VHS porno : c’était foutrement mieux avant ?

Des guilis dans le cœur et la culotte, voilà la sensation procurée par la découverte de vhsporno.com, équivalent en ligne d’une friperie du cul.

Le site, tenu par un couple de trentenaires, a vu le jour « grâce à un vide-maison », expliquent Phallus Gump et Vagina Sky : « le proprio était « gêné » de mettre en vente ses films de cul et des vieux sex-toys ». Thank god(e), un ami du duo récupère ce trésor vintage avant qu’il ne tombe dans l’oubli (et la poubelle). « Il savait que j’étais un gros consommateur, et un nostalgique du genre », souligne Phallus, « en plus, nous, on avait un magnéto » (ndlr : un gros lecteur DVD, sauf que la fente est bien plus large, rapport au fait que l’objet à insérer pour lecture est autrement plus gros qu’un DVD). Ni une ni deux, le couple récupère l’ensemble des VHS, et reste sans nouvelle des vibros. « Ça se fait d’utiliser des vibros d’occasion ? » s’interroge Phallus. Et de poursuivre : « Ce cadeau nous a bien fait marrer, les vieilles jaquettes, les titres, etc. » C’est ainsi que débute l’aventure .

Le fameux trésor issu du vide-maison, et ses regrettés sex-toys disparus (crédits : vhsporno).

Retro du cul et nostalgicle

Adeptes des « collections à la con » de leur propre aveu, Phallus et Vagina se retrouvent rapidement avec une cinquantaine de cassettes sous le bras. L’objet lui-même vient rappeler Phallus à ses bons souvenirs. « La VHS, c’est l’époque de mes premières branlettes », lance-t-il, « j’ai eu la chance d’avoir un grand frère qui planquait mal ses cassettes. » Une époque qu’il évoque notamment dans la chronique de Max, disponible sur le site.
« Je n’étais pas le seul nostalgique de cette époque, mais personne ne parlait vraiment des films », relate Phallus. Il confie alors son envie d’écrire des chroniques « un peu dans l’esprit de Nanarland » à Vagina, qui pousse l’idée plus loin encore. « Moi, le porno, contrairement à Phallus, j’en consomme peu », souligne-t-elle. Vagina s’intéresse plutôt aux parcours d’anciennes performeuses, et souhaite mieux comprendre l’univers dans lequel elles ont alors évolué. « Il faut le dire, le cul, c’est cool ! » rit-elle.

Le couple fait chauffer le magnéto, total respect pour les us et coutumes, du début à la fin. « On fait ça très assidûment, on prend des notes, etc », détaille Phallus, « ce n’est qu’ensuite que je numérise le film pour pouvoir en extraire des scènes ». L’homme entame alors une phase de documentation autour dudit film et de re-visionnage, autant de fois que nécessaire. Ambiance investigafion sur fond de Retour vers le futur. « On ne dirait pas comme ça, mais il y a pas mal de boulot derrière nos chroniques ! », souligne-t-il.

Raies en action et rédaction

Côté plume, Phallus s’occupe du descriptif des films sélectionnés et de la présentation des acteur·ice·s et producteurs, « si possible sur un ton humoristique », et Vagina prend la critique en main, « en essayant de garder un peu de légèreté et sans trop me prendre au sérieux. »

Le temps file, mais le plaisir de redécouvrir « des films avec des vrais scénarios, de la mise en scène, des vrais dialogues, des acteur·ice·s récurrent·e·s », lui, reste, avec des préférences tranchées. Le gonzo ? Très peu pour phallus. Pour le X amateur, la critique est tout aussi vive. Dans le cœur de monsieur, « les films de Laetitia ont quand même vachement plus de saveur que ceux de Jacquie et Michel ! » Un avis partagé par Vagina, dont le processus de critique est le même pour le porno que pour le cinéma dit « classique ». « C’est un genre qui mérite que l’on s’y intéresse », appuie-t-elle.

Pourtant, le couple peine à trouver la stabilité voulue sur les réseaux sociaux. Youtube et uTip ont ainsi fermé leurs comptes, pourtant dénués de scènes de sexe ou de nudité pour le premier. Quant à Adsense, impossible pour eux de l’utiliser. « Pas facile de parler porno sur les réseaux sociaux », déplore le duo, qui ne lâche pourtant pas l’affaire.

Le couple a désormais passé la centaine de VHS au sein de sa collection, et s’affirme comme critique du milieu. « On n’a pas seulement une vocation humoristique, on se veut aussi politique, dénoncer l’hypocrisie de la censure du porno sur le net, ce que subissent les actrices au quotidien… », appuie Vagina, pointant du doigt notamment un féminisme « anti-porno » et prohibitionniste : « j’ai l’impression qu’on régresse sur la liberté sexuelle ».

D’ailleurs, lorsque l’on aborde la question de la culture du viol dans les pornos vintage, leur réponse ne se fait pas attendre : « Pour moi la culture du viol est beaucoup plus présente dans le porno d’aujourd’hui », explique Phallus, « j’entends par « porno VHS » les films scénarisés et pas le « Hard Crade » ces compilations de scènes VHS uniquement distribuées dans des sexshop à l’époque. » Jusqu’ici, le couple n’a pas été confronté à des scènes de violences dans les vhs visionnées. Pas de contrainte, d’agression ou de harcèlement. Une allusion à un viol est faite dans le film « Les nains préfèrent les blondes », et est alors mentionnée dans la critique faite par le couple :

Pour compléter l’histoire, un homme fait irruption dans la maison en demandant à être caché car il est poursuivi. Personne ne lui pose plus de questions. Tout est normaaaaaal. Et plus tard, une femme vient elle aussi rejoindre le groupe en disant que le fugitif arrivé avant avait essayé de la violer. Encore moins de réactions… OK… Euh ça parlait d’un viol quand même ! Donc nous avons deux personnes qui veulent se cacher de types dangereux, mais on n’a pas une explication, pas un détail et la bande de beatniks a l’air s’en cogner et continue à baiser tranquilou.

Critique du film « les nains préfèrent les blondes », par VHSporno.com.

Le couple reste pourtant critique du milieu dans lequel il évolue au travers de sa plume. « Nous ne nous voilons pas la face, des scènes de films pornos peuvent à raison être considérées comme culture du viol et être dérangeantes comme peuvent l’être les slashers et les films gores », soutient Phallus, « pour moi le porno doit être considéré comme les autres style, à savoir « de la fiction » ».

Du haut de ses onze chroniques, le site n’est encore qu’au début de son aventure, et promet déjà bien des surprises. « Un genre que j’affectionne particulièrement, c’est la parodie », confie ainsi Phallus, « ceux qui lisent nos chroniques savent que j’affectionne plus que tout Max, portrait d’un serial-niqueur, c’est un peu ma madeleine de Proust (j’ai usé la bande étant ado). On en a d’autres sous le coude ! » Côté Vagina, c’est le style cinématographique du porno des années 70 qui l’emporte, entre actrices « considérées comme des stars » et « très vieux films ‘clandestins’ diffusés dans les maisons closes ». À vos claviers, le programme est chargé !

Avant de vous lâcher en pleine nature et de vous laisser envelopper vos fantasmes de la première jaquette vintage venue, Phallus Gump et Vagina Sky vous dévoilent leur hotte-liste de Noël :

  • Max portrait d’un serial-niqueur, parodie de C’est arrivé près de chez vous, c’est bien joué c’est marrant et il y a plein de guests.
  • Insatiable Joséphine, film allemand de 1976. Le film est tiré d’un roman de 1906, Joséphine Mutzenbacher ou L’histoire d’une prostituée viennoise racontée par elle-même.
  • Exhibitions 1999 : un film de John B Root ou les actrices parlent librement de leurs métiers et tournent des scènes qu’elles ont écrites.
  • Empalez-Moi : un film de 1982 qui parle de la sexualité des Français et qui a plutôt une bonne morale.

Bon visionnage !

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