Marie-Léa Kinka : « La sexcam est aussi ma manière de combattre les clichés et militer pour une société inclusive »

Marie-Léa Kinka n’est pas facile à définir. Entrée dans le game de la sexcam en 2017 sur les sites Cam4 et Eurolive puis sélectionnée pour les EroAwards en novembre de la même année, elle est élue en 2018 meilleur modèle d’Europe de l’ouest (Best West European Model). C’est ce que l’on appelle une ascension fulgurante pour celle qui en 2006 est devenue paraplégique, et qui se définit elle-même sur son compte Twitter en tant que « Camgirl française handi en fauteuil ». (Disabled French cam girl in wheelchair). Mais rentrons tout de suite dans le vif du sujet, avec l’une des personnes qui – en France – permet de donner le plus de visibilité au handicap dans le porn.

Tu as donc été élue « Best West European Model » aux EroAwards 2018.
Oui, et en plus je suis « vieille » ! J’ai 41 ans.

Tu penses que l’âge a été un handicap plus important que le fauteuil ici ?
Disons qu’aux EroAwards, celles qui ont gagné dans des catégories équivalentes à la mienne sont beaucoup plus jeunes. J’ai été finaliste dans 4 catégories. J’ai été face à des filles qui étaient plus jeunes, plus expérimentées, et valides ! Alors à l’annonce des résultats ça m’a fait super bizarre, j’avais du mal à le croire en toute sincérité… surtout gagner ce titre ! Tout au plus j’espérais être finaliste dans « best boobs » ou  « best pussy » que je considère comme mes points forts.

Et le fait que tu sois handi, ça a joué ?
Aucune idée. Sachant juste que l’on a massivement voté pour moi, et ce dans pas mal de catégories différentes, je te répondrais que « non ». Et puis tu sais, tout le monde n’est pas forcément au courant, la plupart de mes followers ne lisent pas ma biographie. Ils préfèrent apprécier les images…

D’accord ! Pour être tout à fait honnête, ça a été l’inverse pour moi, je lis d’abord la bio, ensuite je regarde les images. En considérant le tout, je me suis dit « Cette femme est handicapée, elle fait de la sexcam, elle réussit à s’imposer dans le porn pour ensuite faire comme si de rien n’était par rapport à sa situation ». Je vais te dire que j’ai vraiment trouvé intéressante ta posture de militantisme passif, une posture nous proposant le message suivant : « ok, je suis en fauteuil, mais ce n’est qu’une partie de moi, je ne suis pas que handi, je suis aussi sexy et je peux te plaire, et c’est ça le plus important ».
Oui, c’est tout à fait ça ! C’est ma façon à moi d’apporter ma pierre à l’édifice. Et c’est aussi ma manière de combattre les clichés, de parler validisme, et au final de militer pour une société inclusive… y compris dans le porn d’ailleurs, où les personnes en situation de handicap sont plus qu’absentes !

Et ta fan base, ils sont au courant ? C’est un fétichisme pour eux le handicap ?
Je dirais qu’ils découvrent. Tu sais, parfois quand je suis en live, je me retrouve à faire un cours complet en expliquant pourquoi je ne peux pas faire de show urophile par exemple, et tout le monde écoute !

Vraiment ? Je ne sais pas si tu te rends compte de la performance. Je veux dire, de réussir à parler du délicat problème de l’incontinence urinaire chez certaines personnes en situation de handicap avec des gens simplement là pour fapper … et qu’en plus l’on t’écoute ! Encore une fois tu dédramatises énormément de choses.
Oui, tout à fait. C’est important d’expliquer les choses car je pense que le rejet des personnes « différentes » vient en grande partie de l’ignorance.

Et as-tu des filles en situation de handicap qui te contactent ?
Oui, certaines me demandent des conseils, mais là ça se passe en messagerie privée. Je fais mon maximum pour aider et rassurer, c’est avec grand plaisir que je le fais.

Bien, revenons-en aux basiques : comment en es-tu venue à la cam ?
J’ai toujours travaillé dans le milieu du porn. Plus jeune, j’ai été peep-show girl. Ce boulot, je le considère un peu comme l’ancêtre des shows en live. A l’époque, il fallait mettre des pièces pour qu’un rideau se lève afin de voir la performance. Ça, je l’ai fait au Benelux. Il y a un an, quand travailler est devenu une nécessité pour moi, choisir la cam me paraissait être le prolongement naturel de mon activité d’origine.

Toi qui as connu les deux, qu’est-ce qui change fondamentalement ?
Principalement, je dirai le fait que ce soit virtuel. Avant, nous partagions le même lieu de vie avec les autres modèles. On mangeait, dormait, travaillait ensemble H24 pour une durée moyenne de deux semaines, ensuite, on changeait de ville et c’était reparti pour deux autres semaines. Et puis, il y a aussi les réseaux sociaux. Avant, je n’avais aucun compte. De mon temps, on envoyait nos descriptions et photos par courrier !

Quelle est ta conception de la cam ?
Pour moi, la cam te permet de réaliser une performance qui dans l’idéal doit être la plus artistique et esthétique possible. J’y vois aussi l’occasion de repousser ses propres limites en proposant de nouvelles choses ; et surtout la relation avec les viewers est unique en son genre, j’adore quand ils sont joueurs….

Joueurs ?
Oui, quand ils jouent le jeu, ils donnent des tips pour faire vibrer les sextoys connectés à ma room, pour me donner beaucoup de plaisir bien sûr, et pour atteindre les objectifs successifs ! Tu sais, être camgirl c’est un métier, j’en profite pour le rappeler. Et comme chaque travail, il mérite rémunération. Et oui ! Nous aussi, les camgirls avons un loyer à payer… sans oublier l’investissement personnel que cela implique, comme publier quotidiennement du contenu sur les réseaux sociaux par exemple.

Est-ce qu’il y a une personne dans le milieu de la cam qui t’inspire ?
J’admire le travail et la personnalité de Charlie F. Elle a un contenu remarquable sur son site. Et tu sais quoi ? C’est grâce à ses vidéos pédagogiques que j’ai appris à squirter !

Aimerais-tu un jour passer de la cam à un autre moyen d’expression, comme le film porno par exemple ?
Ce métier me plait donc je n’envisage pas de faire autre chose pour l’instant. Concernant les films, ce n’est pas mon job, et en toute honnêteté je pense que les contraintes liées à mon handicap ne sont pas compatibles avec celles d’un tournage de film X.

Penses-tu qu’aujourd’hui, il existe des barrières (volontaires ou non) à l’entrée des personnes en situation de handicap pour intégrer la production d’un film porno ?
Oui, on peut le dire ainsi. Il faudrait accepter beaucoup de choses pour m’intégrer dans un tournage : le fait que je sois capable d’assurer certaines positions, et pas d’autres. Ou que je puisse faire mes soins infirmiers, car ils sont à heures fixes. Tu imagines toute une production adapter ses horaires aux miens ? Pas moi ! Et beaucoup d’autre choses encore…

Ton tag préféré ?
Moi, mes tags, ce sont ceux des promoteurs amateurs de camgirls qui en font un max pour moi et/ou que j’apprécie tout particulièrement. C’est une façon de les remercier pour leur soutien.

Et sinon ?
Oui, je te vois venir, tu attends un hastag ? Mon préféré, c’est #HotPersonInAWeelchair.

On arrive à la fin de cette interview, as-tu quelque chose à ajouter ?
J’ai envie de te parler de l’appui de mes collègues, c’est important car ça m’encourage à continuer. Beaucoup me contactent pour me soutenir. Ils me disent un tas de belles choses très touchantes !

Photos en une : issues du compte Instagram de Marie-Léa Kinka

4 commentaires Voir les commentaires

  • Alors déjà merci Lea pour la mention.
    Secundo quand tu dis, Lea, le soutien des collègues, je vais parler pour moi, mais épauler quelqu’un de bien qui fait ce taf (car oui oui c’est un métier la preuve on paye l’urssaf) avec coeur et avec intelligence c’est toujours un plaisir.

    Plus que tout ce qui me plait chez toi c’est que tu es une humaine avant d’être une femme camgirl ou handy. D’ailleurs cette partie là est super secondaire je crois.

    Quand aux viewers qui écoutent je crois que justement les mecs/meufs ne viennent pas voir une camgirl juste pour se branler mais justement parce que c’est un humain !
    Ils viennent chercher du lien, du vivant et comme pour aller chercher une baguette ils discutent avec la vendeuse… et reparte avec leur baguette (bien fapper justement) ;)

    Perso je suis toujours surprise de faire régulièrement des cours d’éducation sexuelle et ou les 200/300 personnes présentent écoutent et posent des questions intelligentes.
    Bon y en a toujours 2/3 qui sont bannis faut pas déconner non plus

  • Excellent article, je ne connaissais pas cette cam girl, c’est super de mettre la lumière sur elle.

  • Très bon article, l’arme parfaite contre les clichés

  • Ont peut être que impressionner de sont parcours a Marie
    Dans milieu de la cam. Suis un fidèles followers a elle sur Twitter

    Belle interwiew. Vraie que métier et la fois dure mais aussi tellement excitant
    Ont les voit derrières nos écran portable . La passe de belle chose
    Aussi bien à faire connaissance mais aussi de passer de bon moments cliente.

    Finirais la camgirl n’est pas que une vide couille
    Après avoué que ça m’arrive aussi de caresser . Humain .

    Bravo à toi . Marie

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