Eropolis : La Mecque du X français

Eropolis : outrage au X ou pèlerinage obligé pour tous les amateurs du genre ? Dimanche dernier, je me suis rendu au salon du Bourget pour trancher. À peine suis-je descendu sur le quai ensoleillé qu’un jeune homme plein de bagou, accompagné d’une fille très grunge, m’interpelle : « Toi aussi tu viens pour la Japan Expo ? », me demande-t-il avec malice. Déboule alors la navette gratuite qui nous conduit jusqu’au Salon de l’Érotisme.

Dans la file d’attente menant au guichet, deux femmes gloussent en savourant d’avance le festin annoncé. Après un brin de conversation, j’apprends qu’elles sont avant tout deux “grandes curieuses” venues rencontrer les étalons qu’elles n’ont jusqu’ici chevauchés qu’en rêve. Leur joie déborde et elles me proposent une réduc’ de 5 euros qu’elles ont en rab ; je n’ai pas trop le cœur à la refuser. Romain, lui, est équipé de cartes de presse et disparaît bien avant nous derrière les grands panneaux roses.

À peine avons-nous pénétré dans la Mecque du X qu’une love doll nous accueille à membres ouverts ! Le prix de cet ersatz plantureux s’élève à 2 500 euros ; et encore, ça c’est le prix salon. En boutique, la poupée est à 3 000 euros minium, et les prix peuvent monter bien plus haut encore. Je me dis en me grattant le menton que ça fait quand même un peu nécrophilie tout ça… Jusqu’à ce que l’exposant ôte la cordelette de sécurité et nous laisse tâter la texture siliconée : « Ah ouais, c’est quand même bien fait ! »

Ouverte à toute proposition

Ouverte à toute proposition

Puis nous traversons la luxuriante forêt de menottes et godemichets située au coeur du salon. Les flashes et les sifflements fusent de partout ; la faune est essentiellement masculine mais beaucoup de couples sont également de la partie. Les silhouettes ondulent avec légèreté, les tenanciers de stand distribuent les sourires comme des bonbons et les stripteaseuses, avec désinvolture, remontent les mains trop hardies au niveau de leurs hanches. Talons et porte-jarretelles sont bien sûr de rigueur : cela vaut autant pour les actrices X que pour certaines visiteuses.

Avant d’avoir pu voir le moindre show, il me faut filer au pipi-room. La queue qui mène jusqu’aux toilettes me laisse largement le temps de répéter mon petit speech de networking en carton-pâte. Le gars devant moi déplore d’ailleurs que tous les urinoirs soient kéblo.« T’as qu’à pisser dans la bouche des gonzesses ! », lui crie quelqu’un : le ton est donné.

Le chant des sirènes

Echange de cartes de visite au stand de Désir-cam

Echange de cartes de visite au stand de Désir-cam

Les danseuses dénudées engagent ardemment les visiteurs à se laisser tenter par un show privé. Entre caresses et oeillades provocatrices, elles arrivent à convaincre certains de débourser entre 20 et 100 euros pour un show plus ou moins torride. Comme à l’accoutumée, l’espace est organisé en trois parties : la zone accessible dès 16 ans, un espace destiné à un public plus averti (5 euros en plus !) et enfin une zone où se tournent des films X (15 euros en plus : no comment). On nous avait bien parlé d’un espace libertin mais celui-ci est resté introuvable.

Également présente sur le salon ; la team de Désir-cam, qui a su accueillir ses visiteurs comme il se doit. Un petit avant-goût des liveshows que l’on peut voir sur la plateforme nous a été donné par trois camgirls aux formes hyperboliques. Alors que les trois nymphes nous tendaient leurs fesses avec générosité, certains ont littéralement rampé sur le sol pour avoir le meilleur panorama possible.

Porno mais pas trop

Des camgirls survoltées

Des camgirls survoltées

Si l’édition organisée en 2011 à Caen nous avait laissé sur notre faim, on ne s’étonne pas que, pour un événement situé si près de la capitale, les petites capotes aient davantage été mises dans les grandes. Globalement, les stands de lingerie et de gadgets érotiques se ressemblaient beaucoup, mais certains ont tout de même réussi à sortir du lot. En plus des habituels plugs et du lubrifiant, nous avons aussi découvert des crèmes venues d’ailleurs, des mets aphrodisiaques et un tas d’autres curiosités.

Gingembre ou chocolat ?

Gingembre ou chocolat ?

Garantes d’un érotisme festif, les petites mistinguetts du Théâtre Chochotte contrastaient avec l’ambiance générale. Chevauchant un bâton flanqué d’une tête de cheval, elles galopaient à travers tout le salon pour faire la promo de leur show rétro. Avis, d’ailleurs, à tous les parigots : le Théâtre Chochotte est situé rue Saint-André-des-Arts et ne dort presque jamais.

Quand le Théâtre Chochotte se proposait de taquiner notre imaginaire érotique, d’autres spectacles renvoyaient à une dimension beaucoup plus brutale de la pornographie. Un show un peu glauque quoique parfaitement maîtrisé sur le plan formel mettait en scène une frêle lolita malmenée par deux hardeurs dissimulés sous des masques d’animaux.

Frustraland

Oulala, c'est chaud quoi !

Oulala, c’est chaud quoi !

Si, à Eropolis-Le Bourget, les animations sont de qualité et l’ambiance au rendez-vous, on a quand même parfois l’impression d’avoir sauté à pieds joints dans un attrape-nigaud, un puits sans fond d’entubage. Si l’entrée m’a finalement coûté 16 euros (grâce à une réduc’ inespérée), il faut encore mettre la main à l’escarcelle si on veut avoir une chance d’accéder à la totalité du salon et d’assister à des spectacles plus torrides.

Notez que le salon, en plus d’être un rendez-vous pour les avions de chasse, attire également tout ce que les environs comptent de cassos. Certains sont tellement à l’affût qu’on dirait qu’il viennent de passer dix ans sur un navire. D’autres drôles d’oiseaux sont encore plus exotiques : tandis que je déguste un verre d’eau parfumé à la bière, un homme à l’œil torve s’assoit de but en blanc à ma table et me fixe en silence. Après une conversation un peu vaseuse (qu’en plus j’ai dû engager) tournant bien entendu autour de la fesse, je décide de mettre les voiles sans demander mon reste.

Alors que je quitte ma table, un show débute sur l’estrade du salon central. Deux danseuses ont fait monter deux heureux élus et leur donnent la gaule en deux mouvements de hanches à peine. La situation dérape lorsque l’un des deux types commence à baisser son froc, bien décidé à besogner la jolie show-girl devant tout le monde. Fuck la dignité ! Mais l’animateur apaise la situation d’un “Stop” sans appel. Les deux hommes se rhabillent vite, commençant à comprendre où ils ont mis les pieds : bienvenu à frustraland !

Derrière le rideau

Kelly Pix, Romain et Tony Caliano en mode photo de souvenir

Kelly Pix, Romain et Tony Caliano en mode photo de souvenir

Je retrouve Romain et sa copine. Eux aussi commencent à se laisser envahir par l’effervescence du lieu. Très loquace, Romain tchatche avec les filles et parvient même à nous faire rentrer gratos dans l’espace « Film X ».

Assis au premier rang, nous découvrons une blonde filiforme au visage d’ange nommée Kelly Pix. L’actrice X entre sur scène, déguisée en infirmière, sous des applaudissements nourris. Après une danse langoureuse, l’acteur Tony Caliano la rejoint bien vite sur scène. Pour une partie de jambes en l’air dantesque. Tony Caliano ayant honoré sa partenaire, l’organisateur nous annonce qu’il faudra de nouveau payer pour assister au prochain spectacle de chippendales… Ouvert uniquement aux femmes. Les messieurs sont invités à attendre leurs accompagnatrices à l’entrée.

Après le show, les deux partenaires (qui sont également ensembles dans la vraie vie) nous ont ouvert les portes de leur loge. Kelly Pix est aussi pétillante en face-à-face que sur scène, quoiqu’un peu timide. Cela est étonnant au regard de la prestation décomplexée qu’elle vient de livrer. Arrivée dans le milieu il y a un an et demi, elle en est à sa deuxième tournée Eropolis : « J’ai commencée comme amatrice pour Jacquie et Michel, et c’est comme ça que j’ai rencontré Tony, qui a réalisé ma première scène. » Tony Caliano, de son côté, a plus de 3 000 films au compteur : âgé de 32 ans, il s’est lancé dans le X il y a six ans. Si vous connaissez Jacquie et Michel c’est en grande partie grâce à lui. « J’ai tourné la majorité de leur scène de 2010 à 2013, aussi bien comme réalisateur que comme acteur », nous précise-t-il.

Dans l'intimité de la loge

Dans l’intimité de la loge

Tous deux ont ensuite évoqué leur métier avec beaucoup de simplicité, soulignant la difficulté pour un homme d’évoluer dans le milieu du X et surtout d’être rémunéré : « Un mec qui se prend trop la tête ne peut pas bander », nous assène Kelly sans détour. Or ça, pour un producteur de X, c’est justement le plus dur à trouver.

S’ils partagent la même vie, nos deux amoureux font clairement la différence entre le taf et le lit conjugal. Selon Kelly, les acteurs pro ne prennent pas forcément de plaisir à tourner, sans doute à cause des positions improbables qu’ils doivent tenir pendant des heures. Lorsqu’on lui demande quel conseil il pourrait donner à un acteur en devenir, Tony encourage les jeunes pousses du X à se garder un travail à côté car le déclin de l’industrie continue. Pour une scène telle que celle que nous venons de voir, il touche de 200 à 400 boules, ce qui est honorable mais pas fou. Concernant, les projets futurs, le tandem de choc ne se voit pas trop dans la production mais envisage de développer le concept de Théâtre X, notamment en Belgique et aux Pays-Bas.

Un dernier pour la route

Le seul endroit où une fille ne vous en veut pas de ne pas la regarder dans les yeux

Le seul endroit où une fille ne vous en veut pas de ne pas la regarder dans les yeux

Le salon est bientôt fini, juste le temps de se négocier une dernière petite danse avec actrice X. Angela Kiss nous invite finalement dans sa cabine. Fluette mais pleine de vie, voilà un an qu’elle est rentrée dans le milieu. La petite starlette arbore, tatouée sur son flanc, une inscription sans équivoque : « Je ne regrette rien ».

Le fantôme de Piaf n’a qu’à bien se tenir ! Après une danse très caliente durant laquelle elle se dénude entièrement, nous discutons puis lui proposons d’aller boire un verre après le salon. D’abord un tantinet séduite, elle se ravise. Même au salon du X, le côté pro de la force combat le côté fêtard.

Alors que nous reprenons la navette, nous nous remémorons avec enthousiasme les excentricités de la journée passée, avec une pensée émue pour tous ceux qui ont déboursé quelques centaines d’euros aujourd’hui pensant peut-être qu’ils allaient se vider les burettes. Sûr que l’audience de YouPorn a dû grimper en flèche dans la nuit de dimanche à lundi.

3 commentaires Voir les commentaires

  • J’en ai une expérience plus que moyenne aussi. Vu que c’était bien nage, j’ai payé pour voir une scène X en live. L’acteur a eu beaucoup de mal à avoir une érection face à Sabrina Sweet… J’ai plus eu l’impression de participer à une foire commerciale qu’autre chose :)

  • Dommage que ces salons français ne fassent aucune place au monde LGBT et qu’ils ne soient que purement hétéro !

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