Du sang et du foutre

Sex, Drugs & Rock’n’Roll, l’adage de base, la trinité malicieuse, est aujourd’hui une formule rentrée dans les mœurs à coup de frasques miteuses et de fantasmes populaires. Le crépuscule des idoles a filé un sacré coup de vieux aux messies de la débauche, ceux qui ne se sont pas étouffés dans leur vomi nous paraissent aujourd’hui bien ternes. Le sex ? Aseptisé, formaté, tabou sans l’être. Les drugs ? Tout s’est démocratisé et le boloss du coin fourre son nez dans la blanche, jadis ambroisie de la Haute, privilège des demi-dieux de la saturation. Quid du Rock’n’Roll ? Certains disent qu’il est mort, d’autres qu’il n’a jamais été aussi vivant, les uns se vautrent dans le pseudo underground pour retrouver ce qui faisait la substantifique moelle du blues dégénéré, les autres s’enthousiasment le temps d’une semaine pour des groupes vaporeux que la hype lâchera aussi vite qu’elle les a entourés.

Chez nous au Tag Parfait, on pousse le vice, on ne se contente pas de la partie émergée, on veut carrément l’iceberg, mais pas dans nos verres de Laphroaig (du bon, du 15 ans d’âge). Alors la légendaire trinité, on va la mettre à mal, on va la pousser dans ses derniers retranchements. Et puis d’ailleurs, on s’en fout de l’aspect « drugs », y’a le dossier « Défonce-moi défoncé » pour ça. On va se contenter du bruit et de la fureur, on va aller tâter l’extrême et mettre à jour les liens inextricables qui rattachent la musique du Diable à la débauche sexuelle. On n’est plus là pour rigoler, on a sorti nos cartouchières et chaussé nos rangers boueuses, on est prêt à aller en Enfer et on vous emmène avec nous.

Black Metal Porn

Au Tag, on a la fâcheuse tendance à mettre le doigt là où il ne faut pas

Pour ce premier article, nous nous focaliserons sur le Black Metal, incarnation la plus sombre et perverse du genre, où le cul a sa place, support du blasphème ou catharsis de la frustration. Le mouvement a été initié à l’aube des années 80’s par des groupes de heavy metal à tendance thrashy qui voyaient un peu plus loin que le manche de leur guitare. Gloire à Cronos (Venom), Quorthon (Bathory) et Tom G. Warrior (Hellhammer/Celtic Frost), musiciens visionnaires, qui peuvent se targuer d’avoir posé les bases d’un genre musical iconoclaste et profondément rebelle.

Qu’est-ce que le Black Metal ? Je vais tâcher de proposer une courte définition – car il ne faut pas oublier qu’ici on parle de fesse avant tout – qui m’attirera sans doute les foudres des puristes. Le Black Metal, comme tout mouvement relativement underground charrie son lot de gardiens du temple imbuvables. Le Black, c’est une dégénérescence, un produit hybride issu de la fornication morbide entre le heavy metal, le speed et le thrash. Les balbutiements du death metal encore embryonnaire ont eu aussi leur influence dans l’évolution du genre. Le Black, c’est un pot pourri tout entier dédié à la face sombre de notre civilisation déclinante. Sans être exhaustif, le propos est généralement blasphématoire, violemment opposé aux religions du livre, individualiste et porté sur les extrêmes (c’est là que ça commence à nous intéresser). La musique ? Agressive, bruitiste, primitive. Certes, le Black a engendré de nombreux sous-ensembles qui ne correspondent pas forcément à ce descriptif mais à l’origine, on ne faisait pas dans la dentelle, de la musique de barbares venu des tréfonds de l’âme.

Black Metal Porn

Dans mes bras, belle inconnue, viens goûter à l’Art sombre

Et le porn là-dedans ? Sans être omniprésente, la tension sexuelle est palpable dans le Black Metal car on touche à l’instinct animal de l’homme, sa volonté de puissance, sa rage séminale. Dès le début, le cul a inspiré bon nombre de groupes. Cela dit, on ne parle pas de softcore mais bien de défloration brutale de jouvencelles, de sexe anal avec des nones (ou des boucs, c’est selon), de supplices du pal et de putes nécrophiles au service de Satan. Le Black salit tout ce qu’il approche, et le cul, tabou des religions du Désert, devient un un symbole, on le rabaisse, on le manipule pour en faire une arme satanique, on se joue de ses déviances pour mieux saloper les pages encore vierges des livres sacrés.

Entrons dans le vif du sujet en nous dirigeant vers les contrées septentrionales de l’Europe moribonde, pourvoyeuses des artistes les plus coquins de la « scène ».

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Profanatica, le bon goût assumé

Sexe de feu, cœur de glace

En Finlande, quand on ne regarde pas la bite de ses potes dans un sauna ou qu’on ne massacre pas ses camarades de lycée agricole à coup de Uzi, on fait du black metal. Ce pays de 6 millions d’habitants a engendré quelques uns des meilleurs groupes de metal extrême. Passons sur les légendaires Beherit et autres Archgoat, tout entier dédiés à Satan et manquant cruellement de sex appeal, tournons nous vers les malicieux qui aiment à mélanger le sexe et l’acier trempé, dans le blasphème le plus total.

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Pas de messe noire sans curé!

Le premier groupe affilié black metal auquel j’ai adhéré (souvenir, souvenir) répond au doux nom d’Impaled Nazarene. Ce combo issu de la région d’Oulu où la température annuelle moyenne doit sûrement être négative, sévit depuis une vingtaine d’année, pondant à intervalles réguliers des albums en béton armé. I.N. et le porn, c’est une longue histoire. Dès les premiers albums c’est parti en sucette, « Tol Cormpt Norz Norz Norz » en mode « partouze à la ferme » où les cris de jouissances féminins se mélangent à des hennissements et autre cris de bête / « Soul Rape », délire chaotique aux paroles délicieuses :

Fistfuck in the name of the beast Raping and masturbating in flames Orgy of blood, flesh & decay

Le groupe s’enflamme pour le S/M dans le très punk “Latex Cult”, avec des hymnes aux titres révélateurs : « Punishment is absolute », « Motörpenis « , « I eat pussy for breakfast »…

Enter the dome of pleasure and pain Kneel before your master and obey And when I say obey you will suck it!

L’apogée du groupe arrive en 2001 avec l’apparition de la rouquine Rakel Liekki, une des rares pornstars finlandaises, dans le clip de « Hardboiled and still Hellbound ». Accomplissement total pour Mika Luttinen, chanteur du groupe qui se targue d’avoir commencé la masturbation à l’âge de 4 ans et qui visiblement n’en a pas fini avec ça… « C’est ceux qui en parlent le plus … »

La Finlande c’est aussi le pays de Mikko Aspa (aucun lien de parenté avec votre serviteur), acteur majeur de la scène finlandaise. L’homme se caractérise par son hyperactivité et sa propension à toucher à tout ce qui se fait de plus extrême à la fois musicalement mais aussi en matière de perversion. Outre ses deux labels très réputés dans le milieu (Northern Heritage spécialisé dans le Black Metal et Freak Animal Records pour le versant noise/power electronics), Aspa est la tête pensante d’une foultitude de projets musicaux dont certains valent le détour pour peu que l’on soit porté sur la chose. Il y a d’abord Clandestine Blaze, son excellent groupe de black metal, dont la première démo (format cassette, of course), la bien nommée « Blood & Cum », était accompagnée d’un petit pochon rempli de sang et de foutre. Mikko aime faire des cadeaux aux heureux acquéreurs de ses productions.

Black Metal Porn Finlande

Finlande, terre de contrastes…

Il y a aussi Creamface, du grindcore classique avec ses pochettes faites maison, hautes en couleur, nous montrant les diverses compagnes (tarifées j’imagine) de notre ami Mikko, couvertes de sa propre semence. Musicalement, c’est le niveau zéro du metal, de la « musique » de prolo en fin de droit où seule l’imagerie véhiculée permet d’y porter un intérêt quelconque.

On trouve ensuite Grunt, son projet bruitiste, taillé pour des performances/happenings de haute volée : J’ai eu l’occasion d’assister à l’un de ses shows lors de mes errances en Finlande, tous les hipsters helsingois se pressaient pour voir le spectacle, Aspa, sa voix de stentor et ses 120 kilos bien assumés était à son stand, posé, tranquille. Quelques minutes plus tard, il bidouillait ses machines sur scène tandis qu’un projo balançait sa dernière œuvre (intitulée « Trite ») en fond visuel, qui, en gros, le montrait nu, vêtu seulement d’un masque à gaz en train de se masturber puis d’éjaculer sur des cadavres de rats. Je n’invente rien, j’ai tout vu et comble pour un Finlandais d’adoption, j’étais sobre… On est très loin des rumeurs ridicules qui couraient au collège sur Marilyn Manson et ses hypothétiques massacres d’animaux sur scène, là on tape pile poil dans la réalité infâme, dans l’immonde, dans le craignosse… Mikko n’est pas un mytho, c’est un pervers patenté, un amateur de snuff, un exhibo sans limite, une abjection au service de sa cause.

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Machine!

Quid de sa revue porno « Erotic Perversion » (le dernier numéro vient de sortir) dans laquelle il apparait masqué se livrant à des pratiques fantasques sur ce qu’on appelle communément des putes  et de sa série de vidéos « Public Obscenities« ? Finalement ça choque moins que ses délires nécro/zoophiles, c’est limite trop soft, même lorsqu’il sort les instruments de gynéco, surtout quand on sait de quoi le bonhomme est capable. Tenez vous le pour dit, je ne vous raconterai pas tout sur ce personnage hors-norme, je laisse découvrir aux plus audacieux le reste de son œuvre monstrueuse. En attendant, voici une interview assez complète du monstre de Lahti.

Outre la Finlande, la Norvège qui a vu naître la seconde vague du Black Metal, avec comme fers de lance les mythiques Burzum, Darkthrone, Mayhem et Immortal, a elle-aussi son lot de coquins, plus softs ceci-dit mais toujours en proie au démon de midi. Satyr, frontman élégant de Satyricon a toujours su faire des choix de casting pertinents en matière de clips. Dans le très artisanal « Mother North », une somptueuse Walkyrie (Monica Bråten – a priori ex-actrice de cul sur laquelle je n’ai pratiquement aucune info) nue comme un ver, part en ballade avec les joyeux drilles maquillés du groupe, sur fond de black metal épique et majestueux (à l’inverse du clip, bancal et ultra cheap). Dans « Fuel for hatred », on a encore le droit à une blonde mais, à l’instar de la zik, on est dans un délire US assumé, grosse production, gros seins siliconées et au final peu de profondeur d’âme.

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On leur avait promis des places « backstage », ils ont été servis

On passe rapidement sur le fameux concert à Cracovie de Gorgoroth en février 2004. Non contents de propager un musique particulièrement agressive et antichrétienne, les terreurs de Bergen ont jugé à propos de mettre en scène quatre jeunes filles et garçons nus et ensanglantés dans un simulacre de crucifixion assez osé pour faire encourir aux membres du groupe de lourdes amendes et un potentiel emprisonnement.

C’est arrivé près de chez vous

C’est bien beau le Grand Nord, mais que se passe-t-il en France ? On tape dans les bas-fonds, entre les séances de fistfuck sur scène (filmées par Gaspard Noé, quand même) lors d’un concert des toxicos de Diapsiquir et les errances satanico-pornos parisiennes d’Arkhon Infaustus, , les Frenchies sont servis. C’est l’imagerie grand guignolesque qui prime, grosse shocking value, des corps nus, des chaînes, du sang, une boucherie métallique en mode messe noire orgiaque, où les pseudo-goths sans culotte qui se sont égarées en chemin se font trousser par les apôtres du Grand Cornu. Le premier album d’Arkhon, le très haut en couleur « Hell Injection » est ponctué de couinements orgasmiques, mêlés à une mixture ultra efficace de black et de death pour un résultat dantesque.

666 Cum on the lord 666 Anally confirmed

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J’aime aussi… L’amour et la violence

Et sinon, y’a D.U.K.E., label/zine pour allumés de la veuve poignet, mais ça c’est trop underground pour toi comme pour moi.

Que dire du « World’s first black metal porn » de Sabbathon, leader du groupe belge Enthroned, le comique « Phallucifer » ? Dans le genre fausse bonne idée, on a rarement fait mieux, on a le droit à un couple qui baise, de l’amat classique en somme, avec quelques reliquats du folklore extrême en guise d’accessoires … Où sont les nones S/M, les boucs en rut, les sodomies sanglantes, les prêtres fétichistes et les godes crucifix ? Même « Orgie en Noir » d’Ovidie paraît plus extrême que ce triste objet. Comble du ridicule, d’autres se réclament du titre de « premier film black metal porno », tel que les producteurs du miteux « Club Satan – The Witches Sabbath », ça se bouscule au portillon, il y a donc une niche « black metal porn » !

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No gode, no glory

Nous n’irons pas jusqu’à aborder les  rives exotiques d’Amérique et d’Asie, des continents d’obsédés sexuels, quelques noms comme ça pour les plus courageux : Ironfist de Singapour et leurs inénarrables odes à l’amour : « Sexcalibur », « Ejaculated Insanity », « Weapon of Mass Sexxtruction », j’en passe et des meilleurs. Au Japon, on trouve Yasuyuki et ses dents de traviole, à la tête de plusieurs groupes (Abigail, Barbatos, Cutthroat, …), tous branchés porno, qui s’époumone à scander des paroles en engrish où se télescopent tous les fantasmes du nippon, de la Cicciolina au tentacle porn.

Black Metal Fan

Je vais t’présenter des fêlés qui eux n’passent pas à la télé

Tout cela suinte la frustration. Le Black Metal fait rarement recette. J’aime à stalker les « stars » du métal noir, les friendlists de leur MySpace moribond sont quasi exclusivement composées d’actrices porn intouchables ou de groupies vénézuéliennes qu’ils ne croiseront probablement jamais.

On se retrouve bientôt, pour des choses nettement plus douces, c’est promis.

PS: La petite playlist des familles, reprenant des morceaux sus-mentionnés et autres joyaux de perversion diabolique.

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