La Virginité passé 30 ans de Toshifumi Sakurai

Toshifumi Sakurai, mangaka remarqué pour Ladyboy vs Yakuzas, revient avec un titre surprenant : La Virginité passé 30 ans – sous-titré Souffrances et désirs au quotidien. Si ce nouvel effort lui permet de dessiner un de ses thèmes de prédilection – des petits hommes laids aux forts désirs sexuels – on est loin des délires déjantés de ses précédents albums. C’est après la lecture d’un reportage du journaliste Atsuhiko Nakamura sur les « puceaux tardifs » – phénomène grandissant au Japon jusqu’à devenir un problème de société, touchant un quart de la population – que le dessinateur a décidé de les adapter. Tous les chapitres sont d’ailleurs suivis d’un texte replaçant leur portrait dans leur contexte en apportant d’autres détails sur les personnages.

Si les premiers récits sont moqueurs, avec un quarantenaire au physique aussi repoussant qu’il est bête, harcelant et insupportable, on découvre vite que le sujet est plus fin que ça. Ainsi, un des sujets décrits est plutôt beau garçon, mais socialement inapte, persuadé que le monde le déteste et qu’il est physiquement repoussant. Un autre explique la difficulté qu’il a eue à s’adapter aux normes, mais le récit montre comment il devient heureux en se passionnant pour des groupes de chanteuses pour adolescentes. On peut trouver ça malsain, mais de tous, il apparaît comme le plus épanoui, ne faisant pas de mal à une mouche.

C’est bizarrement aussi le cas de cet autre puceau qui libère sa frustration dans la haine en ligne et la fachosphère, avant d’en revenir – grâce au hasard d’un club de lecture – et de réussir à avoir un recul saisissant sur lui-même, allant même jusqu’à parcourir le Japon pour donner des conférences sur le sujet des puceaux tardifs. Étonnamment, la grande absente de tous ces récits reste : la pornographie.

On la retrouve seulement dans un chapitre, le plus franchement tragique – même si ce n’est pas lié au porno. Dans ce dernier, le personnage principal veut absolument devenir célèbre. Pour cela, il tente plusieurs carrières différentes puis devient quasiment fou en constatant qu’en perdant ses cheveux il ne pourra jamais séduire à temps. Il se lance alors dans le porno et passe un casting en répondant à une actrice désarçonnée qui lui demande ses motivations qu’il « veut être connu ». Il est alors embauché, mais pour un rôle atypique : celui du mec qui arrive et qui dégoûte tellement l’actrice qu’elle le repousse. Malgré une carrière de plusieurs années dans le porno, il n’aura jamais de relations sexuelles, sa santé se dégradant au fur et à mesure, autant sur le plan physique que mental. Ce type d’acteur « non performer » existerait dans la scène porno underground, même si j’avoue être un peu surpris par ça. Le chapitre reste saisissant et serre franchement le cœur.

On peine parfois à croire à la réalité des portraits de Toshifumi Sakurai et pourtant tout est bien crédible et basé sur des entretiens volontaires. Ce sont souvent les puceaux eux-mêmes qui ont contacté Nakamura, faussant sans doute la représentativité. Ce manga inattendu est un étrange ouvrage de vulgarisation journalistique. Sakurai charge parfois la caricature, mais réussit à rester à sa place, loin des exubérances qu’on lui connaît. Le lecteur assiste alors à un déroulé implacable des témoignages qui, loin du potache imaginé au premier abord, secouent durablement.

La Virginité passé 30 ans
Toshifumi Sakurai & Atsuhiko Nakamura
Akata, 13,50 €
9782369743018

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