Verner Degray, du nude art pour la gay culture

Depuis hier et jusqu’au 10 novembre, l’Erotic Heritage Museum – ou Harry Monhey Erotic Museum – accueille dans le cadre d’une exposition les oeuvres érotiques du photographe Verner Degray, par le biais d’une quarantaine de photographies grand-format (120X180). Une jolie façon de recouvrir les murs de la Gay Erotica Gallery en cette contrée décadente du Dieu Vegas…

Verner Degray éclot en pleine Picardie et voit son esprit nourri par deux influences majeures : celle de sa mère, qui passe son temps à arracher de son appareil photo vastes paysages et plantes diverses, et celle d’un père spirituel baptisé David Hamilton. Un autre amoureux de la nature en somme, n’hésitant pas à placer ses nymphes juvéniles dans un décor bucolique célébrant leur pureté et leur sensualité originelle. Pourtant, Degray ne marche pas tout de suite sur les pas du nude artist puisqu’il va privilégier durant ces années d’études, au lycée et puis en école de design, des thématiques bien différentes, tel les abats d’animaux en gros plan (!), le design d’intérieur et la décoration théâtrale. Ce n’est qu’en voyageant qu’il comprendra que l’art est quelque chose de sensualiste et que la saveur d’un corps vaut bien celle d’un fruit : de toute évidence le photographe l’aime bien frais, croquant et lisse !

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S’évadant a Tahiti – il y a tenu courant 2015 une exposition au Musée des Iles – pour mieux s’attarder sur l’émotion nue et non la nature morte, il va devenir moins minimaliste et plus perfectionniste. Pas question de shooter 2000 photos comme le premier paparazzi venu, avoue-t-il. Adoptant tel Matisse les îles du Pacifique pour mieux les fantasmer, l’obsédé de l’image va concevoir chaque photo comme une peinture, celle d’un peuple, d’une culture, et des hommes qui la compose. C’est ainsi que va prendre forme(s) sa saga tendance François Sagat, avant d’être progressivement diffusée aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Europe. Loin des sempiternelles cartes-postales pour touristes, l’artiste préfère aux belles tahitiennes virevoltantes l’ambiguïté sexuelle de la population masculine.

De quoi parler à un public gay-friendly en explorant un imaginaire conçu de muscles, de fragilité intérieure, d’introspections sexy et de tétons fermes. Un rapport très direct avec une culture contemporaine, et une modernité noir & blanc qui assume totalement sa dimension populaire voire légèrement cliché, puisque se souhaitant proche des sempiternels Dieux du Stade. Effectivement, le principal modèle de Degrey n’est autre que François Rousseau, instigateur des fameux calendriers qu’on zieute de loin, entre fascination et honte. Le photographe pousse d’ailleurs l’hommage jusqu’à accepter en 2014 la commande du calendrier « Mister Tahiti ».

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De son propre aveu, Degray cherche ce que nous autres quêtons à travers le porno, à savoir une impression profonde de chaos. Ainsi place t-il ses personnages dans des coins abandonnés voire sauvages. Pourtant, ses nombreux portraits, s’ils épousent la grisaille mélancolique d’un paysage naturel, ne sont pas du tout apocalyptiques, mais jouent d’un équilibrage permanent entre la beauté plastique de l’homme et son regard plein d’innocence, presque enfantin, en quête d’identité ou de corps à qui s’offrir…une communion qui s’éloigne de  l’urbanité glaciale en dépeignant des hommes en tenue d’Adam, seuls dans un monde vierge, à leur image.

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La captation de l’homme polynésien par l’art photographique permet, comme il l’a déclaré au magazine Qweek, de rendre compte des « mythes du sable blanc« , « de faire découvrir au public des instants presque magiques« , qui paraissent par leur cadre spatial être sortis du cours du temps, quelque part dans le vide. En immortalisant les corps, Degray fait en sorte que ceux-ci conservent leur éternelle beauté, intacts, parfaits. L’idée est de « démystifier l’homosexualité » en combinant l’instant – la présence des corps – à un naturalisme antique, du genre statues grecques, homo-érotisme désormais devenu tabou, belliqueux athlètes des arènes et guerriers huilés. Avec le nude art il s’agit d’aller par-delà le charme esthétique en faisant en sorte de « s’approcher au plus près de l’âme » qui se dévoile sous le corps.

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Les galeries de Degrey s’interprètent comme  la réécriture de ses débuts en tant que photographe de mode. Après avoir pénétré le monde glacé d’Hugo Boss et de Kenzo, l’ambition serait de dévoiler une sensibilité plus complexe derrière les pectoraux. Le premier homme que dépeint Verner Degray, c’est finalement lui-même.

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