The Hoochie Coochie, jamais deux sans trois

The Hoochie Coochie, éditeur venu du fanzinat et récompensé à deux reprises par le Prix BD Alternative d’Angoulême, publie depuis plus de quinze ans des BDs étranges en tous genres. De l’adaptation de fables russes en papiers découpés aux délires BDSM de Joko en passant par les dialogues fascinés de deux guerriers ou des BDs franchement expérimentales, leur catalogue est d’une richesse rare. Parmi leurs travaux récurrents, la massive revue annuelle Turkey Comix, point de jonction de tous leurs intérêts, et la collection « 3 », à laquelle appartient ce titre. Elle présente trois récits de trois auteurs différents, dont les univers sont assez proches pour se répondre.

Le sixième numéro accueille Sarah Fisthole, Danny Maltais et Mike Diana. Les deux premiers sont des habitués de la revue de la maison d’édition, le troisième une star de la BD trash, rare auteur américain condamné pour obscénité. Le thème donné par l’éditeur était « SATAN », visiblement les participants le lient tous automatiquement au cul. « Je pensais avoir écrit “secte” dans l’appel à projet, peut-être ont-ils lu “sexe” », confesse l’éditeur…

Nous voici donc face à trois histoires d’une quarantaine de pages emplies de stupre, de violence et de diverses sécrétions. D’Os et de peau, ou comment Satan m’a baisée aimée (lui), de Sara Fisthole, en forme de fausse autobio nous parle d’une femme qui sexe sans passion et se remémore quand, adolescente, Satan l’a violée. Étonnamment, le récit finit par être plutôt léger, le dessin embrouillé est très séduisant, mais peu excitant.

Vient alors La Nuit où Sugarpop baisa la femme du diable, de Mike Diana. Sans la moindre surprise le fou furieux Floridien utilise son dessin volontiers naïf pour évoquer des scènes dantesques où des démons à bites gigantesques crachent feu et foutre. Pour que chacun soit égal Sugarpop, humain légèrement dépassé par les événements, ira aussi se promener dans un vagin. Des vues gynéco au-delà de l’extrême.

Le livre se conclut avec Kermesse, du québécois Danny Maltais. Membre d’une secte entièrement tournée sur le sexe le plus crade, notamment zoophile, une famille voit leur garçon obtenir le droit d’entrée. Par ailleurs, le gourou leur annonce que leur fille sera sacrifiée dans la soirée. Très flippant par ce avec quoi il joue (autant le garçon est adulte la fille est clairement plus jeune), l’orgie qui s’en suit est particulièrement intéressante. Alors que l’on s’attend à un trash pour le trash, les tensions se renversent et si les morts pleuvent la petite fille est loin d’être une victime et se venge joyeusement. Une séquence fascinante d’horror-porn qui ne manque pas de critiques sous-jacentes des processus d’endoctrinement.

En discutant avec l’éditeur, il expliquait avoir eu envie de « faire un genre d’attentat à la pudeur, une giclette de sperme dans la face du bon goût ». J’ignore si le livre choquera grand monde, il y a peu de chance qu’il arrive par hasard dans les mains des lecteurs, mais il est assurément réussi. Drôles, jouissifs et pertinents, ces porns-trash-sataniques sont souvent un peu trop parodiques pour être réellement masturbatoires, mais ils explorent le sexe avec une curiosité qui fait plaisir. Un livre fort joli et pas très cher, qu’on s’amusera à oublier sur la table basse du salon quand on aura des invités.

3 # 6, The Hoochie Coochie, 112 pages, 12 € 978-2-916049-65-6

 

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