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Pourquoi aime-t-on autant les parodies porno ?

On a tous imaginé un de nos personnages préférés en train de baiser. Certains en ont donc fait des films et d’autres se fappent devant. Et comme je fais partie de la deuxième catégorie, je me suis demandé pourquoi.

Mon truc à moi, c’était les Twi’leks. Qu’elles soient esclaves du terrible Jabba the Hutt ou Maître Jedi badass, ces femmes humanoïdes aux grands tentacules crâniens et à la peau de couleur vive vues dans Star Wars m’ont longtemps excité. Mais après des années sans le moindre support pornographique pour assouvir mon envie de fap intergalactique, j’ai fini par trouver la vidéo de mes rêves lors d’une soirée d’errance sur Pornhub. Seul problème, je n’avais plus grand chose à faire des Twi’leks. Cela m’a toutefois permis de me poser une question fondamentale : pourquoi ai-je si longtemps eu envie de voir du porno impliquant les personnages d’une des œuvres que j’ai le plus aimée ? 

Après quelques recherches, j’ai vite réalisé que, même s’il ne s’agit pas du contenu le plus fancy ou le plus populaire des grandes plateformes, les consommateurs sont légions. Zelda, Avengers, Pokemon, Final Fantasy, Street Fighters, Pirates des Caraïbes, Star Wars, Les Simpson, Blanche-Neige, Rick et Morty, tout y passe. Selon Laura Goudet, maîtresse de conférence à l’Université de Rouen et spécialiste des liens entre pop culture et porno, le phénomène de la parodie porno n’a d’ailleurs rien de nouveau. « On en trouve trace dans de vieux romans mais aussi dans des films comme Bananes Mécaniques, un long métrage de 1973 qui s’inspire de l’œuvre de Stanley Kubrick. » Même constat lorsque l’on fouille un peu les grands sites dédiés au porno, où on retrouve facilement quelques pépites vintage comme la version ci-dessous de Blanche-Neige (1995) ou encore Citizen Shane et La Princesse et la Pute, deux hommages dorceliens à deux monuments des cinémas français et américain. 

Une quête d’intimité

Tout ça n’explique cependant pas ce qui nous pousse à consommer des contenus érotiques ou pornographiques dérivant des œuvres qui nous ont construits. J’ai donc décidé de demander directement à ceux qui les aiment ou les ont aimées, car pour nombre d’entre eux, ce ne fut qu’un kink passager. Pour Jean-Mich*, un trentenaire qui s’envoyait pas mal de vidéos impliquant Pierre de Pokémon ou Wakka de Final Fantasy, la réponse est claire : « Ce que j’aimais dans ces vidéos, c’est que je connaissais les personnages, c’était une sorte de prolongation du temps passé avec eux dans les jeux ou les dessins animés. Il y avait déjà une sorte d’intimité entre nous. Et ça colle plutôt bien à ma vision du sexe en général, j’aime coucher avec des gens dont je suis proche, dont des potes, je ne crois pas du tout que le sexe et l’amitié soient incompatibles. »

Même analyse chez Chris qui, plus jeune, appréciait les versions hentai de ses dessins animés préférés : « Pour le hentai, c’était clairement l’excitation à voir baiser des personnages virtuels que j’adorais. » Il ajoute : « Si je regarde une parodie porno pour un personnage spécifique, j’aime autant qu’il soit le plus proche possible de l’original. C’est un truc qui me semble plus possible avec le dessin qu’avec un acteur, donc je regardais pas mal de parodies dessinées pour retrouver mes héroïnes de mangas et de jeux vidéo préférées dans des situations olé olé. » Quant à Eugénie, son lien avec le personnage est encore plus profond puisqu’elle se fappait sur Link, le héros des jeux Zelda : « C’était tellement facile de se projeter, parce que dans le cas de Zelda, je voyais un personnage que j’incarnais, que je connaissais sur le bout des doigts, c’était une sorte d’extension de moi quelque part. »

Molly Red Wolf en Zelda (oui dans le jeu, Zelda c’est la princesse)

Pour Laura Goudet, l’émergence de ce phénomène d’excitation par la projection s’explique assez simplement. Il se serait construit en opposition à l’atomisation d’une partie du porno dans lequel les scènes sont de plus en plus découpées, parfois dénuées de visages ou de mise en situation. Soit l’exact inverse d’un épisode de Pokémon qui dégénère en threesome bi avec Sacha, Ondine et Pierre. Pour ma part, je n’ai jamais ressenti d’intimité avec les Twi’leks, qui ne sont que des personnages secondaires de la saga Star Wars. Mon irrésistible attraction pour elles tenait à autre chose, probablement à une inexplicable attraction pour ces humaines à la fois ultra normées et si différentes de la réalité. Ou peut-être aux tentacules crâniens, allez savoir. 

Kinks inexplicables et “production value”

Mon expérience se rapproche donc bien plus de celle d’April. Elle aussi fan de Star Wars, elle a été initiée aux parodies porno par un cadeau de ses amis : une version XXX de la célèbre saga de George Lucas. Pour ceux qui ne le savent pas, les films dits XXX sont une série de spoofs pornographiques ultra produits dont les budgets atteignent des records dans l’industrie du sexe filmé. L’adaptation des aventures de Jack Sparrow fut même la première à s’offrir un budget supérieur à un million de dollars. 

Pour en revenir à April, ce n’est pas Star Wars qui lui a donné envie de fapper. C’est Avengers XXX, qu’elle a regardé après l’avoir vu dans la bande annonce du cadeau de ses amis. Car à la différence des films Marvel, cette version-là met en scène le personnage de She-Hulk, un alter ego féminin du monstre qui sommeille à l’intérieur du docteur Banner. Et April a un kink aussi étonnant que le mien pour les peaux rouges et bleues des Twi’leks : « J’ai toujours aimé les femmes à la peau verte. Or, elle est verte et très musclée. » Petite pensée pour Gamora et Princesse Fiona. 

Mais ce n’est pas la seule chose qui plaît à April dans ces films. En bonne fan, elle apprécie aussi l’écriture de ces deux films, pleine de références culturelles, de fan service et d’inclusions venues des comics et des œuvres parallèles de ces univers. C’est aussi le cas de Sebaset, un quadra ayant constitué une gigantesque collection de spoofs sur une période entre 2009 et 2015. « Ce qui me plaisait le plus, c’est que ça permettait de retrouver du scénario alors que le gonzo avait vraiment explosé. Typiquement, je regardais les films à vitesse normal sur toutes les phases de dialogues et je skippais dans les scènes de sexe. »

« Attention, ça restait bien sûr un support masturbatoire, mais c’était super cool de voir les histoires développées, l’attention portée aux costumes, aux dialogues et parfois à l’acting (tous les acteurs pornos ne jouent pas aussi mal qu’on veut bien le dire). C’était aussi excitant de voir des personnages plus ou moins familiers baiser ensemble, voire quels types de relations les scénaristes pouvaient leur imaginer », poursuit ce passionné qui raconte volontiers qu’il attendait les sorties de ces films avec impatience. Un avis que tempère un peu Chris, qui en plus du hentai, a aussi appris à apprécier les spoofs pour leurs qualités non-pornographiques : « Ça n’avait pas à rougir de la comparaison avec les vrais (et ça arrivait même de faire mieux !), par contre bah… je me faisais un peu chier devant les scènes X, ce qui fait que je m’en suis progressivement détaché. »

Qu’il s’agisse d’une attirance étrange pour les tentacules crâniens, d’un besoin d’intimité dans la masturbation ou d’une envie d’un autre porno, il y a donc pas mal de raisons d’aimer s’envoyer un petit spoof de temps en temps. Car comme le dit si bien Laura Goudet : « La culture pop est déjà un endroit où on prend du recul sur ce qui nous entoure, avec de l’humour. Elle fait donc partie de notre imaginaire pornographique commun. Rien de surprenant donc à ce qu’on la détourne dans un but ou un autre. Après tout, on se masturbe autant avec l’esprit qu’avec le corps. »

*Certains prénoms ont été modifiés.

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