémunérée. Tout ça finit en happy end, dans un win-win qui fait plaisir à voir. Comme pour les Ch’tis à Ibiza, on veut y croire mais il semble bien que tout ça soit réalisé par des actrices. Tant pis, on y a cru l’espace d’un instant. Prague, le frisson de la reality.

Little Caprice

Se balader à Prague et croiser par hasard Little Caprice

T’en regardes souvent et comment ?
Non, je n’en regarde jamais, ce n’est vraiment pas mon truc.

(élément de contexte : ma mère a une alerte Google à mon nom)

Tes tags ?
Je ne suis pas un esthète du tag. Si Bourdieu s’en mêlait, il dirait que j’ai un « goût barbare » en matière de porno. Petit, j’ai beaucoup regardé France 3 Lorraine. Aussi est-ce pourquoi j’ai une prédominance pour l’amat’. En termes de filles, je suis un adepte de la girl next door, qui répond souvent au doux tag de teen. La teen, c’est un sujet sensible. J’ai 27 ans, j’ai encore le droit. Qu’en sera-t-il dans 20 ans ? Devrais-je contractuellement taper milf ou cougar dans mes tubes ? Ou resterai-je attaché à cette petite teen de Youporn au regard si doux, cette fille sans nom qu’un ex énervé a un jour exposée aux regards planétaires ?

Spring Breakers

Smells like teen pussy

Ton tag parfait ?
Le tag parfait, c’est un horizon inatteignable. L’Internet, si tu le compares à la découverte de l’Amérique, on n’en est qu’aux Appalaches. Il nous reste encore des milliers de kilomètres à défricher avant de découvrir les terres vierges de l’Arizona. Je crois au mythe du tag parfait, ce veau d’or de l’Internet, qui nous assurera des décennies de fertilité.

T’as des tags interdits ?
J’essaie d’éviter tous les tags liés à l’auto-insertion d’objets contondants dans l’urètre. Ce qui d’ailleurs m’attriste beaucoup. J’ai le sentiment d’avoir touché là les limites de mon Internet, j’appelle ça la borne Alain Finkielkraut. Au fond de nous, même vaccinés par des torrents de WTF et de NSFW, il nous reste un petit quelque chose de sensibilité, un petit coeur de Finkielkraut qui palpite. Et là je me dis que l’Internet va trop loin et je vais me mater une vidéo pépère de japonaise qui baise un poulpe pour retrouver un peu de foi en l’être humain.

Tentacles octopussy

Une certaine idée de la tendresse

Tu as des acteurs ou des actrices préférés ou tu t’en fous ?
Franchement, je m’en fous. Je vais parfois sur le Tag Parfait pour faire ma petite veille. Je tape le nom de l’actrice dans Google Images pour en savoir plus, et puis je tape son nom dans un moteur de recherche de tubes. Et je me dis que je me suis branlé utile, j’aurai l’air moins con à la prochaine soirée au Carmen.

J’ai quand même eu une période Sasha Grey. Je lisais trop les Inrocks, lol. Et puis je me suis rendu compte que des meufs commençaient à sucer comme Sasha Grey. Ça m’a un peu énervé, ne touchez pas à mon Internet, ici, c’est l’IRL.

J’ai aussi un goût malsain pour les filles « VU À LA TV », un peu comme ces mecs qui lisent Entrevue dans le train. J’avoue avec un peu de honte que je me suis maté le bukkake de Cindy Picardie, la blonde de « Qui veut épouser mon fils ». Une scène à l’esthétique discutable, mais avec ce tampon « VU À LA TV » qui donne un peu d’humanité aux tubes. Loin de ces teens anonymes qui se font défoncer hors contexte, sans que le réalisateur ne cherche à poser le personnage.

Cindy Picardie TF1

Cindy, tu vas d’abord me soigner cette mauvaise peau

Comment finit-on sur un bukkake de Cindy Picardie ? À un moment, il ne faut pas esquiver les vraies questions. J’y vois un héritage de mes débuts dans le porno sur Internet où j’allais voir les sites Multimania de célébrités avec des captures dégueulasses des seins de Sophie Marceau. J’ai eu la même enfance que Seth MacFarlane. Je me demandais comment c’était possible qu’elles aient accepté de se foutre à poil comme ça. Y avait un goût de « oops » là-dedans qui me plaisait beaucoup. Et puis j’ai grandi, j’ai vu des Twitpic de seins, j’ai reçu des MMS de chattes, j’ai vu des copines payer leurs seins à toutes les soirées et je me suis dit qu’en fait, tout ça était bien normal. Je garde de la sympathie pour les seins de Ludivine Sagnier, mais j’ai définitivement quitté ce game.

Sinon, en parlant de porn star, j’aime beaucoup une des Parfaites (qui, d’ailleurs, sont mieux en vrai, je sais pas ce que vous foutez).

Est-ce que Youporn a été une révolution dans ta vie ?
Évidemment. Avec tout le respect que j’ai pour la Révolution française, c’est un peu un truc de boloss à côté. Youporn a révolutionné l’Internet. Pour dire vrai, c’est comme avec Google, je ne me souviens pas vraiment à quoi ressemblait Internet avant. Les mecs devaient se branler sur des Powerpoint avec des mères Noël ou des caps d’Evelyne Dhéliat. N’oublions jamais la passoire devant Canal + le samedi soir, symbole de cette famine sexuelle qui s’abattit sur la France.

Il paraît que le Tag Parfait est bloqué à Canal, c’est quoi cette sale histoire, c’est pas censé être la télé du foot et du porn ?
Ouais, c’est un vrai scandale. L’administrateur réseau de ma boîte de prod’ vient de bloquer tous les sites porno au bureau. J’ai avancé le fait que j’en avais besoin pour ma chronique, un argument pas évident à défendre. Je n’ai pas eu gain de cause. Il va de soi que ma prochaine négociation salariale devra intégrer cette problématique. Je suis prêt à céder sur les tickets resto.

Canal + porno

Impossible de lire Le Tag Parfait à Canal, scandale !

Quel aurait été ton pseudo si tu avais fait du porn ?
Vincent Lorraine. Comme ma stare.

Photo en une par © Philippe Moreau Chevrolet

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