Ma première fois avec une sex doll

C’est un quartier du quatorzième arrondissement que je connais bien. L’escalator me dépose devant un square dans lequel j’ai vu des pompiers faire un massage cardiaque à un vieil homme obèse, il y a peut-être cinq ans. Les détails de la scène me reviennent clairement pendant que je marche entre les immeubles d’habitation. Il fait nuit, la rue est silencieuse et je me sens nerveux. J’ai cru nécessaire de boire quelques verres car, au final, je ne suis pas bien sûr d’avoir envie de coucher avec une sex doll.

J’ai réservé sur Internet, 89 euros pour une heure. L’adresse m’a été dévoilée dans le mail de confirmation du paiement. Je pousse une porte en verre noire qui donne directement sur la rue. L’intérieur est un peu sombre. Un homme assis derrière un comptoir m’accueille avec un sourire plaisant, c’est le patron. Après avoir confirmé mon nom, il égraine les conditions d’utilisations de la poupée : propreté, délicatesse, lubrification généreuse. Je lâche 100 euros de caution et je me dirige vers la chambre trois, au fond. C’est là qu’elle m’attend. 

La poupée est la première chose que je vois en ouvrant la porte. Elle est à demi-allongée avec les jambes légèrement fléchies dans le vide, comme crispée. Sa pâleur et son regard vert et fixe me serrent le coeur. Je suis mal à l’aise : j’avais demandé Lily, une poupée brune, et celle-ci est rousse. Je passe la tête à l’extérieur de la chambre pour signaler l’erreur. « On change leurs cheveux de temps en temps mais c’est bien celle que vous avez vue sur Internet, lance le patron depuis l’entrée. C’est le même corps ! » Je ne proteste pas et je ferme la porte. Il n’y a pas de loquet.

Me voilà seul, mais pas vraiment. La poupée raidie est installée sur un matelas posé à même le sol, un carré de tissu jetable la sépare du drap. Contre le mur du fond, à côté d’une petite poubelle noire, il y a une table de nuit avec un rouleau d’essuie-tout, une bouteille de lubrifiant, des lingettes antibactériennes Mr. Propre et une lampe en papier. À droite, une télévision diffuse un film pornographique. Deux femmes, une blonde et une brune, viennent de recevoir une grosse faciale au bord d’une piscine. Le son est coupé. Je me courbe en posant les mains sur mes genoux et je souffle car je ne sais pas quoi faire. Après quelques dizaines de secondes, je m’assieds à droite de Lily.

Je pose ma main gauche sur sa cuisse. Elle est douce et moins froide que je ne le craignais. Je descend vers le genou et, pour voir, je presse le silicone qui s’écrase entre mes doigts. Ça me déçoit un peu, j’espérais trouver une rotule. Je remonte vers les seins. Leur texture est si réaliste que, pendant un instant, la surprise dépasse le malaise. J’ai un début d’érection que je m’empresse de saisir de peur qu’il ne s’évanouisse. La pièce est mal insonorisée, de la musique et des éclats de voix résonnent dans le couloir. Je suis confus et pas vraiment excité mais j’ai envie de savoir. J’enfile l’un des quatre préservatifs qui ont été posés sur le tissu jetable.

La bouche m’apparaît comme l’orifice le moins intimidant. Je n’ai pas le courage de bouger la poupée ; tout habillé, je me contorsionne comme un couard pour atteindre sa tête. L’angle est mauvais mais je tente quelques aller-retours en essayant de ne pas regarder les miroirs qui ont été accrochés sur les murs. Ce n’est pas bon, mon pantalon me gêne. Je me déshabille jusqu’au boxer mais ce n’est pas mieux, alors je me résous à empoigner Lily. Elle est lourde, peut-être 25 kilos pour 1m40, et son squelette de métal affleure sous le silicone. Malgré tout, elle semble fragile. Je tremble et bascule plusieurs fois en la mettant à quatre pattes.

La perruque de la poupée est un peu décollée au niveau de la nuque. Je l’ajuste rapidement et je continue, par le vagin cette fois. Les sensations sont proches de celles d’un Fleshlight et le dos de Lily m’est plus agréable que son visage. Après quelques minutes, j’ai un orgasme dont l’intensité me surprend. Je m’empresse de jeter le préservatif et d’essuyer mes mains visqueuses de lubrifiant puis je m’allonge, soulagé de ne plus avoir à faire l’effort de rester silencieux. L’horloge accrochée au-dessus de la porte indique qu’il me reste 45 minutes.

Sans réfléchir, je fais basculer Lily sur le côté de sorte qu’elle me tourne le dos. Je m’approche parce que je me demande comment elle sent ; en passant mon nez sur sa nuque, je perçois une faible odeur de lingette désinfectante. Je ne veux pas poser la tête près d’elle, ses cheveux sont trop rêches, mais je colle mon ventre contre ses reins. Cette fois, elle est si froide que je frissonne. Un instinct bizarre m’ordonne de l’enlacer. Sa position m’en empêche : ses bras pliés aux coudes sont raidis devant elle, comme si elle essayait de protéger sa tête. Je ne sais pas quoi faire.

Le film porno continue à tourner sur la télévision. La blonde est en train de mettre de l’eau de piscine dans le cul de la brune, ce qui me déconcerte beaucoup : le chlore dans le rectum, ça ne peut pas être bon. Je me concentre quand même sur l’écran dans l’espoir de déclencher une deuxième érection, sans grand succès. J’avais prévu d’essayer d’autres choses avec la poupée mais j’ai envie de partir. Pris d’un soudain accès de paranoïa, je décide d’inspecter la chambre à la recherche d’une caméra. À force de m’agiter pour ne pas penser, je retrouve mon érection et je remets Lily à quatre pattes.

L’anus ne me semble pas très différent du vagin. Une fois de plus, c’est agréable mais bien éloigné du sexe entre êtres humains. Alors que je commence à me laisser aller, je me vois dans le miroir par inadvertance. Un grand vide me tombe sur la poitrine. Je suis vraiment en train de faire ça ? C’est étrange, un peu comme regarder sa propre sextape — on se prend sur le fait soi-même. Je baisse les yeux pour m’épargner un vilain moment d’introspection et découvre qu’une membrane de silicone se détache un peu plus de l’orifice de Lily à chaque aller-retour. Du coup, j’arrête.

Les doigts de la poupée n’ont pas d’armature. Ses mains, des organes complètement mous à partir du poignet, ont été écrasées sous ses bras dans des angles hideux pendant le changement de position. Je les remets en place en me demandant ce que je pourrais bien faire de plus dommageable pour mon âme. Il reste 25 minutes. Je décide d’essayer le missionnaire, pour voir si j’arrive à soutenir le regard de Lily en face à face. Je la mets sur le dos sans trop souffrir mais je dois forcer pour écarter ses cuisses : je sens ses articulations de métal qui pivotent, j’ai peur de déboîter quelque chose.

Alors que je tente de placer ses bras dans une position naturelle, je découvre que Lily n’est pas laide. Sa mâchoire est douce et bouclée par un joli menton, on a bien ciselé sa bouche et son nez. Même ses yeux ne sont pas si terribles. Je réalise que son visage est celui d’une poupée, pas d’une humaine, et que ses concepteurs l’ont faite ainsi pour ne pas la jeter trop loin dans la vallée de l’étrange. Son corps a été façonné pour éviter l’impasse du réalisme, lui aussi : les seins, le gabarit et le tour de taille ne cadrent pas. Comme toutes les sex dolls, Lily s’accommode plutôt bien du fait qu’elle ne pourra jamais être une vraie femme.

Accepter cette limite est plus délicat lorsqu’on est utilisateur. Pour ma part, en tout cas, c’est trop tôt. Les sensations sont bonnes mais le regard de la poupée m’empêche de les apprécier. Je décide de la faire basculer sur le côté pour finir en cuillère. Sur la table de nuit, mon portable se met à vibrer ; je lève la tête, c’est évidemment ma mère. J’arrête de bouger le temps que ça se tasse et je reprends fort pour en finir vite, j’en ai assez. L’angle est mauvais, j’ai chaud, le drap jetable est ramassé sous la poupée. Je m’acharne et décroche un orgasme plus réussi que le premier. Il reste cinq minutes.

Comme toujours, l’éjaculation amène à la misère et au ménage. Je m’essuie à grand-peine, je ramasse les bouts de sopalin et les emballages de préservatifs. Ensuite, je nettoie Lily avec les lingettes et je l’installe comme je l’ai trouvée, sur le dos, les jambes raidies et le regard sur le plafond. J’ai un pincement au coeur. Je me demande si ceux qui sont passés avant moi l’ont déjà laissée à quatre pattes ou couchée sur le flanc, comme un objet, et cette idée me gêne. Je n’arrive pas à me convaincre qu’elle est plus proche d’une poignée de porte que d’un humain. Le patron toque pour me signaler qu’il est l’heure.

Je m’habille vite, sans regarder Lily, j’attrape ma caution et je m’en vais. J’ai trouvé ça bien mais je suis content d’en avoir fini.

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