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La pêcheuse de perles et les pieuvres libidineuses d’Hokusai

La peinture, comme tous les arts, c’est très subjectif, les réactions et les affinités éventuelles dépendent vraiment de chacun. Mais il existe certaines œuvres qui ne laissent personne indifférent et deviennent ainsi des classiques. Le Serbe vous recommandait de vous intéresser au shokushu dans les Gifs de la semaine n°168 et, heureux hasard, le Tag Parfait vous présente aujourd’hui une œuvre majeure du porn art que vous ne connaissez peut-être pas si bien que cela. Voici donc le chef d’œuvre mal connu d’Hokusai : Tako to Ama.

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Le grand squirt

Injustement nommée « le rêve de la femme du pêcheur » en occident, Tako to Ama (littéralement « les pieuvres et la pêcheuse de perles ») est une estampe de Katsushika Hokusai (1760 – 1849). Artiste japonais aux multiples pseudonymes connu pour ses séries de peintures et d’estampes, notamment l’iconique vague de Kanagawa – l’une de ses 36 vues du mont Fuji. Loin de se contenter de représentations de paysages et de personnages contemporains, Hokusai fut aussi un prolifique créateur de shunga – terme générique qui englobe les estampes et dessins érotiques de l’époque. Une catégorie d’oeuvres d’art qui a fait la renommée du Japon chez les amateurs de porn au début du siècle.

Contrairement aux peintures plus classiques n’existant qu’en un seul exemplaire, Tako to Ama fait partie d’une série de trois livres érotiques publiée pour la première fois en 1814 sous le nom de Kino no Komatsu (les jeunes pins). Prévue dès le départ comme une illustration parmi d’autres dans cette série, elle mesure seulement 19 sur 27cm, soit à peine une feuille A4. La technique d’estampe utilisée, très courante à l’époque, consiste à préparer un dessin de base sur papier puis à le reproduire sur des plaques en bois en les creusant à la main, chaque couleur de l’illustration ayant sa plaque dédiée. Les applications successives sur le papier forment alors l’image finale. Un procédé qui permet au plus grand nombre de profiter de reproductions d’oeuvres de qualité, érotiques ou non.

Si Hokusai était né dans les années 2000...

Si Hokusai était né dans les années 1980…

Inspirée par le conte de Tamatori, une histoire populaire de l’époque d’Edo, la scène nous montre la pêcheuse de perles et les pieuvres en train de passer un bon moment au milieu des rochers. La présence de ces roches vertes d’algues renforce ainsi l’ambiance marine et inhabituelle de l’action. Le cadre classique des shungas, avec les tatamis et les futons, aurait évidemment été plus confortable pour la dame mais bien moins pour les performeurs céphalopodes. Entièrement nue avec ses longs cheveux noirs, elle s’abandonne totalement à ses deux amants. Les yeux clos et la tête rejetée en arrière, elle nous donne une impression de plaisir intense.

À droite, le plus gros poulpe lui prodigue un cunnilingus magistral avec son bec tout en lui caressant le corps de ses tentacules. Des attentions auxquelles elle répond en agrippant fermement vers elle deux des appendices de son partenaire au lieu de les repousser. A gauche se trouve un congénère plus petit, son fils en l’occurrence, qui l’embrasse et flatte le cou et le sein gauche. Dessinée avec le style propre aux estampes de l’époque, Tako to Ama nous offre un contraste saisissant entre le classicisme du dessin et l’originalité de la situation. Même si les vieux routards du hentai habitués aux tentacules, aux inséminations et autres joyeusetés trouveront la scène éventuellement naïve. Pour compléter l’ensemble, toute la partie supérieure est couverte de textes qui décrivent le dialogue entre les protagonistes et permettent de replacer l’oeuvre dans son véritable contexte – bien différent de celui que nous croyons deviner.

Quand les femmes prennent le contrôle dans Mad Men.

Quand les femmes prennent le contrôle dans Mad Men.

Quelqu’un qui verrait cette illustration pour la première fois serait tenté, pour peu qu’il connaisse le hentai, de faire un parallèle avec le tentacle porn moderne. Ce serait compréhensible mais un peu faux. Si les deux mettent effectivement en situation femmes et tentacules, la comparaison s’arrête ici. Là où Tako to Ama est le fruit de la liberté accordée à Hokusai de créer selon son bon vouloir, il faut rappeler qu’à la base le tentacle porn est le fruit d’une censure exercée contre les auteurs dans le Japon de l’après-guerre. L’interdiction de représenter des pénis ayant poussé les dessinateurs à trouver des palliatifs visuels. Il est toutefois accepté que si des artistes du niveau d’Hokusai ont pu créer ce genre de visuel, il était logique qu’un jour d’autres le fassent.

L’autre méprise habituellement faite est de considérer qu’il s’agit d’une relation non consentie entre la femme d’un pêcheur et des pieuvres plus entreprenantes que la moyenne. D’une part, aucune mention d’un quelconque pêcheur dans le titre ou le texte n’existe, ce qui est au mieux une interprétation erronée et au pire un choix sexiste qui définirait la femme par sa simple relation maritale. D’autre part le texte nous éclaire grandement sur ce qui se passe vraiment et notamment le fait que la pêcheuse n’est pas la victime gémissante de nos hentais modernes. Le conte évoqué plus haut est d’ailleurs rappelé par la mention du dragon Dieu de la mer dans ces écritures dont voici mon humble traduction en français (source anglaise) :

Grosse pieuvre : Mon souhait est enfin devenu réalité, ce jour parmi tous les autres je t’ai finalement dans mon étreinte ! Ton fruit est mûr et plein, si merveilleux ! Supérieur à tous les autres ! Le sucer et le sucer et le sucer encore. Après l’avoir fait magistralement, je t’emmènerai dans le palais du dragon Dieu de la mer où je t’envelopperai. « Zuu sufu sufu chyu chyu tsu zuu fufufuuu… »
Femme : Odieux poulpe ! Ton aspiration à la bouche de mon ventre me fait suffoquer ! Aah ! Oui… c’est… là !!! Avec les ventouses, les ventouses !! A l’intérieur, tourne et retourne, oooh ! Oooh ! C’est bon, ooh c’est bon ! là, là ! Làààà ! C’est booonnn ! Hooouuu ! Aaah ! C’est bon, c’est bon, aaaaaahhh ! Pas encore ! Jusqu’à maintenant c’était moi que les hommes traitaient de pieuvre ! Une pieuvre ! ooh ! Pfiuuuu ! Comment peux-tu… !? Oooh ! « yoyoyooh, saa… hicha hicha gucha gucha, yuchyuu chyu guzu guzu suuu suuu… »
Grosse pieuvre : Mes huit membres pour t’entortiller avec ! Comment l’apprécies-tu de cette façon ? Ah, vois ! L’intérieur est gonflé, humide des chaudes eaux du désir. « nura nura doku doku doku… »
Femme : Oui, ça vient maintenant ! Bientôt mes hanches seront vides de toute sensation. Ooooooh ! Limites et frontières s’effacent ! Je disparais… !!!!
Petite pieuvre : Après que père ait fini, moi aussi je veux caresser et frotter mes ventouses sur la crête de ta partie poilue jusqu’à ce que tu défailles et alors j’aspirerais encore un peu plus. « Chyu chyu. »

Outre le fait que déjà pendant l’époque d’Edo, les Japonais étaient fans des onomatopées, le texte nous montre bien que, sans le contexte, il est aisé de mal interpréter une oeuvre. Pour autant, avec ou sans textes, l’effet est bien là. Mais pas question de jeter la pierre à ceux qui en découvrent maintenant le véritable sens car si l’on revendique pour l’artiste la liberté de créer, il revient au public la liberté de l’interpréter.

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