Lélé O : « Je veux partager de jolies choses, de l’amour »

Il y a un an on découvrait sur Pornhub la voix de Lélé et ses invitations à nous masturber. Celle dont le regard reste hors du cadre allait populariser en français un genre qui nous est cher : les jerk off instructions et les expérimentations érotiques et excitantes autour de l’ASMR. Partie dans cette aventure un peu par hasard, Lélé O a vite trouvé un public fidèle qui recherche à travers ses vidéos une proximité et une intimité qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Malgré un emploi du temps bien chargé pour elle, entre une apparition mensuelle au Journal du Hard, un nouveau projet de podcast érotique Voxxx et sa chaîne Pornhub à alimenter, on a pris le temps de se poser pour faire un petit bilan de rentrée.

Que dirais-tu pour te présenter façon Lélé ?
Je dirais : (parle lentement et avec douceur) Bonjour, je suis Lélé, je m’occupe du plaisir des hommes, et maintenant des femmes, en m’attaquant à leur cerveau, grâce à ma voix et à mon corps.

Tu fais des Jerk Off Instructions, une forme de pornographie sonore qui se rapproche aussi de l’ASMR. N’aurais-tu pas justement envie de faire de l’ASMR sur des plateformes plus mainstream comme YouTube ?
C’est vrai qu’aujourd’hui je pense de en plus à ma voix, surtout depuis que j’ai fait des enregistrements pour Voxxx, le site internet d’Olympe de G. J’ai adoré me retrouver dans ce studio face au micro. L’ASMR, j’y ai pensé mais je n’ai pas l’énergie pour, il faudrait développer ça un jour. Mes vidéos se font toujours un peu à la dernière minute tu sais, je ne prévois rien, j’improvise tout. 

Tu as aidé à populariser la catégorie du JOI en français. Comment l’as tu découvert ?
Quand j’ai commencé à faire des vidéos, un mec me récompensait par des cum tribute – ce sont les mots que l’on emploie lorsqu’un fan se filme en train de se toucher sur tes vidéos, filme son orgasme, en train de jouir sur l’écran. C’était quelque chose d’assez flatteur pour mon ego. Ce mec m’a donc dit : si tu veux, tu fais une vidéo JOI, et je te récompense par un cum tribute. Mais moi à cette époque, j’ai cru qu’il disait “JOY” : joie ! (elle rit). Du coup j’ai réalisé une vidéo qui est encore en ligne aujourd’hui et s’appelle “Douze coups de minuit, Joie Orgasme”, une vidéo d’orgasme où je joui, car j’ai pensé que c’était cela qu’il voulait, mais pas du tout ! Après il m’a dit : mais c’est pas du tout un JOI ! Puis il m’a expliqué. Si l’on devait traduire « JOI » je proposerai bien « Invitation à la Masturbation » ou « Guide à la Masturbation ».

Tu peux me parler du projet Voxxx ?
C’est un projet indépendant génial conçu avec la pornographe féministe Olympe de G. On a vécu un vrai coup de foudre avec Chambre 206, l’expérience sonore de l’Hôtel Amour. J’ai adoré travailler avec elle. Je m’attendais à une femme-bulldozer, une pro du porno, qui n’a pas le temps de communiquer, or elle est très douce et juste. Voxxx est fabriqué en bénévolat. Pour l’instant il y a dix épisodes. C’est un podcast masturbatoire avec tout un côté « guide » type « touche toi là, jouis pour moi » et beaucoup de douceur. La finalité de l’écoute est d’aller jusqu’à l’orgasme. Il y a plusieurs thèmes, ce que nous appelons des « Jerk Off Invitation » (et non pas Instruction), de l’invitation au plaisir, mais aussi des mecs qui lisent, se branlent, de la domination, de la « pleine-conscience« , des contenus pour se détendre. Olympe s’est occupée de financer cela et nous avons un compte Patreon. Nous en sommes déjà à trois mille écoutes. Ce podcast contient tout ce que j’aime : de la voix,  du cérébral, de l’orgasme féminin. 

Je figure dans un des épisodes, on se permet aussi des guests que l’on invite, comme Amarna Miller. Le contenu est varié et j’espère beaucoup que ça va marcher. J’aimerais bien que ce podcast devienne une référence pour certaines femmes, les atteindre, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre. Car Voxxx est un projet fait de voix et de femmes, l’orgasme féminin n’est pas toujours bien représenté dans le porno. 

Comment as-tu commencé dans le porno ?
J’ai commencé sur Pornhub par des vidéos de godes et d’orgasmes. Puis un jour quelqu’un m’a dit : “mais tu connais CAM4 ? Tu devrais aller voir !” Du coup je me suis branchée là-dessus cinq secondes et j’ai lancé mon compte. J’ai allumé la caméra, j’ai pris une douche, j’ai empoché soixante balles. Après, j’en ai fait plein. Aujourd’hui je ne diffuse plus sur Cam4, car sexuellement ça me gêne, j’ai vécu des relations entre temps, j’ai été amoureuse puis je ne l’ai plus été… Je ne suis plus dans la même exploration de moi-même. Si j’en faisais de nouveau ce serait davantage pour discuter ou si j’ai envie de faire un gros show et gagner beaucoup d’argent. Je n’aime pas me forcer à programmer des shows. 

Tu as reçu récemment les honneurs du blog Model Citizens de Pornhub. Ça s’est passé comment ?
Le bon Saint-Sernin leur a parlé de moi ! C’est un vrai influenceur !

Tu es arrivée sur Pornhub en même temps que « la nouvelle vague du porno français » (LeoLulu, Luna & James, Pépite Crapule, Louise et Martin…). Tu vois comment cette nouvelle scène ?
Je l’adore ! Quand je suis arrivée je voulais avant tout m’explorer. Comme eux, je suis en recherche de qualité dans mon contenu. On s’apporte tous des choses réciproquement. Je sais que Pornhub a ses défauts mais il nous a permis à nous, artistes, de nous lancer. Que ce soit moi ou cette « vague » je pense que nous sommes tous des “artistes du cul”.

Quelle relation entretiens-tu avec ta communauté sur le site ?
J’essaie de répondre au maximum aux commentaires. Il y en a qui sont “zinzins” et du coup je répond par des trucs zinzins. Les “merci” sont toujours hyper valorisants. Plus on commente, plus l’algorithme s’emballe, mais je le ferais aussi si ce n’était pas le cas, car je suis super contente de tout ça. C’est vrai que j’ai de temps en temps des commentaires agressifs et malveillants, et moi je suis une hyper sensible. Mais très franchement je n’en ai pas beaucoup. Serait-ce parce que mon contenu est soft par rapport aux autres ? Je ne sais pas. 

© Juebil

Tu es à la limite de l’anonymat : on ne voit pas tes yeux dans tes vidéos. C’était un choix essentiel pour toi ou c’est juste un jeu ?
Il y a des moments durant ces « JOI » où j’avais forcément envie de montrer mes yeux. Lors des tournages du JDH, je performe sur le plateau en tant que Lele, et toute l’équipe voit mes yeux. Je me suis rendue compte que c’était une partie très intime de moi-même, bien plus que mes fesses ou mes seins ! Ce n’est pas une question d’anonymat au final mais mais d’intimité. Bien sûr si tu regardes bien, tu peux entrevoir mes boucles d’oreille, ma petite chaîne dans mes vidéos. Parfois je laisse s’esquisser une petite silhouette, c’est rigolo, mais au fond c’est une question de pudeur. Si jamais l’on voit mes yeux je me sentirais “à nu”, bien plus qu’en étant totalement dénudée. C’est psychologique et intime. 

Dans cette interview accordée à Pornhub tu dis que tu ne seras jamais performeuse. Peux tu nous expliquer pourquoi ?
Parce que je ne peux pas me forcer à avoir du sexe avec quelqu’un. Même des plans cul. J’aurais beaucoup de mal avec des mecs qui sont juste là pour le cul, pas pour m’aimer ou faire des bébés. C’est à m’en rendre malade physiquement. J’ai eu beaucoup de sexe pour le sexe par le passé et aujourd’hui je suis dans une autre phase de ma vie. Mes vidéos sur Pornhub me permettent avant tout de développer mes désirs et mon imaginaire. Avec les performers cela peut être très bienveillant bien sûr, mais j’ai des limites. Aussi, je crois que j’ai une image médiatique que je veux pas trop effriter… Si je fais des scènes ce sera avec un amoureux. Ce sera très réfléchi. Je veux partager de jolies choses, de l’amour.

Il y a une demande de tes fans pour glisser vers quelque chose de plus hard ?
Certains me demandent ce genre de choses oui, mais d’autres préfèrent le côté intime et interactif. Là je ne suis pas prête à avoir un million de followers. Ma fanbase grandit doucement mais sûrement et j’ai envie de conserver mon créneau tout en allant à mon rythme. J’aime l’idée de filles un peu “rares” comme moi, qui ne glissent pas vers l’extrême, restent en dehors des fantasmes hardcore. J’aime le fait qu’un petit public privilégié consomme ce genre de contenu, des vidéos sans baise face cam’. 

Récemment j’ai fait une « Cumslutation” (la version gratuite sur Pornhub) et une « Conslutation » (payant sur Modelhub et Manyvids), une version plus hard, où je baise un gode sur un bureau. Finalement j’ai reçu plus de commentaires d’amour avec la version gratuite soft et cérébrale. Quant aux gens qui paient pour mon contenu plus hard, c’est pour me voir moi et pas une autre. Et ça ça me plait. 

Aujourd’hui, Pornhub est dans le viseur et fait l’objet de bien des débats. Beaucoup de gens dans le porno français le voient comme une sorte de Diable, de menace et de responsable du déclin de l’industrie pornographique. Qu’as-tu à leur dire ?
Que Pornhub est un géant, voire un Dieu, au niveau de l’argent et de l’influence : c’est évident que MindGeek a le monopole. Le plus intelligent serait donc de travailler avec eux et de ne pas marcher contre eux. Je ne connais pas l’origine de l’argent qu’ils génèrent, qui peut être sale, je ne suis pas dupe. Mais on est en 2018 et on a passé un nouveau stade. Diaboliser Pornhub c’est comme diaboliser les smartphones, c’est un geste inutile et dépassé. Aujourd’hui au lieu de s’opposer, il faut se demander comment on pourrait travailler ensemble. Pornhub fait beaucoup d’argent mais propose des chaînes et du contenu créatif, c’est une plateforme de diffusion qui attire un grand public.

Je crois même que Pornhub fait évoluer la société sur de nombreux niveaux. Quand tu vois Kanye West qui s’occupe de la direction artistique des Pornhub Awards, cela permet d’intégrer le porno dans d’autres domaines, de l’élargir, de faire évoluer les mœurs par rapport à ça. Bref, Pornhub c’est le futur et je pense qu’il faut être en phase avec son temps.

De l’autre côté du débat, on a le gouvernement qui réfléchit à la restriction de l’accès aux sites porno, avec évidemment les tubes en ligne de mire.
C’est mission impossible à mes yeux. L’important est ailleurs. L’État devrait balayer devant sa porte à un moment. Ces images peuvent être dangereuses pour les jeunes, mais s’ils désirent les voir ils les verront. À l’époque on pouvait très bien enregistrer les pornos de Canal+. Ce qu’il faut privilégier c’est l’éducation. Comment choisit-on d’éduquer ces jeunes qui représentent l’avenir ? Moi, le monde de demain m’effraie, j’ignore où l’on va dériver, mais vérifier l’âge des consommateurs revient à pisser dans un violon.  

Peux tu nous en dire plus sur ta rentrée au Journal du Hard ?
Je suis trop contente ! Alors depuis septembre je présente au Journal du Hard une chronique de quelques minutes, Onanix. J’introduis les films qui sont diffusés en essayant d’être un peu « fine » car je n’ai pas du tout l’habitude des pornos de Canal. A la fin j’essaie aussi de faire bander le spectateur, de l’exciter avec ma voix. De parler aux cerveaux des mecs qui matent Le Journal du Hard. Je fais aussi en sorte que cette chronique soit inclusive, de m’adresser aux femmes comme aux hommes. Pour l’instant je n’ai eu que des retours positifs. Oui, Pornhub reste ma vitrine principale, mais j’aime cette expérience, l’équipe est géniale, et ils sont même plus prudes que moi ! Pour moi c’est chan-mé comme truc : j’ai commencé à me filmer dans ma chambre et aujourd’hui je passe sur Canal ! (rires) 

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?
Rester dans le milieu. C’est celui qui me fait vibrer.

Photo en une : © Juebil

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