Antonio Da Silva, une ode au pénis

Cet été, il a fait carrément chaud. Un temps à faire tomber les slips et les caleçons de bain pour prendre le frais avec les copains. Moments troublants sur la plage après la baignade, sourires en coin et contact visuel appuyés, voila de nouvelles rencontres en perspective. Et si par hasard à ce moment-là, un gars avec une caméra HD était caché dans les buissons, pas d’inquiétude, il s’agissait sûrement d’Antonio Da Silva qui préparait son prochain film.

Au Tag, nous aimons partager les belles choses avec nos lecteurs chéris mais des fois, pour ne pas dire souvent, nous sommes grave à la bourre. Voila donc l’occasion de se rattraper sur la filmographie d’Antonio Da Silva, réalisateur portugais basé à Londres. Spécialisé dans les films gay et projeté régulièrement dans les festivals, Da Silva est l’image même du réalisateur indépendant et moderne qui tourne, monte et distribue lui-même des productions plutôt singulières.

Avec un attachement profond à l’esthétisme et à la qualité technique, il nous fait découvrir tout un panel de situations sans apparente mise en scène ou direction d’acteur. Un constant détachement vis-à-vis de l’action qui nous met en position de voyeur, un point de vue très puissant et excitant. Une recette qui donne un résultat très cru sans être vulgaire mais très beau visuellement sans tomber dans le arty prout prout. Du naturel sans artifice ni exagération, voilà ce qui nous plait.

Toutes les productions d’Antonio Da Silva ont une mécanique récurrente qui consiste à nous placer dans la peau d’un observateur passif, témoin de la multiplicité des interactions qui se passent autour de lui. Un point de vue commun pour des situations et des lieux à chaque fois différents d’un film à l’autre avec une approche qui pourrait s’apparenter à du documentaire mais avec des mecs à poil. Pas vraiment le genre de docu que l’on voit sur Arte. Quoique.

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Il nous montre ainsi très naturellement ces moments fugitifs qui font partie intégrante des modes de rencontres entre les hommes pressés. Que ce soit dans les buissons près de la plage avec Limanakia et Beach 19, sur les parkings avec Doggers, après un contact sur Internet avec Mates ou encore dans les toilettes d’une banque dans Bankers, Antonio rend palpable sans vulgarité l’excitation et l’envie non simulée. Pour autant, il ne se cantonne pas seulement aux rencontres rapides car il a aussi une tendresse particulière pour les solos en full frontal.

Mais loin d’être de la simple masturbation exhibitionniste, chacun d’entre eux est l’occasion d’une réflexion et de témoignages de la part des participants dont le corps nous est offert. Les thèmes sont d’ailleurs plutôt variés, de l’image du père dans Daddies au rapport catholicisme/homosexualité de Brazil, son dernier film en date. Variés et suffisamment intéressants pour garder une partie de notre attention sur autre chose que l’action allant crescendo au fur et à mesure du film. Les allergiques à la parlotte pourront toutefois couper le son, mettre un fond musical de leur choix et profiter de la vue. Les activités masturbatoires masculines étant de toute façon rarement intéressantes au niveau sonore.

Soucieux de nous présenter des situations et des thèmes au plus proche du réel, Antonio Da Silva applique le même soin aux modèles ancrés dans la réalité. Alors que nous pourrions effectivement penser que le soin apporté à l’esthétisme influerait aussi sur le casting de ses productions, il n’en est heureusement rien. À part pour deux films, Julian et Ecosexual, que l’on peut considérer comme des exercices de style, tous les participants sont de ceux que l’on peut croiser dans la rue ou au café. Une diversité dans les morphologies qui fait plaisir et évacue le cliché du beau gay bronzé et musclé que l’on nous sert trop souvent.

Nous retrouvons ainsi pèle-mêle les grassouillets, les fins, les sportifs, les poilus, les glabres, bronzés ou pâles, avec ou sans tatouages, jeunes et vieux. Tout ce beau monde mélangé pour passer un bon moment avec nous. Da Silva en profite aussi pour contenter les fans de telle ou telle catégorie avec certains films complètement consacrés à un type de physique comme Gingers pour les amoureux des roux ou Daddies avec des vieux mâles aptes à combler les Oedipes inversés.

Mis bout-à-bout, cette filmographie nous fait toucher du doigt toute la diversité des corps des hommes et, quelque part, nous réconcilie avec le nôtre. Grâce à lui nous découvrons que le corps imparfait que nous voyons dans le miroir tous les matins ne l’est finalement pas tant que cela et que c’est en grande partie l’image que nous avons de nous-même qui pose problème.

Peu de chances que vous trouviez Da Silva sur vos tubes habituels, la seule source officielle étant son site Internet. Et le petit effort financier auquel vous devrez consentir là-bas sera d’ailleurs très souvent récompensé par des vidéos bonus pouvant aller jusqu’à plusieurs heures. De quoi contenter vos envies pour un moment. Les versions gratuites de quelques films ainsi que les trailers des autres sont en tout cas un visionnage obligatoire pour tout amateur de porn un tant soit peu exigeant, et ce quelque soit son orientation sexuelle. Les habitués des productions gay y trouveront à coup sûr leur bonheur et les autres découvriront que, comme le dit Antonio Da Silva, le pénis peut faire partie de la poésie.

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