Le Bon Fap

Anna Richardson expérimente le revenge-porn

Certains appelleraient cela l’expérience interdite, d’aucuns diraient qu’il s’agit de « true journalism », investigation propre aux scribouillards outre-atlantique prêts à plonger les mains dans le cambouis. Pour les besoins d’un documentaire qui sera diffusé lundi prochain sur Channel 4, la journaliste britannique Anna Richardson a testé le « mal du siècle » : le revenge porn, illégal au Royaume-Uni. On vous le dit, pas une semaine ne se passe sans que le « porno revanchard », vengeance typique des petits amis frustrés à la Zuckerberg, ne fasse l’objet de news multiples, ayant trait aux faits divers, à la justice internationale, à la sociologie, au traitement approprié pour ce genre de manœuvres perverses. En quête de vérité, Anna Richardson s’est donc mise en scène à travers quelques selfies sexy pour « savoir ce que ça fait » puis a partagé cela sur des forums spécialisés. Le résultat ? Il est édifiant : 43 000 vues en 48 heures. Aux yeux des « revengers » (pouvant risquer deux ans de prison pour leurs actes), le corps de la femme est un objet : l’objet de l’humiliation. Anna Richardson en fait une arme et un moyen de prévention, à l’attention d’un public pas forcément conscient de l’ampleur du phénomène et de ses répercussions.

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Au coeur du revenge-porn avec Anna

Pour The Sun, la demoiselle résume ses découvertes, de la répulsion…à la peur. Lisez plutôt :

Quiconque a déjà fait un selfie sexy prend un risque […] Il y a quelque chose de nouveau apparu ces dernières années au sein du sexe et des relations sociales et je n’en étais pas consciente : il s’agit du revenge porn. […] Quand j’ai proposé d’y consacrer un documentaire, j’ai pensé « Quelqu’un en a quelque chose à faire de ton idiot d’ex petit ami postant des photos de toi sur Facebook ? ». Mais c’est plus terrible que ça. Il y a des sites spécifiques de revenge porn où les gens peuvent télécharger des photos sans le consentement de l’intéressée, et lui attribuer un nom. Ils peuvent aussi les poster sur leur page Facebook, en détaillant les contacts de la victime afin de l’humilier publiquement. […] Quand ces photos sont en ligne, vous ne pouvez plus faire marche-arrière. Elles terminent sur d’autres sites pornographiques. Si  vous cherchez un nouveau job et tapez votre nom sur un moteur de recherche, ou si votre patron le fait, vos photos pornographiques apparaîtront. Et cela affecte un grand nombre de gens quant au fait de ne pas trouver de travail – quand ils n’ont pas carrément perdu leur job suite à cela. La seule façon de réellement comprendre le revenge porn était de l’expérimenter, j’ai donc décidé de prendre quelques photos pornographiques de moi-même. Je les ai téléchargées sur un site de revenge porn, en me faisant passer pour un ex furieux. J’ai créé une fausse bio avec un faux nom et un faux compte mail. […] beaucoup de gens ont commenté. La plupart des commentaires étaient dégoûtants. L’un disait : « J’aimerais détruire cette sal*pe et la traiter comme le sac à m**de qu’elle est ». […] Il est très effrayant d’être la cible de ce genre de choses – de se sentir menacée, de se sentir vulnérable, sans sécurité, et se dire que sa vie est peut être en danger. […] Le revenge porn est un acte totalement haineux et dangereux.

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Pour Richardson, cette pratique illustre non seulement la rapidité du flux sur le net mais également les évolutions actuelles  quant à la perception de la vie privée, inhérente au règne du numérique, des plateformes d’échange et des réseaux sociaux. Enfin, le revenge porn n’est pas seulement une insulte instantanée faite à la femme (souvent identifiée comme la « b*tch » à abattre), mais le vecteur de risques bien réels – sociaux et moraux – aboutissant la plupart du temps à un malaise quotidien en continu, quelques heures à peine sur le net pouvant cruellement influencer les années à venir. Comme le déclare Anna en guise de conclusion, « I never thought anything could happen to the pictures ever… I feel like been abused 30,000 times.”. A l’instar de la journaliste danoise Emma Holten, Anna Richardson, à travers cette démarche, souhaite mettre en évidence un identique point fondamental, à savoir que, comme elle le déclare au Daily Mail, « il n’est pas anormal de prendre des photos intimes de soi, ce qui est anormal c’est quand un ex petit ami aigri les poste en ligne ».

Encore une fois, le cœur du débat revenge-porn, si tant qu’il ait bien lieu d’être, se trouve dans ce mot : CONSENTEMENT. Pour le reste, on attend de voir.

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