Le feederism, de la BBW au BBQ

En 2012, la douce Kimberly Kane offrait des fragments de sa vie à VICE via le documentaire en quatre parties Skinema, brèves quotidiennes d’une pornstar. Récemment, l’actrice a joué le jeu du délire foodporn pour le site MUNCHIES, en contribuant à la rubrique Sex + Food, consacrée aux plus croustillants mélanges sexo-culinaires. À travers cette série de docus nous racontant la conception des potions d’amour et la fellation au pamplemousse est démontré sous ses diverses formes l’impact culturel de l’art culinaire comme du sexe au sein de la société américaine.

Kimberly nous invite ainsi à rencontrer les feeders et feedees, autrement dit les fétichistes de la bouffe, constituant la communauté des BBW SSBBW. Le feederisme peut être défini comme un mix entre le culte de la boustifaille, le #fetish et le SM. Le but : gaver sa/son partenaire comme une oie jusqu’à pleine satisfaction. Peu de différences entre la star du X et Tammy Jung, grande amatrice de bacon frit et praticienne revendiquée de cet exercice sexuel. Bien que considéré par les intéressées comme une vocation, ce que font ces deux demoiselles correspond à ce phénomène contre-culturel du culte corporel pour le moins méprisé par les bonnes consciences et autres peine-à-jouir. Il faut dire qu’il y a de quoi ressortir ses bouquins paillards de Rabelais en découvrant cette fantaisie charnelle misant tout sur la dimension érotisante du surpoids. Une hyperbole X façon XXL visant le plaisir alimentaire et sexuel en un même bloc. L’acte charnel est directement mis en relation avec l’ingurgitation par un entonnoir d’aliments divers, face à la caméra et devant un public d’initiés.

Pour Tammy Jung, assumer son poids permet par extension d’assumer ses désirs et ses fantasmes les plus disproportionnés. La bouffe, puisqu’elle est indissociable des plaisir oraux, devient une sorte de second corps, et le bedon une zone érogène primordiale. Si les espaces de discussion et d’échange concernant le feederisme ne manquent pas (citons entre autres Fantasy Feeder, BiggerCity.com, Growing Larger, Amy’s World, Feedee Fat), donner la parole à l’une de ses représentantes permet d’évoquer les tags inhérents aux feeders, tel le rejet gastrique (ou #burping), un effet de plus contribuant au spectacle pantagruélique… Se baffrer, rôter et jouir. En un mot : vivre. Certains en vomiront leur pizza quand d’autres bazarderont leur sauce blanche dans ce que Kimberly nomme “le sanctuaire de la fringale”.

tammy-jung

Philosophie de vie ou comportement suicidaire, le feederisme est un sujet vaste puisqu’il invite inévitablement à problématiser par le biais des raccourcis moraux d’aujourd’hui… les orgies décadentes et autres banquets fastueux d’antan. Il représente un monde étrange, que l’on observe avec fascination et répulsion. Peut-on seulement parler de qualité pornographique et d’acceptation idéale de soi comme le fait passionément Tammy ? Ne faut-il pas s’inquiéter de cette apologie de l’obésité morbide en écoutant les défis de surpoids acceptés par l’érotomane ? Difficile de conserver un brin de modération en assistant à un exercice aussi extrême de fat fetichism. Si pour cette BBW joviale il s’agit d’une consécration personnelle et d’une optique de bien-être, ce n’est pas de l’avis de tout le monde, à l’instar de cette journaliste de Bitch Magazine qui va jusqu’à attribuer au feederisme des velléités plutôt radicales :

Feeders get off on the idea that their feedee might one day become too ‘satisfied’ — and too obese — to move, thus making them completely dependent on their feeder. It’s an extreme manifestation of the idea that masculinity in men involves eroticized dominance over women.

Des propos clairement hors-sujet concernant l’optique sado-masochiste (impliquant par définition un consentement et un plaisir mutuels et non un totalitarisme du sexe) mais qui permettent de questionner avec recul ce qui, au premier abord, semble n’être rien autre que l’excroissance impressionnante de nos rêves graisseux, entre seins et friture. Plus c’est mauvais, meilleur c’est ?

Si Ohio Express chantait durant les sixties “Yummy Yummy Yummy I Got Love In My Tummy”, notre fétichiste de l’ère Youporn déclare “c’est comme si j’avais un orgasme dans mon estomac”.

Puisque le but avoué des feedees est “la métamorphose” (pour citer le petit ami de Tammy) peut être faudrait-il au-delà de la polémique modifier par le biais du feederism notre propre perception des choses, du corps, de la bouffe et du sexe. Entre l’amour aveugle et le too much porn, le romantisme et la Rome Antique, nous avons encore beaucoup à dire comme à apprendre de ce tag cholestérolé.

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