Le Bon Fap

Interview avec Cyrille Marie de PinkX : « Porn is not dead ! »

Non, le porno gay n’est pas mort ! Preuve en est le succès de PinkX, premier diffuseur de X gay en France. Devenue incontournable pour les producteurs français et internationaux, cette chaîne pas comme les autres s’appuie sur une ligne éditoriale forte et des choix fièrement assumés. Rencontre avec Cyrille Marie, directeur des programmes, qui nous parle du porno gay d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Bonjour Cyrille. Avant PinkX il y avait Pink TV. Peux-tu revenir sur cette transition ?
En raison d’un manque d’abonnés et de revenus publicitaires suffisants, Pink TV s’est peu à peu dégonflée. Et en parallèle l’offre adulte s’est renforcée jusqu’à atteindre une diffusion de 3 films x gay par nuit actuellement. Nous sommes ainsi devenus totalement PinkX.

Peux-tu communiquer un nombre d’abonnés à vos services TV, VOD et SVOD ?
C’est difficile de quantifier le nombre d’abonnés car la chaîne est proposée souvent sous forme de pack avec d’autres médias. Approximativement, je dirais qu’il y a 35-40 000 personnes qui nous suivent. On gagne de l’argent et on en redistribue, beaucoup. Nous soutenons ainsi une multitude de soirées, de manifestations culturelles, de titres de presse gay à Paris et en Province (je ne parle pas de Têtu qui, en ne faisant plus d’articles sur le porno, est devenu un magazine pour une sorte d’homo “non” sexuel).

Comment qualifierais-tu l’offre PinkX ?
L’offre de PinkX est une offre qualitative. Notre contenu, c’est notre force. On ne balance pas un robinet à porno comme c’est le cas sur les tubes par exemple. Nous proposons une véritable programmation, avec une ligne éditoriale, un regard sur la sexualité gay. Par exemple, vous ne verrez pas sur notre chaîne certaines productions des pays de l’Est car nous évitons de soutenir des pratiques douteuses ou homophobes. Je pense que les gens se retrouvent et ont confiance dans notre chaîne et notre marque. On est une chaîne adulte gay, pensée et faite par des gays et pour les gays. Récemment on a lancé un casting pour un film sur lequel nous collaborons avec HPG et nous avons reçu un nombre impressionnant de candidatures. Je ne pense pas que ce soit un hasard : nous avons réussi à imposer une image excitante et saine de la sexualité.

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Comment élaborez-vous votre programmation ?
Les acteurs ont une place importante dans nos choix. Quand on regarde un porno, je pense qu’on est surtout sensible à ce qu’un modèle va déclencher chez nous. La qualité technique est également importante. Le scénario peut l’être aussi, parfois. En plus de ces trois critères, on s’efforce de proposer une offre apte à satisfaire tous les goûts ou du moins le plus possible car il y a certains types d’actes que nous ne sommes pas autorisés à montrer. On essaie de représenter la plus grande variété de mecs et de fantasmes. À mes yeux, la sexualité est comme un immense Château de Versailles et à chaque fois que l’on pousse une porte, elle peut déboucher sur une autre. Beaucoup pensent que la sexualité est figée, moi je pense que c’est tout l’inverse. À 20 ans on ne sait pas ce qui pourra nous exciter à 40 et c’est ça qui est passionnant dans la vie : ce côté évolutif, ces changements au gré des rencontres.

Tu parles d’actes qu’il n’est pas possible de montrer. De quoi s’agit-il exactement ?
Nous ne pouvons pas diffuser des scènes de fist. Ce n’est pas un trip pratiqué par la majorité des gays mais je trouverais ça intéressant d’en programmer un ou deux par mois. Pareil pour l’uro. Mais avec les opérateurs TV avec lesquels nous travaillons ce n’est pas possible. Nous avons signé des chartes. Elles évolueront peut-être car là elles commencent à dater d’il y a 15 ans et entre temps certaines pratiques jugées trop subversives à l’époque se sont démocratisées… Les fantasmes de viol ou scènes trop violentes n’ont pas non plus leur place sur notre chaîne…et là, à titre personnel, je suis tout à fait d’accord avec ça ! Sur Internet, avec la fragilisation de l’économie de nombreux labels, il y a eu une vague d’hyper violence qui s’est justifiée par le fait que soi-disant les gens voulaient voir ça. Que le mec mette une petite claque dans la gueule de celui qui le suce, pourquoi pas. Mais au bout de 30 claques dans la gueule, je trouve que ça devient fatigant. Cette vision de l’homosexualité qui s’exprime dans la souffrance ne m’amuse pas.

Tu parles du scénario comme l’un de vos critères de sélection. Pourtant j’ai remarqué que par exemple pour Cockyboys vous ne diffusez que leurs scènes, en version compilée, et non leurs films originaux…
Nous assemblons régulièrement des scènes web de Cockyboys pour en faire des films car c’est ce qui marche le plus et c’est ce qui est le plus excitant ! Leurs films originaux sont souvent très beaux mais à mon sens ne constituent pas ce qu’il y a de mieux quand on veut se masturber. Un film comme Roadstrip, on peut se marrer devant mais est-ce que ça nous excite vraiment ? Je dis toujours « Quelqu’un rigole et la quéquette dégringole ». À force de suivre ces garçons à l’humour très troisième degré et bitchy, on est plus assez focalisés sur le sexe. Et dans ce film en particulier, je n’ai pas apprécié le côté langue de putes, réglage de comptes entre acteurs : on ne regarde pas du porno pour voir ça !

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On note tout de même depuis quelques temps un retour à un porno plus scénarisé. De nombreux labels sortent désormais des films ou web series…
Je crois plus au format « film à sketchs » qu’à celui des films scénarisés. Mieux vaut avoir 30 bonnes minutes vraiment efficaces que deux heures qui traînent en longueur. Et n’oublions pas que les acteurs pornos ne sont pas vraiment des acteurs. Il est rare d’en trouver qui soient à l’aise avec cet exercice. Mis à part Matt Kennedy dans L’indic de Menoboy, qui était vraiment une réussite sur tous les plans, ou récemment le film Addict de Nakedsword, je n’ai pas de bons exemples qui me viennent en tête. Il ne faut pas mettre la barre trop haut pour flatter son intellect : on est là pour bander et parfois il vaut mieux du sexe direct et très intense qu’une mise en place maladroite qui peut gâcher le plaisir.

Le porno gay des années 1980 était déjà du porno à sketchs. Et finalement le porno web d’aujourd’hui en est très proche. Une de mes références absolues est Matt Sterling qui dans les années 80 avait complètement capté ce côté « Village People » chez les gays. Il y avait dans ses films une scène de cuir, une scène de cowboy… Il mettait l’accent sur la multiplicité de la sexualité, ses différentes facettes. Le web, lui, a amené cette forme standardisée qui consiste à filmer de façon rapprochée, plutôt en studio, sans porter nécessairement d’importance aux décors, aux paysages.

Tu ne parles pas des années 1970 qui pour beaucoup constituait, d’un point de vue qualitatif, un âge d’or du porno…
En effet, je ne parle pas des années 1970 car c’était une époque très différente. C’était avant l’ère de la vidéo qui a vraiment démocratisé le porno. Ce porno Super 8 qui nous ramène à des labels emblématiques comme Bijou a pour moi surtout une valeur historique. Je trouve que ces films-là ne sont plus très efficaces aujourd’hui. Comme on attend d’un bon film d’horreur qu’il nous fasse frissonner, on attend d’un bon porno qu’il nous fasse bander. Et ce n’est pas forcément le cas avec le porno vintage des seventies. Il en va de même, de mon point de vue, pour les nouvelles productions indépendantes arty : elles sont intéressantes mais qui se branle dessus, à moins d’être très « high » ?

Pour toi c’est quoi un « bon film porno » au final ?
Un bon porno est un film d’un réalisateur qui sait être pervers ! Rien ne sert de déployer une rafale de violence pour exciter, c’est bien trop facile. Pourquoi ne pas, par exemple, jouer davantage avec les accessoires ? Imaginons une scène dans un bar. Plutôt qu’un mec qui saute sur un autre pour le baiser sauvagement sur le comptoir, est-ce que ce ne serait pas plus excitant de montrer un serveur, coquin, qui se balade avec un plug dans le cul et faire monter la tension sexuelle autour de ça ?

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Votre programmation est également uniquement constituée de films avec préservatifs…
Oui, on ne montre qu’une sexualité safe et responsable. C’est un message fort que PinkX tient à renvoyer. Faites tout ce que vous voulez, vivez à fond vos fantasmes mais mettez juste ce petit bout de plastique ! Je reste persuadé que l’image influence le comportement humain. Et au-delà de ça, n’oublions pas que la majorité des modèles pornos sont en dehors des tournages des prostitués. Je ne sais pas vous, mais moi si j’apprenais que mon frère ou mon meilleur ami commençait à se prostituer je ne le jugerai pas, je lui dirai juste : « Fais ce que tu veux de ta vie mais j’espère que tu te protèges ». Et je ne vois pas pourquoi ce serait différent avec ceux qui font du porno. On pourrait me répondre qu’en France c’est de moins en moins difficile de vivre avec la maladie. Mais j’aimerais juste rappeler que 80 % de la planète vit avec des difficultés d’accès aux soins…

Cela n’empêche pas de plus en plus de studios à tomber dans le bareback… Quand un label dont vous diffusez les films se met au « no capote » vous cessez votre collaboration ? Je pense par exemple au basculement bareback de Lucas Entertainment
Oui nous arrêtons de travailler avec les labels qui ne font plus que du bareback. Quand ils font du avec et sans capote, il arrive que l’on prenne tout de même quelques productions mettant en scène du sexe protégé. C’est bien de le faire car ça peut leur montrer que l’on vend davantage du porno safe, avec des gens qui baisent en sécurité, que l’inverse. Pour ce qui est de Lucas Entertainment, nous avons très peu travaillé avec eux. Pour être tout à fait franc, il y a très peu de gens que je n’apprécie pas dans le milieu du porno gay et je crois que Michael Lucas est l’un des seuls à en faire partie. J’ai pratiquement rencontré tous les acteurs de cette industrie et lui m’a renvoyé quelque chose de profondément antipathique, ignoble même sur certains aspects (je me souviens par exemple de son racisme, du fait qu’il n’aimait pas beaucoup Paris car il trouvait qu’il y avait trop d’arabes !). Il donne l’impression de n’aimer personne à part lui-même…

Outre le porno américain, PinkX diffuse aussi beaucoup de porno gay français. J’ai l’impression que la chaîne est devenue incontournable aujourd’hui pour les producteurs français…
On est constamment sollicités par les labels et pas seulement les français ! Par exemple on a récemment fait un deal avec Eurocreme qui rencontrait des difficultés et qui va travailler maintenant avec nous en exclusivité. Pour les labels français, je pense que c’est important pour eux de travailler avec nous. On achète leurs films, on les diffuse, on leur offre une notoriété supplémentaire car en plus de la diffusion on communique dessus.

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Comment se porte le porno gay français actuellement selon toi ?
Aux États-Unis, le porno est une industrie. En France, c’est plutôt un artisanat. Et j’ai l’impression que c’est de plus en plus dur pour ces artisans. Aujourd’hui faire tenir une vraie boîte avec des salariés en France, c’est compliqué. Stéphane Berry a par exemple arrêté récemment. On a encore des boites comme Menoboy ou Citebeur (qui compte des gens comme Fred Sneaker de Sketboy dont j’aime beaucoup la perversité ou encore Ridley Dovarez qui arrive avec une approche intéressante, qui essaie des choses).

Et pour ce qui est du porno gay dans sa globalité ?
Je ne suis pas d’accord avec le discours ambiant qui clame : « Porn is dead ». Je pense qu’au contraire l’avenir du porno peut être flamboyant. J’ai l’intuition que lorsqu’elle va se mettre à utiliser les nouvelles technologies la pornographie va reprendre toutes ses forces. On peut s’attendre, d’ici 5 à 10 ans, à de véritables révolutions. Et artistiquement il va forcément y avoir une nouvelle vague de réalisateurs, qui oseront plus de choses. Le X est un territoire d’expérimentations, il y a encore beaucoup de choses à faire, auxquelles on a pas encore pensé.

Si la porn culture prend de l’ampleur et que le porno est de plus en plus accessible et visible on remarque pourtant qu’il reste encore stigmatisé, source de railleries…
Les métiers relatifs au porno ont toujours et restent encore méprisés. Les gens vont se bousculer quand nous organisons une soirée où l’on fait venir des pornstars à Paris mais à côté de ça ils continuent de prendre de haut le porno. C’est dommage car je trouve qu’une société qui consomme du porno, qui est à l’aise avec, est une société équilibrée. Les gens sexuellement épanouis sont toujours plus heureux ! On est jamais mieux dans ses pompes qu’après avoir joui. En prenant du plaisir, on est en apesanteur, on oublie tout ! Le porno aide des gens qui n’ont pas forcément la possibilité de vivre leurs fantasmes dans la réalité. Il peut leur donner confiance en eux pour réaliser leurs désirs. Il a un côté éducatif aussi. Enfin, le porno est à mes yeux une forme de militantisme. Quand on voit que certains pays refusent de diffuser une chaîne de X gay alors que celles hétéros sont autorisées, c’est qu’il y a un problème quelque part…

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Pour en revenir directement à PinkX, votre offre est aujourd’hui essentiellement présente sur les opérateurs TV avec les programmes de la chaîne, la VOD… Je suppose qu’une présence accrue sur Internet fait partie de vos projets ?
Oui. Internet, on y réfléchit de plus en plus ces derniers temps et il me semble évident qu’à un moment il faudra vraiment y venir. La jeune génération a une façon très différente de consommer du porno. Moi j’aime encore ce frisson du linéaire, du rendez-vous, où je regarde un programme en ayant la sensation de le partager au même moment avec d’autres gens. Mais c’est quelque chose qui se perd de plus en plus.

Comment envisages-tu l’avenir pour PinkX et le porno en général ? Selon toi les tubes n’auront pas le dernier mot ?
Je suis confiant pour ce qui est de l’avenir de PinkX. On va évoluer avec notre public, poursuivre nos objectifs… Je pense que dans les années à venir il y aura moins de productions. On parle beaucoup du porno amateur mais il a ses limites, il peut très vite lasser. Comme je le disais précédemment, à mes yeux l’avenir du x se trouve dans les nouvelles technologies. La jeune génération a peut-être aujourd’hui tendance à aller plus vers des tubes gratuits mais elle est aussi friande de technologie. En lui proposant quelque chose de qualitatif, riche, innovant, il n’est pas du tout impossible de la conquérir. Les tubes et leurs vidéos basse qualité, filmées n’importe comment, balancées dans tous les sens sans aucune ligne, ça va un moment ! Faire du porno vraiment excitant, c’est un métier. Moi je pense que la sexualité ça s’apprend. Ce sont des sens à développer. C’est un bon réflexe de s’offrir un porno de qualité.

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