Le CHARME et tous ses clics

Complètement disparu de notre consommation actuelle, le CD-ROM de CHARME n’en garde pas moins un aura proche du culte, où la ferveur n’est réservée qu’à quelques chanceux ayant eu le bonheur de leur premier crack, grâce à Pirates mag, sur le Power PC de Papa. Maintenant que tout dans la branlette est tournée vers l’immersion, que le POV n’en finit plus d’être brillant, que la 3D essaye de nous tâter, je crois que rien ne m’a jamais autant fait kiffer qu’un… menu contextuel. Baignade dans le sexe immersif.

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Meet Molly

J’insère le disque et je me retrouve très rapidement face à elle. Petite blondasse, forcément californienne, qui se trémousse en boucle comme un bon gif animé. Avenante, elle me dit son prénom et je ne comprends rien. Heureusement ça apparaît dans une infobulle. Molly. Elle demande ce que je veux. L’ambiance est à mi-chemin entre une soirée bien pétée en club et le Trombonne de Microsoft Office qui toque sans relâche sur l’écran. Molly, je peux la laisser en plan quelques minutes et quelques heures si ça me dit, elle vit sa vie dans l’attente de mon clic, de ma trique. Quine à la main, faut aller vite. J’ai deux choix T’as pas du jus d’orange ? / J’ai bien envie de te baiser : Je clique sur ce dernier. Loading… Je veux voir ses seins, peut-être me masturber dedans ou dessus. Loading… Et déception. Molly se braque direct, je la croyais offerte, mais la voilà partie. « Putain tu es si vulgaire, je ne parlais pas de ça, t’es un fou toi ». Heureusement ce n’est pas game over et on me promet d’autres filles à rencontrer.

Le lendemain… s’affiche stoïquement sur l’écran.

Retour à l’action. Une brune maintenant. Elle est en bikini et me demande si j’ai déjà testé le jacuzzi de l’hôtel. Molly m’a bien refroidi hier, je ne sais plus quoi dire à la nouvelle. D’abord je n’ai pas vu son nom que j’ai zappé trop vite, clic clic clic, et maintenant je suis bloqué sur deux boutons textes – Yes/No ; et un bouton action dont l’icône ne m’informe en rien. Je n’arrive pas à voir si c’est une main qui dit « touche pas à mon pote » ou une main prête à se poser sur un bon fessier. Elle se dodeline en attendant ma réponse, ma bite décroche, demi-molle fatale. Il faut faire un choix. Et merde, ce porno me confronte à ma propre personnalité, mes doutes, mon caractère, moins à mes fantasmes. Je me sens chaud et mal à l’aise, retour à la vie de puceau. Si je dis « Oui », s’en ira-t-elle genre ok salut je vais tester à mon tour ? Si je dis « Non », m’y invitera-t-elle en bon copain ou en quineur ? Et ce bouton action qui clignote.

Je me décide : Action. Sur la souris je tremble mais dans la vidéo j’empoigne bien franchement les fesses de ma nouvelle copine. « Hey, allons prendre un bain », je dis dans ma nouvelle voix digitalisée. Victoire : Je l’emmène jusqu’au jacuzzi. Je n’ai même pas le temps de tester la température qu’elle se glisse direct deux doigts dans la chatte. Fap fap fap fap, ça se transforme en un vieux POV aquatique, fap fap fap, elle se met à quatre patte sur le bord du hot tube, je ne sais pas si c’est de l’eau qui coule ou trois pixels morts, fap fap Ff..?
Fondu au noir.

Pas eu le temps de jizz que je dois déjà entamer la conversation sur le programme de l’après-midi avec trois nouvelles filles introduites par Bill, mon meilleur pote que je n’avais rencontré. Il revient de la plage. Mais merde mec, rase ta moustache et remets moi la séquence d’avant, il est où le replay ? Il n’y en a pas. Une véritable leçon de vie que je me prends dans la face, induite par un développeur particulièrement sadique… V N R.

Malaise dans les sous-terrains

Cheap Media

Bienvenue début 90 où le CD-ROM s’impose très très doucement dans les foyers. Encarta commence à peine à s’inviter dans l’imaginaire culturel et quelques profs s’inquiètent de nous voir « copier/coller ». Peu à peu, dans les suppléments SVM, ce n’est pas les démos de WinZip qui intéressent mais bien le CHARME. En 1994, des experts estimaient qu’il se vendait du CD-ROM « adulte » à hauteur de 260 millions de dollars, soit 20% du marché total. Là dessus, la France n’était pas trop en retard. On avait Cryo Interactive qui réussit à digitaliser de la bonne meuf dans des jeux pas forcément destinés à cela. Et surtout un visionnaire Jean Guilloré. Il transforme sa dépression de quadra en John B. Root. Et produit le premier CD-ROM interactif made in France nommé à juste titre : Penthouse Virtual Escort. Cocorico.

À vrai dire, ce tout CD-ROM n’était pas du tout une aubaine pour nous les fappeurs professionnels : La qualité était putain de dégueulasse – Frenchbukkake passerait pour du Digital Playground à côté de ces merdes numériques nineties. Et beaucoup de producteurs se foutaient bien de notre gueule. Moins cher à produire qu’une VHS et peut-être plus discret ça ne contenait souvent… rien. Les bonus SVM n’étaient, par exemple, que des dossiers remplis de JPG crus qui n’intéressaient même pas le prolétariat de la branlette.

Les seuls CD-ROM de CHARME à sortir du lot étaient ceux qu’aucun ordi de l’entourage n’arrivait à faire tourner. Des légendes. Le CD-ROM se passait de maison en maison, de pote en pote, jusqu’à qu’un foyer s’équipe du PC dernière génération qui allait offrir à toute une classe de mecs en chien, l’expérience ultime. Ce jour n’est jamais arrivé, le temps est passé vite, toutes nos envies rassasiées par l’ADSL, tous nos désires ludiques placés dans un autre jeu phallique à la première personne : Counter Strike.

Pourtant l’envie de séduire de la rackia, aussi numérique qu’elle soit, devenait toujours plus pressante. Caramail, NRJ Chat, et caetera, ça ne passait pas. Il fallait de la fille qui dise “non non non” puis après deux clics bien placé dans le climax se transforment en béni “oui oui oui”. Un système où le fap est une récompense durement acquise, comme le petit pop corn que se grignote le hamster après une longue journée dans sa roulette. C’était sans compter sur les rois de la quête épique, et du bonus après 99h99mn de jeu.

Eroge, le paria gagnant

On perdait notre temps à tuer du contre-terroristes que les otakus s’étaient déjà violés numériquement un bon million de dolls jamais sorties de l’archipel, calfeutrées dans des PC-9801. Eroge, c’est le nom que l’on donne à ces jeux de filles qui jouissent sous notre contrôle. La technologie aidant, des univers toujours plus riches ont été proposés aux branleurs et quelques chef d’oeuvres ont été créé grâce à un bon taré, idéaliste de la femme à otaku : Masato Hirata. À la base, la recette d’un Eroge est super simple : un bon character design, des petites qui rougissent et un mec qui sait pas trop ce qu’il fout là. Mais Hirata, lui, se permet de créer un sous-genre bien précis qui place la masturbation au même niveau que la 242ème étoiles à Super Mario Galaxy II : le renaï.

L’idée du renaï est de faire un CD-ROM où l’on baise, ok. Mais après un looooooooong travail de séduction. Le classique du genre est “Dôkyûsei” que beaucoup de fans compare à un Final Fantasy VI du cul. Chacun des personnages, sauf nous, a son histoire personnel, ses doutes, ses peurs, a besoin d’amitié et parfois de bites, mais pas tout de suite. Alors vas-y, retournes faire un ciné avec elle. Non merde, tu croises l’autre au centre commercial, putain putain, faut faire dévier la conversation sur les profs. Et tu te retrouves con à oublier les subtilités des filles que t’invites dans un univers où paradoxalement il n’y a rien de subtile. Surtout pas son énorme poitrine.

Merde les gars, si c’était pour me prendre autant la tête sur une branlette que dans la vie je ne serais pas rester derrière mon ordi. Je serais sorti. Pour gagner et retirer des petites culottes, il faut oublier sa réalité et saisir rapidement la réalité du jeu qui n’a parfois aucun sens. Les rebondissements sont tellement crapuleux que le plaisir est moins dans la masturbation, plus dans le clic.

Le futur

À côté de ça, obligé d’avouer que le CHARME interactif occidental connait sa petite vie sur le net. Et c’est bien de la merde. Comme en témoigne virtuallyjenna.com. Le site, moyennant 25 (putain d’) euros par mois nous autorise à nous masturber sur trois polygones d’une actrice dont on n’a plus rien à branler. Comment faire la balance aux productions japonaises ?

Je me risque à dire que le renouveau du CHARME interactif peut trouver une nouvelle ère en France. Sisi la fami. Je vois énormément de devs qui n’en foutent pas une à se branler sur les tweets des queers qui, elles, feraient mieux de tourner du film au lieu de troller des blogs post-féministes que personne ne lit. Je m’imagine au milieu d’une bonne petite fiction dont vous êtes le héros à travers les tubes avec rebondissement, déception et la masturbation en fil rouge. Maintenant qu’on a Zahia à 360°, on n’a plus besoin de tourner autour du pot.

Eroge français ? On a le matos

Bonus

Un grand classique du eroge. Divi-dead est jouable ici. Par contre, il faut être bien bien patient avant de voir un nichon.

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