Ciné Porn #6 – 37°2 le matin

Une succession de cartons bleu Klein, une musique enfantine et clownesque, un portrait géant de Béatrice Dalle : voici le générique précédant le plan d’introduction selon moi le plus torride de tous les temps. Avec 37°2 le matin, Jean-Jacques Beineix révèle la jeune Béatrice Dalle, encore méconnue du grand public. Elle y interprète l’impulsive et sauvage Betty, dont la relation passionnelle avec l’ordinaire homme à tout faire Zorg tournera au road-movie. Maisons pastel sur pilotis au bord de la mer, carrière d’écrivain manquée, voyages improvisés au gré des rencontres et tension sexuelle permanente font de ce film une entité bouillonnante et épineuse.

Un fondu au noir et on entre dans le vif du sujet. L’essence entière du film est résumée dans cette première séquence brûlante. Le décor est rococo et surchargé. Les lumières sont douces, tamisées et transpercent les rideaux et volets entrefermés. Les couleurs sont chaudes et doucereuses. Puis la caméra passe au travers de rideaux de perles de bois pour se rapprocher lentement, très lentement du lit où Betty et Zorg font l’amour sous l’œil espiègle de La Joconde. Exit le schéma classique de la scène d’amour. Ici on oublie les plans de coupe sur des parties de corps aléatoires et la cadence sexuelle pré-fabriquée par le montage. Par ce lent travelling-avant, Beineix réussit à saisir à la perfection l’intimité, la tension et la force de leur relation, afin de nous la faire vivre avec eux. Et je l’ai vécu intensément.

Les protagonistes se désintéressent des classiques hurlements de plaisir, ou de la surenchère de positions. Leur sexualité est authentique, brute, sans superflu. Quand je revois cette scène, je sais que c’est comme ça que je veux qu’on me fasse l’amour : lentement, passionnément, véritablement.

Bien que la sexualité ne soit pas la pierre angulaire de ce film, il y a une autre scène qui m’a particulièrement marquée. Celle où Annie, cliché de la ménagère étriquée dans son rôle de mère de famille et mariée à l’épicier du coin un peu beauf, tente par tous les moyens de séduire Zorg. Elle le supplie par son regard, et par ses gestes évocateurs. On peut y lire sa profonde détresse. Son mari dans la pièce voisine et le bébé pendu à son sein, rien ne l’empêche de baisser son décolleté et de plaquer sauvagement la main de Zorg sur sa poitrine plantureuse. Annie, c’est la MILF anachronique par excellence. Il faut rappeler que le film date de 1986, alors que les termes de MILF ou de MBAB nous sont parvenus des États-Unis dix ans plus tard, en 1995.

« Vas-y, bouffe-la-moi ! Bouffe ! Dépêche-toi ! »

Je me souviens avec émotion de cette scène où complètement désespérée, Annie saisit la première occasion pour sauter sur Zorg, le plaquant avec force contre son entre-jambe. Ce dernier, un peu penaud et complètement dépassé par la situation la pousse avec violence dans les cageots de fruits.
Sonnée par la chute, Annie déplore le peu de sexualité dans sa vie, tandis qu’un citron roule le long de son corps à moitié dénudé. Elle se retrouve affalée entre les fruits et légumes, la respiration haletante et les cuisses ouvertes, face à Zorg fâcheusement désintéressé. Cette scène m’est puissante car je ressens la fièvre d’Annie. Elle me fait frissonner. Bien qu’elle finisse par retrouver son train-train quotidien, je me surprends toujours de vouloir la tirer de cette monotonie pour l’observer succomber à sa fougue et aux pulsions incontrôlables qui ont fait d’elle un personnage emblématique.

Les tags de 37°2 le matin de Bertrand Beineix : #milf

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