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Digital Economy Act : quel avenir pour le porno au Royaume-Uni ?

Sale ambiance pour les internautes d’outre-Manche. Le 27 avril dernier, le Digital Economy Act a reçu la sanction royale : par approbation de la Reine, ce texte présenté au Parlement par l’ancien secrétaire d’Etat à la culture John Wittingdale en juillet dernier est devenu une loi. Comme prévu, les pornographes vont en baver.

Premier changement : les sites X accessibles au Royaume-Uni sont désormais tenus de contrôler rigoureusement l’âge de leurs visiteurs. Un organisme régulateur qui reste à nommer sera chargé de veiller à l’application de cette mesure. Les contrevenants risquent des amendes allant jusqu’à 250 000£ (près de 290 000€), ou 5% de leur chiffre d’affaires. 

John Wittingdale

Les principaux intéressés n’ont pas tous réagi de la même manière. Si le vice-président de Pornhub, Corey Price, a dénoncé une loi “complètement inacceptable” dans un communiqué publié par The Next Web, le géant MindGeek (propriétaire de Brazzers, Reality Kings et Pornhub, entre autres) s’est empressé de dévoiler son sytème AgeID.

D’après le site Inverse, AgeID va permettre aux internautes britanniques de créer un compte qui garantit leur majorité auprès des sites pour adultes. “Vous pouvez imaginer les quantités de données que va récolter MindGeek grâce à ça, avertit l’activiste et performeuse Pandora Blake. Où cliquent les gens, quelles pages ils visitent, pour quoi ils payent”. Le géant du X a assuré qu’AgeID “ne pouvait pas voir et encore moins stocker de la data”.

Harriet Sugarcookie

Les internautes qui choisissent de ne pas utiliser AgeID devront sans doute se soumettre à de nombreuses procédures. Le tabloïd The Sun parle de vérifications par carte de crédit, numéro de téléphone portable ou même par contrôle d’identité dans les bureaux de poste. “Je pense qu’une base de données des habitudes pornographiques des internautes va voir le jour, a déclaré la productrice Harriet Sugarcookie, et que son piratage ne sera qu’une question de temps”.

L’autre mesure anti-X phare du Digital Economy Act interdit les images “extrêmes” à compter du mois de mars 2018. D’après l’article 22 de la loi, est “extrême” tout contenu “scandaleusement offensant, dégoûtant ou d’un quelconque caractère obscène”. Sont également considérées comme “extrêmes” les représentations d’un acte “qui menace la vie d’une personne” ou “qui aboutit, ou est susceptible d’aboutir, à une blessure sérieuse à l’anus, aux seins ou aux parties génitales”.

Myles Jackman

Ces articles brossent large, sans doute pour faciliter les poursuites. « La définition des actes sexuels susceptibles de causer la mort est incroyablement vague, explique Myles Jackman, avocat spécialiste de l’obscénité et directeur de l’ONG de défense des droits numériques Open Rights Group, dans Metro. Cela pourrait inclure des pratiques simulées comme l’asphyxie, par exemple »

Cette charge contre la « pornographie extrême » aura sans doute des effets dévastateurs sur la production fétichiste. En décembre 2014, les législateurs anglais avaient déjà fait interdir la distribution numérique de films qui représentent des pratiques jugées moralement dommageables ou dangereuses, comme le fisting, la strangulation, mais aussi l’éjaculation féminine. Résultat : des studios asphyxiés, des professionnels ruinés et des consommateurs laissés pour compte. 

Matthew Hancock

Malgré l’absurdité de la situation, les amateurs de pornographie fétichiste anglais restent silencieux. Seuls les professionnels s’expriment en public ; après tout, quel quidam oserait dévoiler son goût pour la fessée sur les réseaux sociaux ? Au milieu de ce silence gêné, lords et députés anti-X se félicitent : enfin, les enfants vont être à l’abri. « Je suis ravi que le Digital Economy Act soit devenu une loi, a déclaré le Ministre de la culture et du numérique, le conservateur Matthew Hancock. Il va permettre (…) aux enfants d’être mieux protégés sur Internet ».

La protection des plus jeunes était au coeur de l’argumentaire des défenseurs du volet anti-pornographie de la Digital Economy Act. Le sous-secrétaire d’Etat à la culture, aux médias et au sport, le conservateur Thomas Ashton, l’assurait encore pendant les débats à la Chambre des Lords : « Le but de notre politique est la protection de l’enfance, pas la censure ». Les détracteurs de la loi n’en croient pas un mot.

Thomas Ashton

L’organisme qui sera chargé de veiller à l’application du Digital Economy Act auprès des pornographes aura beaucoup de pouvoir. Libre à lui de distribuer les amendes, mais aussi d’obliger les fournisseurs d’accès à Internet à faire disparaître les sites qui n’ont pas adopté de système de vérification d’âge. D’après l’Open Rights Group, il pourra également censurer les contenus qu’il considère comme « non-conventionnels » et obtenir le bloquage des comptes Twitter affiliés aux sites contrevenants.

On pourrait être tenté de prétendre que cet assaut contre le X est consigné outre-Manche, que la France n’est pas concernée. Malheureusement, c’est faux. Laurence Rossignol, l’ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, s’était déclarée en faveur de mesures similaires à celles des Conservateurs anglais. Reste à savoir si le gouvernement d’Edouard Philippe reprendra le flambeau.

D’ici-là, rappelez-vous de l’avertissement de Myles Jackman : « La pornographie est la première liberté à mourir »

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