Plongée abyssale au coeur du porno doll

Avertissement : la fin de l’article peut heurter votre sensibilité. 

Les tubes sont une fourmilière, les utilisateurs y grouillent et portent sur leur dos des petites vidéos qu’ils déposent un peu partout. En surface s’agite le contenu illégal et promotionnel, à durée plus ou moins limitée. Si on prend la peine de creuser un peu, les vidéos se font plus amateurs, plus précises, plus étonnantes. Rapidement on se retrouve face à la vraie communauté des tubes, celle qui vient discuter, lâcher des coms et charrier du contenu maison tourné avec les moyens du bord entre deux uploads sauvages de scènes mainstream.

De la vie sous les tubes

Ils postent leurs sextapes et leurs petits délires de couple et côtoient des fans des “tribute to”, ces stakhanovistes du fap qui partagent le fruit de leur travail. On y trouve aussi des masturbateurs compulsifs qui aiment exhiber leurs bijoux de famille en public, cousins pudiques des chatouilleurs de prostate, ces ébénistes de l’orgasme pour qui le point G n’est plus un secret.

En descendant encore plus bas, on arrive dans les souterrains des tubes où l’indexation par genre commence à bugguer. L’ordinateur, perdu face à la créativité humaine, ne sait plus où donner de l’algorithme et décide que vous êtes gay par défaut, si on en croit ces publicités contextualisées sur la droite qui vantent les mérites de l’inceste père-fils.

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Dans cette interzone, on trouve des sextoys inconnus, des expérimentations fétichistes, des pratiques sexuelles non répertoriées mais aussi une belle galerie de poupées gonflables et autres real dolls, indifféremment utilisées par des hommes ou des femmes.

C’est ici au 3e sous-sol de Xhamster que notre histoire commence. On y accède en creusant éperdument ou par des mots-clés bien précis. Les moins curieux d’entre vous n’iront jamais s’y perdre et se contenteront de taper éternellement “anal teen” en surface, d’autres y trouveront un nid douillet pour leurs fantasmes les plus transgressifs. Pour ma part, j’étais juste venu enquêter sur les dolls, je suis ressorti un peu sali.

Tuto : comment faire l’amour à une doll

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Avant d’aller trop loin, restons déjà avec nos amies les « real dolls » et son importante communauté. Les reportages sur elles ne manquent pas et tournent souvent autour des mêmes sujets : comment on les fabrique, qui les utilise, mais traitent rarement ce qui nous intéresse, comment on les utilise. Sauf erreur, l’industrie du porn n’a jamais été très intéressée par le sujet, laissant les amateurs jouer avec leur imagination et leur sexe dans la discrétion de leur intimité. Ces poupées ne sont pas que des substituts aux relations humaines, elles ont aussi tout l’attirail pour vous satisfaire sexuellement – bien que les amateurs préfèrent souvent évoquer des histoires d’amour platoniques à leur égard.

Dans les tubes comme Xhamster, où les communautés de fétichistes sont assez développées, on n’hésite pas une seconde à partager sa vie sexuelle. Les vidéos de sexe avec des dolls sont une niche – certes pas très fréquentée – mais de tout même active. Mais n’allez pas confondre ces vidéos avec celles des poupées gonflables qui, globalement, foutent la honte et rappellent trop souvent de mauvais délires alcoolisés dans des fraternités. Le porn avec des real dolls se joue du réel et se tourne souvent en POV. On touche, on tâte, on jouit comme si c’était une actrice ou sa femme, sauf qu’elle ne bouge pas. Une attitude qui n’est pas sans rappeler la mort ou mon Fleshlight si ce malicieux avait des bras et une bouche ouverte.

Je disais que si l’industrie s’écartait des poupées, il est tout de même intéressant de noter qu’elle a réussi un étonnant mélange des genre entre les dolls et le porno fetish à travers le concept de “flexi spandex doll”, où un humain bien vivant prend l’allure d’une poupée. On pense encore une fois au nécroporn et à ses artifices pour faire passer les fantasmes nécros légaux et visuels, mais j’imagine que le but est ailleurs (surtout en maillot de bain).

D’autres, fort malins, en profitent pour faire la promotion de leurs produits. C’est le cas de iamdollusa qui n’hésite pas à mettre la main (gantée) à la pâte pour témoigner de la douceur et du réalisme du toucher de ses dolls, mais aussi pour montrer à quel point elles sont fonctionnelles avec leur vagin fort accueillant.

Première porte vers le malaise

Plus on progresse dans ces galléries souterraines, plus la lumière baisse et l’air se raréfie. Il devient alors difficile de savoir si les gens fappent vraiment sur ces vidéos ou si cette petite communauté poste surtout pour la beauté du geste et l’envie de partager ses fantasmes. À en croire les témoignages de ramjam33, cet homme de 34 ans de St-Louis et des commentaires positifs autour de ses vidéos : « I would blow load after load deep inside her doll womb », il y a une vraie attraction masturbatoire autour des poupées, qu’elles soient vraies, humaines ou… de la taille d’une poupée.

I was motivated to start posting me blowing my load on dolls because I want to share with the Xhamster community what I have to offer. I have received a lot of positive feedback and hope one day instead of a doll I can actually post my wife taking my load.

En s’écartant progressivement de l’adulte pour entrer dans la monde de l’enfance, on se fait attirer inexorablement vers une nouvelle communauté bien plus compliquée à appréhender. Un univers transgressif et fantasmagorique, où les fantasmes interdits côtoient la légalité de leur représentation physique.

ramjam33

J’aurais dit 8 mais bon…

La dernière trappe que nous allons ouvrir n’est pas des plus recommandables mais demeure légale. Vous pouvez arrêtez votre lecture ici si vous le souhaitez, les autres, préparez-vous à entrer dans une autre dimension.

Funambulisme sur le fil du rasoir

C’est en rebondissant de vidéos en vidéos que j’ai atterri dans le repère restreint des amateurs de Dollho ou et des « Sex Dolfie ». J’avais déjà évoqué ces collectionneurs, qui parfois n’hésitent pas à jouir sur leurs poupées ou les sexualiser à travers des photos et vidéos, mais je ne savais pas qu’on pouvait y planter avidement sa trompe. Pour être honnête, j’ai été aussi dubitatif que face aux vidéos avec des pantins d’enfant articulés qui, pendant un temps assez court, avaient l’air d’avoir la loi de leur côté (avant que Clips4sale ne rajoute une ligne aux conditions de sa plateforme). Quand je dis dubitatif, il faut imaginer mes yeux s’écarquiller et vérifier si je n’ai pas confondu web et deep web, où le porno qui y règne est la pire chose que vous ne voudrez jamais voir.

clips4salerules

Ce sont des vidéos, souvent tournées en POV, où les dolls inspirées des mangas japonais ont la taille d’une poupée de collectionneur mais sont dotées d’un vagin, mais ne sont pas vendues ainsi. Elles sont en fait un Dollho (ou Dollho-body) qui est une sorte de corps doté d’un vagin artificiel (appelé « Onahole ») auquel on a ajouté des éléments séparés d’une poupée pour la transformer en Sex Dolfie. Si la petite taille fait immédiatement penser à celle d’un petite fille, les attributs sont néanmoins bien ceux d’une femme. Les seins sont souvent énormes selon les modèles mais le regard reste plus ou moins juvénile selon l’univers où la poupée provient. On joue ici sur toute l’ambiguïté (ou liberté…) du hentai projeté dans un univers physique bien réel puisqu’on peut les pénétrer. Une sorte de Tenga-monstre qui défie les lois et les fantasmes les plus interdits.

Si ces vidéos existent sur les tubes, j’ai tendance à croire qu’elles ont le droit d’y être. Ce n’est pas naïf d’écrire ça, mais juste une réalité juridique des tubes. S’ils jouent avec les droits d’auteur, ils ne s’amusent jamais du côté de la pédopornographie – ça serait totalement suicidaire pour leur business. Les vidéos avec des Dollho sont là, mais les tags pour les trouver sont interdits. Tout comme certains tags comme “rape” ou “piss” majoritairement bannis des tubes, il suffit souvent de taper autre chose pour en trouver et de se laisser guider par l’algorithme archaïque de recommandation.

De cette manière, ces sites se protègent mollement des fantasmes un peu borderlines mais pas forcément interdits dans le porn. Tout dépend de la propre sensibilité de ces sites et il semble régner une sorte de flou juridique autour de ces poupées puisque rien n’interdit leur vente libre (en éléments séparés et même sur Amazon).

Et encore là, je vous épargne la version POV :(

Et encore là, je vous épargne la version en POV :(

Que se passe-t-il dans la tête des amateurs de Dollho ? Satisfont-ils de manière légale leurs fantasmes pédophiles en nous faisant partager leurs expériences ? Sont-ils juste des fétichistes de petites poupées au dernier stade de leur fétichisme? Rendent-ils plus “humains” les fantasmes développés dans le hentai ? Difficile de savoir. Vice avait interrogé en 2013 un créateur de ces poupées qui rejetait tout concept pornographique autour de celles-ci, le pauvre un peu naïf, semblait surtout protéger son business :

What if you see that a doll has been used for porn?
I would stop after-sale service, such as repair. Forever.

Le résultat peut paraître assez choquant selon son degré de sensibilité et tout ça me laisse plutôt perplexe. Néanmoins il est difficile d’accuser quoi que ce soit puisqu’on est surtout face à des objets « sexualisés » issus d’un univers fantasmagorique. Le problème vient des proportions entre la poupée et la bite qui rappellent le pire, mais encore une fois peut-on accuser notre imagination de projeter des images sur d’autres ?

Remonter à la surface, vite

J’étais arrivé suffisamment bas dans la fourmilière des tubes et je commençais à manquer d’air. J’ai donc remonté l’échelle, barreau après barreau, vers la lumière, croisant mes fétichistes et mes kiffeurs de prostate, saluant au passage les (rares) couples qui postent leurs sextapes, retrouvant avec malice mes tags solides, mes JOI et CEI, retrouvant progressivement de l’air et moins de pression. Arrivé en surface, j’ai tapé la bise à Dillion Harper, j’ai serré la pince de James Deen. Je m’y sentais mieux qu’au fond de la mine avec des amateurs de Dollho.

L’imagination humaine est prodigieuse, mais parfois elle met mal à l’aise.

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