Bright Desire cultive l’art du « porn intelligent »

De l’intimité, des rires, du plaisir vrai : c’est ce que Bright Desire veut montrer à travers sa sélection de films. Terrain de jeu de Ms Naughty – réalisatrice, monteuse et écrivaine – on retrouve sur sa plateforme du « porno intelligent ». 

Des récompenses, Ms Naughty en a raflé : Petra Joy Award en 2009 pour It’s What I Like, meilleur court métrage expérimental au Cinekink en 2014, meilleure scène BDSM aux Feminist Porn Awards en 2015 et plus récemment prix du meilleur orgasme pour Linger. « Bright Desire est l’endroit où vous pouvez trouver tous les [films récompensés] », peut-on lire sur sa plateforme lancée en 2012.

Dix ans de films érotiques et pornos

Regarder du porn est une chose, mais sur Bright Desire – pour la modique somme de 11 € par mois – on a le choix entre une large sélection de contenus : des films – évidemment – ainsi que leurs coulisses, mais aussi des interviews où les performeurs·euses reviennent ensemble face caméra sur leur scène, leur première expérience ensemble, etc.

Au rayon contenu innovant, on retrouve « The Solo Voiceover Series » qui comprend une catégorie solo femme et une catégorie solo homme. On retrouve les performeurs ou les performeuses en solitaire, dans des courts métrages qui nous invitent à une session de masturbation sensuelle. Chacun s’accompagne d’une voix off qui nous plonge dans l’esprit du performeur ou de la performeuse et nous livre ses fantasmes les plus intimes.

Jiz Lee et Bishop Black

En bref, sur Bright Desire, on retrouve près de dix ans de films érotiques. On peut y croiser des couples de la vie réelle, de la diversité et de l’érotisme. 

En-dessous du lit

La plateforme Bright Desire ne s’arrête pas là. Généreuse, elle propose également une catégorie bonus intitulée « Under The Bed » – littéralement « sous le lit » (la traduction, c’est cadeau). Mais que peut-il bien se passer sous le lit ? 

Avec « Under The Bed », la réalisatrice propose une sélection de « contenus supplémentaires qu’elle a – personnellement – trouvés excitants ou amusants et qu’elle a collectés au cours des dernières années ». On y retrouve des films, mais aussi des photos et du porno rétro, sélectionnés par Ms Naughty elle-même.

Capture d’écran de brightdesire.com / aperçu de la catégorie Under The Bed

« C’est l’équivalent de ma propre collection de porno. Beaucoup d’entre eux présentent des rires. […] Certaines images et vidéos sont anciennes ou de qualité inférieure, mais ce qui m’intéressait n’était pas leur âge, mais ce qu’elles représentaient. La plupart ne respectent pas les règles du porno habituel et font un bon travail de représentation des fantasmes de manière respectueuse, artistique et excitante », confie Ms Naughty. 

L’humain au centre

Sa collection porno personnelle se rapproche de ce que l’on peut trouver sur la plateforme indépendante. Bright Desire met en effet de côté certaines « règles » associées aux sites pornographiques classiques et tente de dépasser les clichés qui y sont accolés « comme couper l’homme du cadre, les femmes qui portent de hauts talons, mettre fin à la scène juste après l’orgasme de l’homme, le sexisme, le racisme… », détaille Ms Naughty qui croit « à la création d’une pornographie positive et au respect de ses interprètes ».

Un respect qui s’explique aussi par l’implication des performeurs·euses dans la production de ses films. « Mon style de tournage est très détendu, je laisse les performers choisir ce qu’ils font et quand », ajoute la réalisatrice. Un choix qu’elle développe aussi dans les colonnes de son site : « [Les performers] sont tous des gens merveilleux et mon objectif est de vous donner un aperçu de leur personnalité via des interviews et des informations partagées en coulisses. »

Du sexe de chambre à coucher

Bright Desire propose une alternative qui « embrasse la philosophie du porno féministe et éthique » pour offrir un contenu nouveau, inclusif et intelligent. « Quand j’ai lancé Bright Desire en 2012, le porno féministe était un genre à peu près établi. Beaucoup d’autres cinéastes ont développé leur vision du genre », confie Ms Naughty qui a vu le développement de ce genre au cours des deux dernières décennies. « Au départ, presque personne ne croyait au fait que les femmes aussi regardaient du porno », ajoute la réalisatrice.

« Trinity » avec Lina Bembe, Rooster, Parker Marx

Ms Naughty y a cru et elle a su, grâce ses années d’expériences, définir précisément ses aspirations : « Je veux représenter un sexe réaliste, positif et amusant. Du contenu qui se rapproche du sexe qu’on retrouve dans la chambre à coucher. J’aime filmer les visages des gens plus que leurs parties génitales. Pour moi, l’interaction entre les gens est la partie la plus excitante et intéressante du sexe. C’est ce que j’essaie capturer. »

La réalisatrice va plus loin encore. On trouve sur le site une déclaration éthique intitulée « Production de porno éthique et consentement chez Bright Desire ». On peut y lire ses engagements auprès des performeurs·euses, leurs rémunérations, les précautions prises pendant le tournage, etc.

Une passionnée derrière la caméra 

Photo Ms Naughty.

Ms Naughty considère Bright Desire comme sa maison sur internet. Auparavant bibliothécaire et journaliste indépendante, la cinéaste et écrivaine se lance dans le petit monde du porno en ligne au début des années 2000. Neuf ans plus tard, elle est derrière la caméra pour tourner son premier court métrage érotique : It’s What I like. Il remportera le Petra Joy Award. Depuis, elle crée et monte elle-même ses films.

Originaire d’Australie, sa carrière n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Le pays a toujours mené la vie dure à l’industrie pornographique. « L’Australie n’est pas particulièrement favorable à la création de porno. Autant dire qu’il est difficile d’être réalisateur porno ici », confesse la réalisatrice. On l’évoquait d’ailleurs dans les colonnes du Tag Parfait en novembre dernier, la situation en Australie n’est pas la plus facile pour les réalisateurs·rices. Pour restreindre la consommation de porno aux mineurs, et ainsi les protéger, l’agence nationale de sécurité australienne a eu une idée révolutionnaire et hautement technologique : utiliser des scans du visage pour s’assurer de l’âge des internautes derrière l’écran. Une méthode qui rappelle les scénarios de la série Black Mirror… Discutée au Royaume-Uni, elle n’a pas passé le test. Un projet de loi similaire a été abandonné en octobre 2019 par le gouvernement Johnson. « S’ils voulaient mettre en place quelque chose qui fonctionnait, ils auraient dû rendre obligatoires les balises ‘Réservé aux adultes’ sur les pages d’avertissement pour aider les parents à filtrer le porno », préconise Ms Naughty. 

La réalisatrice australienne a, au fil des années, évité les obstacles, notamment en posant ses valises et sa caméra ailleurs. L’Australie ne lui permet pas de tourner, alors elle le fera à l’étranger. « Nous avons tourné beaucoup de nos films au Festival du film porno de Berlin simplement parce que c’est là que nous pouvons accéder à certains des meilleurs talents du secteur », confie Ms Naughty qui a « réalisé plus de 90 films et scènes en six ans ». Pour la réalisatrice, qui publie régulièrement des tribunes sur Bright Desire, il existe une seule solution pour protéger les mineurs : « L’éducation sexuelle et la discussion ouverte sur le porno »

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