J’ai donné mon sperme pour la science

La première fois que j’ai entendu parler du don de sperme, j’avais 15-16 ans, soit quand même dans les années 90. Quel rapport avec le Tag Parfait ? J’y viens. Dans ma tête d’ado à peine pubère de l’époque mais déjà intéressé par la chose, j’ai surtout retenu de cette affaire qu’il existait des endroits où l’on vous fournissait des magazines pornos et des films à mater pour vous tripoter. Immature et imbécile, je sais, merci.

J’y repensais des fois, me disant que ce serait quand même amusant d’essayer ça et de faire une bonne action en passant. Il se trouve qu’un soir je tombe sur un reportage sur la situation des dons en Angleterre où j’apprends que malgré la rémunération offerte là-bas, les donneurs manquent pour répondre à la demande des couples, créant ainsi des files d’attentes de plusieurs années. Et que le constat est le même en France.

Un choc pour moi qui pensait naïvement que quelque chose d’aussi simple que le don de sperme ne pouvait pas manquer de donneurs. Ce n’est pas comme si c’était compliqué pour les hommes de procéder au prélèvement, comparé au don d’ovocytes pour les femmes. Avec des chiffres incroyables pour la France : 235 donneurs en 2012, 268 en 2013, pour environ 1400 et 1000 enfants nés de ces dons. Pour 3000 couples dans le besoin, la liste d’attente est longue. Les objectifs de l’agence de Biomédecine sont pourtant modestes avec seulement 300 donneurs par an. Sur une population mâle entre 18 et 45 ans, cela fait environ 17,5 millions d’individus.

Pour la science !

indiana

C’est donc décidé, je serai donneur ! Trouver un centre est chose aisée : une recherche sur « don de sperme » m’envoie sur le site Internet dédié. Un simple coup de fil m’obtient un rendez-vous pour la semaine suivante. À priori il n’y a effectivement pas foule. On me demande de laisser mon engin reposer trois jours avant afin d’avoir tous mes spermatozoïdes en forme pour le premier prélèvement. Trois jours sans se tripoter, ça va, on n’est pas des bêtes non plus. Ce n’est finalement pas si facile que ça au final.

À J-7, le stress se met en place : qualité de mes spermatozoïdes, environnement médical, vais-je passer pour un pervers ? J’y pense tout le temps. Et pour me déstresser, je joue aux jeux vidéo et je me tripote. Mais à chaque fois que je me tripote, je pense à mon rendez-vous, et ainsi de suite. Arrivé à J-3, tel un condamné, je me déstresse une dernière fois. Un geste futile mais la chair est faible. En apnée pendant trois jours, les tentations sont toujours présentes. L’érection du matin, Internet et ma chère et tendre sont autant d’épreuves.

Je suis enfin prêt, gonflé à bloc, si je peux me permettre. J’arrive sur place 45 minutes en avance mais malheureusement les premiers magazines mis à ma disposition dans la salle d’attente ne sont pas à la hauteur de mes espérances. Auto-Moto et Biba, ce n’est pas franchement l’idéal. Arrive enfin mon tour, la secrétaire ouvre un dossier à mon nom par souci de traçabilité. Le don est par contre bien anonyme pour les receveurs et les petites mains qui traiteront mon matériel génétique.

Not gonna happen, bro

docteur

J’effectue un premier entretien avec la doctoresse de service et je vous calme tout de suite : nous ne sommes pas dans un de vos films de dépravés, c’est aussi pour la bonne cause que je suis là. Suivent quelques questions d’ordre médical et personnel, pour s’assurer que tous les voyants sont au vert et affiner le futur appairage qui sera fait entre mes gamètes et les ovules nécessiteux.

Ma doctoresse m’explique la suite du programme : prises de sang, d’urine et rencontre avec un psychologue et un généticien. Leur aval est obligatoire et complétera les analyses et le test de décongélation pour faire de moi un donneur officiel. Aussi attrayant que cela puisse être, le titre de donneur de sperme ne dure pas bien longtemps. Le nombre de dons est limité et une fois ceux-ci effectués, vous n’avez plus le droit de revenir. Ceci garantit une plus grande variété dans le stock de gamètes. « Donneur de sperme professionnel », une filière d’avenir et qui aurait eu de la gueule sur ma carte de visite. Tant pis.

Elle me laisse alors entre les mains expertes d’une infirmière – métaphoriquement parlant. Je la suis vers une grande salle de laboratoire où elle récupère les ustensiles nécessaires. J’ai beau être mentalement prêt, les regards des laborantines me mettent un peu mal à l’aise. Je ne saurai jamais si je suis en train de passer pour un pervers ou si elles sont juste curieuses.

Mon box donne presque directement sur la salle de labo. Si vous avez lu mon précèdent article sur les cabines de visionnage au Japon, vous connaissez déjà mes standards en termes de confort. Me voila donc bien déçu. Pour simple confort : une petite pièce d’à peine 2 mètres carrés avec pissotière, lavabo, petit meuble et un lit d’examen. Pas vraiment chaleureux. Elle m’explique ensuite la procédure à suivre. Direction la pissotière pour deux objectifs : nettoyer la tuyauterie à l’aide d’un décapage à l’urée et remplir un petit bocal. Ensuite le lavabo pour se laver les mains et seulement les mains, le nettoyage de l’engin se faisant à l’alcool. Un tel nettoyage du bout à l’alcool n’est pas attirant comme perspective mais l’hygiène est à ce prix. Étant circoncis, le mien est un guerrier carapaçonné mais pour les autres, courage.

Elle me présente le réceptacle du don, un simple tube gradué en plastique, surmonté d’une collerette pour faciliter la visée. L’avenir prouvera que je surestimais ma capacité à le faire déborder. Elle me montre le petit écran accroché au mur et un léger malaise s’installe quand elle appuie sur lecture pour « m’aider à me motiver ». Tout d’un coup l’ambiance change, son regard ne croise plus le mien et elle effectue une retraite rapide. Compréhensible. Certaines personnes trouveraient la situation un peu glauque. Me voici seul, j’imagine bien la lumière rouge de l’autre côté de la porte, un signe « DO NOT ENTER – RADIOACTIVE WASTE » en train de flasher. 

Explosion imminente !!!

radioactive

Aucun magazine en vue ; une partie de mon imaginaire s’effondre. Mon attention se reporte alors sur l’écran. Malédiction, je n’ai même pas le choix du film. Un menu DVD avec quelques scènes variées selon les goûts des donneurs serait un minimum pourtant. Évidemment, pas de casque audio non plus. L’isolation des portes contreplaquées en bois n’étant pas idéal, le visionnage se passera donc sans le son. Le film commence direct, pas d’intro, ni de générique, ni de scénario d’ailleurs – le tôlier du Tag va être content. Une blonde américaine en plastique attend sur son sofa, le performeur bronzé et musclé de service arrive derrière elle et en guise de salutation, l’attrape par le cou. J’ai déjà vu plus amical comme bonjour.

La fellation forcée et le doigtage vigoureux qui s’ensuivent ne font pas partie des bases d’un agréable moment partagé. Je perds d’ailleurs espoir quand, se positionnant derrière l’actrice maintenant à quatre pattes, en lieu et place d’un cunnilingus d’excuse, il la gratifie d’un crachat lubrificateur et d’une sodomie sans ménagement. Et là, je dois arrêter le film, outré.

Je me demande comment une situation aussi dégradante a trouvé son chemin jusqu’à cette salle. Aucune parole n’a été échangée, ni signes de plaisir visible (simulés ou pas) de la part de l’actrice. Certes, on ne vient pas ici pour voir de bons films mais il y a un vrai problème : sommes-nous considérés comme des pervers ne réagissant qu’à ce type de contenu ? En tout cas il m’a fallu visionner tout le DVD en avance rapide pour trouver quelque chose de vaguement motivant.

La qualité de l’éjaculation reste tributaire de l’expérience. Combien de fap se sont finis misérablement en quelques gouttes à cause d’un support visuel ou un environnement non propice ? D’ailleurs alors que je faisais de mon mieux pour me concentrer, j’ai pu constater l’absence d’isolation de la pièce. Habituellement j’aime bien entendre des discussions joyeuses et animées mais cette fois j’étais moins réceptif. Les infirmiers et les laborantines de l’autre côté passaient un bon moment en tout cas. Un poil embarrassant d’aller les voir en demandant de faire moins de bruit, ne reste qu’à faire abstraction.

Use the force, Oldchap

Xwing

Grâce aux techniques des anciens moines shinto du Japon, j’arrive enfin à atteindre l’état transcendantal recherché. J’attrape le petit tube à collerette et tel Luke Skywalker sur l’étoile noire, j’entame la descente pour mettre mes torpilles à photons dans la cible. Bon j’exagère un peu, c’est assez facile en fait et bien dimensionné en terme de volume – du moins pour moi. Si vous vous savez particulièrement généreux à ce niveau là, n’hésitez pas à demander le volume supérieur pour éviter d’en mettre partout. Je suis plutôt fier d’y être arrivé vu les conditions. Je sors de mon box et en tendant le tube à mon infirmière, je résiste à la tentation de lui envoyer un clin d’oeil complice. Pas sûr qu’elle le prenne à la rigolade, restons professionnels.

Un bel infirmier barbu me fait ensuite cinq tubes de prise de sang. Ce qui me fait me demander : les donneurs homosexuels peuvent-ils demander un film gay ? Égalité et non discrimination, non ? Quoi qu’il en soit la première étape de mon parcours de donneur est maintenant terminée. Je repars l’esprit léger joyeux d’avoir fait une bonne action.

À vous de jouer maintenant.

5 commentaires Voir les commentaires

  • Joli témoignage, merci.

  • Le décret d’application visant à ouvrir le don à plus de donneurs est appliqué ? Quand j’avais commencé à me renseigner, il fallait avoir eu déjà un enfant pour être donneur. Du coup, j’en étais exclu. La loi pour virer cette condition a été votée y’a longtemps mais le décret mettait du temps à paraître.

    • Il est passé en janvier 2016. C’est d’ailleurs étonnant qu’ils demandent toujours l’accord écrit de ton partenaire, il serait logique que vu que tu n’es pas obligé d’avoir des enfants, tu n’es pas obligatoirement en couple.

      • Donc si tu n’es pas en couple, tu ne peux toujours pas donner ?

        • Bonne question mais je pense que si. Il suffit surement de leur dire que tu es célibataire. Sans enfant, quel serait le lien entre le fait d’être en couple et être apte au don ? Le consentement est lié au fait d’être en couple.

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