Sollicitation sexuelle, Facebook renforce toujours plus ses conditions d’utilisation

Internet devient un espace de plus en plus contraignant pour les travailleurs du sexe et plus globalement pour les libertés individuelles. Dernier exemple en date, la plateforme Tumblr, qui fut pendant longtemps un espace d’expression sans contraintes pour les utilisateurs et les communautés, a décidé d’effacer toute forme de nudité à partir du 17 décembre. La décision fait suite à une sanction d’Apple concernant du contenu pédopornographique disponible sur la plateforme mais qui pourrait très bien avoir été prise en amont ou être une conséquence brutale des lois SESTA/FOSTA votées par l’administration Trump cette année.

Donal Trump signant les lois SESTA et Fosta © Ricky Carioti/The Washington Post via Getty Images

Ces lois censées lutter contre « L’exploitation sexuelle » aux Etats-Unis ont déjà forcé plusieurs plateformes à fermer ou au moins à interdire de manière très stricte leur utilisation dans le cadre travail sexuel (notez bien ici la confusion faite entre « exploitation sexuelle » contrainte et travail sexuel non contraint, les deux semblant ne faire qu’un et le second ne même pas exister, alors que l’Amérique est le plus gros producteur de porno au monde). Ces lois rédigées de manière assez vague et prévues pour être rétroactives, agissent comme un puissant brouillard pour les plateformes numériques pour la plupart hébergées aux États-Unis qui n’ont plus d’autre choix que de mettre à jour leurs conditions d’utilisation pour éviter de fortes amendes ou des poursuites criminelles.

Facebook dont on connaît déjà les règles très strictes en matière de « standard de communauté » vient d’emboîter le pas en incluant un volet précis sur la « Sollicitation sexuelle » en accord avec leur politique sur « L’exploitation sexuelle des adultes« . Le site se définit lui-même comme un espace « permettant d’échanger et d’attirer l’attention sur la violence et l’exploitation sexuelle » et être un « environnement sûr » pour les victimes d’exploitation sexuelle.

D’après leurs nouvelles conditions, ils supprimeront dorénavant « le contenu qui affiche, préconise ou coordonne des actes sexuels avec des parties non consentantes ou des services sexuels commerciaux, tels que la prostitution et les services d’escorte ». Une mesure qui fait évidemment écho aux lois SESTA/FOSTA mais qui va beaucoup plus loin, puisqu’elle inclue toutes les formes possibles de sollicitations sexuelles, tarifées ou non.

Il devient en effet maintenant interdit de poster du « contenu qui se livre à une sollicitation sexuelle implicite » de toute nature qu’il soit. Visuelle, verbale, vaguement suggestive, voire artistique… peu importe la manière dont vous postez sur Facebook, si votre but est une « sollicitation sexuelle », vous ferez face à cette nouvelle censure. Ce champ d’action s’étend bien plus loin que l’échange sexuel tarifé (prostitution, escorting), puisqu’il touche à la fois les communautés fétichistes et sexuelles, la pornographie dite commerciale, et même les particuliers qui ne pourront donc pas utiliser le réseau social comme outil de rencontres ou de flirt poussé.

Ce nouvel élan puritain n’est rien que la plus pure expression de ces nouvelles lois américaines. Si les travailleuses et travailleurs du sexe sont les premiers touché·e·s par ce changement de politique, la liberté d’expression des internautes se trouve également réduite par extension. Sous prétexte de protéger les victimes d’exploitation sexuelle, c’est en fait l’ensemble de la population qui se trouve impactée, Facebook mettant dans le même panier exploitation sexuelle non consentie, travail du sexe consenti et rapport sexuel non tarifé.

Un pas de plus vers un internet polarisé où la sexualité n’a plus le droit de cité. Un nouveau recul sur nos libertés.

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