Le silence du gang bang

Le tag cuckold a la cote sur les tubes et à en croire sa popularité, il serait un fantasme répandu. Pourtant, la jalousie n’est certainement pas un sujet sur lequel la grande majorité des couples aiment jouer. Peu de gens pratiquent le candaulisme sauf dans le milieu libertin. Cette différence notable entre fantasme et réalité, pornographie et libertinage, m’a toujours intrigué.

Z. est organisateur de soirées libertines sur mesure, du bukkake et public disgrace aux dîners gastronomiques libertins dans les endroits chics en Europe, il passe sa vie sur son smartphone pour répondre aux exigences de ses clients. Après avoir pris contact avec lui, il me propose de venir observer une de ses soirées. Le rendez-vous est alors pris, ça sera un samedi à 21h dans le quartier du Marais à Paris pour “attacher un cocu”. Il me donne une adresse, un numéro de téléphone et c’est tout.

Un samedi soir sur la Terre

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21h03, me voilà au bon numéro d’une rue aux abords de la rue de Bretagne. Je pensais me retrouver dans un appartement mais le numéro est celui d’un bar sans âme à moitié fermé. Les rares va-et-vient témoignent d’une légère agitation à l’intérieur où on aperçoit quelques néons qui clignotent. Je reste devant ne sachant pas trop si l’adresse est bonne ou non, me voyant mal demander au taulier si c’est bien ici qu’on organise un gang bang ce soir.

Z. sort alors du bar, me fait signe de rentrer comme si on se connaissait depuis mille ans. A l’intérieur un patron fume la chicha et des participants qui se sont inscrits sur le site de Z. attendent en rigolant tout en sirotant des jus de pomme. L’ambiance est bon enfant et rien ne semble indiquer qu’une scène de candaulisme se prépare.

On me présente, on me demande si je veux participer, je refuse poliment en insistant sur ma simple qualité d’observateur. Le bar est composé uniquement d’hommes qui ont la quarantaine sauf un couple dont la femme s’affaire déjà à sucer quelques participants. Z. m’explique qu’elle est une habituée des soirées. Insatiable et déterminée, elle venue pour voler la vedette de celle qu’on attend.

Ce soir, on part sur un scénario : un couple va entrer, les hommes autour vont draguer ouvertement la femme devant son mari qu’on attachera pour assister à la scène. Puis ils descendront à la cave pour un gang bang, le mari cocu se contentant des gémissements de sa femme.

Drague express

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On sirote nos verres, j’opte pour un gin tonic dont le tonic est remplacé par de la limonade, “C’est pareil” me lance le patron du rade, j’ose pas le contredire et avale ça dubitatif. Les rôles sont distribués par Z. et une légère tension commence à apparaître. Certains ont l’air à l’aise avec cette idée de scénarisation du fantasme, d’autres préfèrent se faire sucer par la fille à qui on demande finalement de partir (aucune autre femme ne doit être là, c’est une des exigences du couple).

Un petit quart d’heure plus tard, le couple arrive. Comme convenu, la femme se pose sur le canapé en face de son mari. Je suis à côté de lui, on échange quelques mots et j’observe ce petit théâtre porno prendre vie. Deux participants approchent, elle se retrouve les jambes écartées, se fait peloter, pendant qu’un troisième plonge sa tête entre ses cuisses. Autour d’elle, les queues sortent de leur braguette en guise de préliminaires.

Le concept de drague est ici réduit à un simple prétexte, il s’est passé quelques minutes entre son arrivée et cette idée de scénario déjà entamée. Puis le temps de vérifier que ce cocktail Gin-Limonade ne gagnera sans doute aucun prix de meilleur barman, je retrouve plus loin la femme cachée sous plusieurs bites, suçant les participants à la chaîne dans une ambiance assez détendue.

Entre temps, le mari a été attaché sur une chaise, il assiste à la scène pendant que le bar diffuse Fashion TV un peu trop fort. Je ne distingue plus la femme, seuls des “slurps” et des “ah t’aimes ça salope” lancés à demi-mot, presque poliment, raisonnent sur le carrelage. Il est là, il observe attentivement ce blow bang, en cocu attentif, voire soucieux du bon déroulement des opérations.

Puis aussi vite qu’on est passé de la “drague” au plan à plusieurs, ils descendent. Elle lance “J’vais me faire baiser au sous-sol !”. Il reste stoïque. Moi aussi. Z. me dit de descendre. A mon passage, le mari s’inquiète que quelqu’un prenne des photos. Il donne son appareil photo au taulier, qui sera en charge d’immortaliser cette expérience.

Le silence du gang bang

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La cave en bas est une sorte de petit dancing entouré de banquettes où on a installé au milieu un matelas avec un drap rouge. La musique est toujours aussi forte et les jeux de lumière façon boite de nuit tranchent franchement avec l’idée que je me fais d’un scénario de candaulisme.

Z. dirige toujours les manoeuvres, rappelle le port obligatoire de la capote et que “Madame aime la double” (même si ce ne sera pas pour ce soir). Les hommes autour d’elle se désapent, l’entourent, la pénètrent, se font sucer et branler dans un silence assez étonnant. “Plus fort messieurs pour que son mari entende” ordonne Z. en rigolant. Les hommes reprennent de plus belle mais sans vraiment d’incidence sur le volume sonore général.

Je suis assis sur ma banquette à 50 cm d’eux et j’observe mon premier gang bang. Ni gêné, ni excité. Les hommes ont payé 60 euros par tête et avec un certain professionnalisme, réalisent ce fantasme du mari cocu et humilié. La petite ronde des bites et corps de toutes les tailles s’enchaîne un peu mécaniquement. Il n’y a pas de complicité ou de sensualité, c’est presque froid et sérieux. Mais surtout on ne sent aucune tension depuis le début.

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On a descendu le mari en bas de l’escalier, il reste silencieux. Il continue à observer de loin ce petit manège. Je passe le voir, il m’explique son fantasme, que la frontière se situe dans l’impossibilité d’un lendemain avec ces hommes. Il ne les connaît pas, elle non plus, personne ne les reverra et ça sera très bien comme ça. Son excitation est purement mentale : ils se connaissent depuis deux ans et ils forment un couple fusionnel. Ce sont des habitués des soirées libertines où ils pratiquent déjà le candaulisme. Cependant c’est la première fois qu’il passe par Z. et qu’il se retrouve attaché ainsi. Il aime la situation mais je sens qu’un truc cloche. Il semble soucieux et déçu.

A qui la faute ?

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Un des participants plus élégant que la moyenne arrive et lui chuchotte délicatement à l’oreille “Ta femme m’a bien fait bander, j’ai pas joui tout de suite pour faire durer le plaisir”. C’est un vieil habitué des soirées libertines, attiré par le scénario et sans aucun doute le seul à vraiment avoir compris le fantasme du mari. Les autres, n’ayant pas la même sensibilité, continuent d’être autour de la femme qui semble être la plus satisfaite de tout le cortège.

Pour ne pas trop déranger le mari dans son fantasme, je repars les voir. Je compte au maximum neuf hommes qui s’agglutinent autour de la femme restée sur le dos presque tout le long, demandant qu’ils la “baisent plus fort”. On entend parfois un “chienne, t’aimes ça la bite” ou “on l’enfoutre” mais rien de très énergique en sort. Certains ont arrêté ou se reposent. Au bout d’un petit moment, Z. détache le mari et on l’applaudit car “c’est pas facile pour l’ego” et avec un une synchronisation qui m’impressionne les trois derniers hommes encore sur les genoux finissent sur elle “mais pas dans la bouche”. Le scénario est fini, tout le monde n’a pas joui. Ils jettent leur capote, s’essuient et commencent déjà à se rhabiller.

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C’est donc le moment de plier les gaules, les participants discutent calmement pendant que la femme prend une douche à l’étage. On me demande des nouvelles du match de rugby France-Nouvelle Zélande, tout en cherchant le résultat sur Internet, je récupère l’argent des participants qui ne savent plus très bien pourquoi je suis venu et pourquoi je n’ai pas la monnaie sur moi. À la limite moi non plus, mais ça permet de recueillir leur avis. Le bilan est globalement mitigé, pour plusieurs la femme “ne donnait pas assez”, pour un autre le scénario n’a pas été respecté, ou bien la baise “à la chaîne” n’est pas vraiment son truc.

À ce dernier, je lui demande comment il arrive être excité si la situation ne lui plaît pas. Il m’explique qu’il fait abstraction des hommes autour de lui, se concentre sur elle et ça passe, sauf quand l’un d’entre eux a le malheur de toucher ses couilles en voulant doigter la femme. Je comprends alors que tout le monde est dans sa bulle, la femme, l’homme, les participants et que les liens qu’ils tissent sont physiques et sans suite. Mais peut-être attendent-ils plus ? Vivre un instant étiré où la possibilité d’un lendemain serait envisageable ? Sont-ils juste là pour une baise tarifée ? Les billets en main, je n’ose pas leur poser la question.

On m’invite à tester d’autres soirées “couples” de Z. où l’ambiance est meilleure, on me parle d’autres filles “incroyables” et que ce n’est pas une question de physique mais d’alchimie et de tension. Sans le savoir, au même moment dans le 13e arrondissement, une autre soirée de Z. est organisée avec un scénario différent mais le résultat est le même. Est-ce une histoire de temps, de match, ou de casting ? On continue à me parler de cette alchimie difficile à décrire et surtout à prévoir. Ce soir c’était juste pas le bon soir. Sur cette conclusion, ils lèvent les épaules et trouvent le chemin de la sortie.

Un métier presque comme les autres

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Je retrouve Z. en haut et lui donne son argent. On laisse le couple à leur champagne offert par la maison et on part boire un verre dans le quartier pour parler de son métier, du milieu libertin et des analogies avec le milieu porno français, tout aussi petit et conflictuel. Pour lui le bilan de cette soirée est également mitigé, mais il y en aura d’autres et c’est une certaine routine qu’il me décrit. Parfois ça prend, d’autres fois non, l’essentiel est d’être carré, professionnel et de ne pas trop prêter attention aux jalousies de ses rares concurrents.

Au bout d’une heure, son téléphone sonne. Il fronce les sourcils, se lève et part régler précipitamment. À l’autre bout du fil, c’était le mari dont le bar a fait finalement payer le champagne et visiblement pas très content du déroulement de la soirée. On le rejoint, il trouve qu’avoir payé 60 euros pour ça c’est un peu cher (la particularité des soirées organisées par Z. est que tout le monde paie, pour des raisons juridiques mais aussi pour mettre tout le monde à égalité). Z. le rassure et lui propose de lui offrir avec madame le dîner. Je les laisse à leurs négociations et repars chez moi.

J’apprendrai plus tard qu’ils ont aimé et qu’ils reviendront.

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