Esmera par Zep et Vince : des boobs entre les bulles

«Esmera est un conte pornographique. Un conte parce qu’il y a du fantastique et que c’est un genre trop souvent laissé aux enfants. Mais les adultes aiment aussi qu’on leur raconte des histoires extraordinaires… » – Zep 

Du nouveau dans la BD façon Q ! Avatar – en moins déluré – de Gotlib, son modèle dans l’éternel, Zep manie aussi bien l’humour bon enfant candide – même si carrément potache et bien « toilet humor » comme diraient les angliches – que la grivoiserie la plus explicite, pour public averti, comme diraient les autres. A force, on se demande quelle position du Kama Sutra il n’a pas dessiné. Tel Marcel passant d’un Goscinny relativement naïf à l’anarchie bouillonnante de Fluide Glacial, Zep se plaît depuis un petit bout de temps à développer le personnage de Titeuf (son Bart Simpson à lui) tout en grifonnant ses cochonneries pleines d’encre liquide dans de beaux albums luxueux publiés par Delcourt. Et ce n’est pas Esmera, dans tous les bons magasins depuis le 25 novembre, qui changera la donne. Zep veut du Zexe.

Quand Zep a découvert la passion que voue Vince, célèbre moitié spirituelle de Stan, aux corps féminins – son chez-lui est parcouru de croquis équivoques et il signe chacun de ses mails avec un petit échantillon du genre – il a tout de suite compris qu’il y avait de quoi explorer un nouveau fantasme, tout en proposant une oeuvre bien plus explicite que les fantaisistes Chronokids. Si, comme il le précise sur France Inter l’artiste s’est inspiré d’un consistant storyboard de Zep, nulle doute que les dessins de Vince apportent une élégance, une subtilité charnelle et un raffinement, au niveau des courbes et des émotions, que n’a pas le fan de Led Zep, dont le trait tendance ligne claire est délibérément plus enfantin, rond et gros, façon Florence Cestac (autre grand nom de la bd pour enfants s’aventurant du côté du cul entre couples).

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A travers ce récit, le créateur de Captain Biceps raconte une petite histoire dans la grande histoire, celle de l’Italie des remuantes sixties. Décennie de toutes les revendications sociales et de la liberté sexuelle… réalité plus difficile au sein de ce collège catholique pour jeunes filles où notre Esmera passe son adolescence. C’est là bas, au contact de tous ces corps à pervertir, qu’elle perdra son innocence, posay tendance The L Word. Le décor est planté et on a le braquemard braqué sur la légendaire crudité de la bd pour adultes italienne, les fondamentaux de Milo Manara, Guido Crepax et Leone Frollo en prio’, tous généreusement édités chez Delcourt d’ailleurs (aucun hasard Balthazar).

Oui, mais non ! A force galipettes , la teenager découvre qu’à l’instar d’une x woman elle est pourvue de superpouvoirs : elle peut changer de sexe à chaque orgasme. On vous laisse imaginer la saveur poétique et la matière comique de cette farce grivoise, à mi-chemin entre le récit d’une initiation par la chair (salut Duras) et la satire sociale épicée à la Marco Ferreri. Potache comme du Tinto Brass. Cul et société, voilà deux copines qui faisaient bon ménage dans l’impertinent cinéma comico-rital des années soixante-dix… Passionné par Bob Dylan, Zep n’a jamais caché son affection pour la contre-culture des sixties, plus volontiers sexties sous sa plume, entre boobs et bulles. Militant pour une connaissance du cul comme du contexte, Zep définit l’aventure polissonne de sa jeune fille comme « un livre sur le plaisir qu’il était intéressant d’inscrire dans une histoire sociale du plaisir». Du coup, malgré l’Italie, on est loin des fantasmes cavaliers de Serpieri, et plus proche de la sensibilité sociale de Le bleu est une couleur chaude. Avec beaucoup plus de teubs au garde à vous, rassurez-vous. Hommage à Rocco ?

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Car Esmera va évoluer et, sans âge puisqu’elle est avant tout un symbole de la révolution sexuelle, continuer à faire l’amour jusqu’aux années 2010. A 70 ans elle en parait 35, ex #student volubile symbolisant à la fois la MILF et la #granny en une seule plastique, au sein d’une époque désormais traversée par les tubes numériques. Les ébats d’une génération à l’autre révèlent la montée en puissance d’hantises liées aux corps, comme le SIDA durant les années 80 (désolé Charlie Sheen) et l’intégrisme contemporain, vecteur de corps violents ou voilés. Et entretemps, les plages de silence et l’érotisme doux font office de fulgurances excitantes.

En ces périodes troublées, Zep use justement du motif du trouble identitaire, non seulement car le #shemale est un tag parfait, mais surtout pour dénoncer ces différents ou tragédies qui séparent les langues, les bouches et les sexes. « J’ai eu envie d’être une femme dans un récit érotique. Puis de faire de cette femme un homme et ainsi de suite. Le sexe nous rapproche, homes et femmes, mais plus souvent nous divise« . Plus que de porno, Zep s’intéresse avec l’amour avec une grande A, même si on va avouer qu’on ne fait pas trop la différence quand on croise Riley Reid ou April O Neil.

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Un virage mature et un brin politique pour cet amoureux du cul cocasse genre Echo des Savanes (Les filles électriques), des seins rock’n’roll (L’enfer des concerts), du comic-strip subvertit en strip-tease et de la pédagogie sexuelle anti-grenouilles de bénitier. Son best-seller pour gosses, le Guide du zizi sexuel, l’encourage depuis des années à définir le Sexe sous toutes ses formes, jusqu’au florilège impudique Happy Sex. On en vient quand même à prendre peur quand l’impertinent Zep, qui affiche sa conscience « adulte » quotidiennement sur son blog, déclare qu’ « il ne faut pas laisser le sexe aux pornographes« . La jeune loup se ferait-il un petit peu vieux con, dites ? Un poil prude pour un mec qui te balance une ode au transgender porn, de ces vidéos bien cools que tu croises sur Le Bon Fap.

Heureusement au gré des cases l’évidence est là, nette comme du cumshot : avec Esmera, le papier glacé demeure ce lieu sacré où se consume le plaisir chaud.

 

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