Nue en club : j’ai testé la soirée Pornceptual à Berlin

Il y a deux ans je n’aurai jamais pensé qu’un jour je me rendrais à une soirée appelée Pornceptual. Près de deux ans de nuits berlinoises plus tard, à faire la fête entre le Berghain et l’Homopatik (la plus réputée des soirées gay), mes vieux principes ont bien changé. Durant ces nuits, on peut souvent croiser l’inimaginable, alors se rendre à une soirée avec un nom aussi explicite ne me paraissait plus être une idée saugrenue.

La Pornceptual

D’après les échos que j’en avais eu, la Pornceptual avait réussi à se forger une solide réputation, qui faisait de ces soirées un événement incontournable de la scène nocturne berlinoise.

Le principe de la soirée est simple, tout le monde est bienvenue : gays, hétéros, hommes et femmes de tout âge (précision qui a son importance). À l’entrée, si tu te présentes habillé c’est plein tarif, demi-tarif si tu enlèves le haut, gratuit (ou deux-trois euros symboliques) si tu viens nu. Aucune distinction entre hommes et femmes, tous sont sur un même pied d’égalité.

2h00

Samedi 11 Avril, je me dirige vers le Prince Charles, un club que je connaissais surtout pour ses soirées hip-hop. Je m’y rends sans l’intention de me déshabiller, juste par curiosité. « Sans me déshabiller », c’est cette naïveté de début de soirée qui sonne comme un « Ce soir, je bois une bière et je rentre » lancé aux potes avant de se retrouver la tête à l’envers.

À l’entrée, des physios perchées sur leurs plateform-shoes de drag-queen nous accueillent. Le ton est donné. Un homme en slip léopard sort du club avec un sac poubelle à la main. Il fait moins de dix degrés dehors. À peine à l’intérieur, on comprend rapidement que la soirée devrait répondre à nos attentes.

Première étape, le vestiaire où l’on nous distribue des sacs poubelles ; j’ai bien pris cinq bonnes minutes à en comprendre l’utilité. « Déshabillez-vous et mettez tous vos vêtements dedans » nous informe le mec du vestiaire qui ne porte pour tout vêtement qu’un simple nœud papillon.

Quelques secondes d’hésitations plus tard, c’est décidé, c’est non, nous resterons habillés, nous sommes seulement là en qualité d’observateurs et j’insiste là-dessus.

Seconde étape la caisse : « Vous restez habillés ? Ça sera plein-tarif» nous prévient-on. Derrière nous, des fêtards entièrement nus dans le froid attendent patiemment leur tour.

2h15

Mad Kate © Chris Phillips

Mad Kate © Chris Phillips

La salle est pleine, il fait chaud, les gens dansent déchainés sur de la disco-house. Tout le monde est nu ou presque (c’est-à-dire string, jock strap, ou boxer pour les plus pudiques). Il n’y a pas une seule personne, homme ou femme, qui ne joue pas le jeu. Sauf nous.

Dix minutes plus tard, on fait tous sauter le haut. Difficile d’expliquer pourquoi, mais au-delà de l’impression de faire tâche avec nos habits, c’est l’énergie qui se dégageait de la soirée qui nous a poussé naturellement (et très rapidement) à jouer le jeu de Pornceptual.

À aucun moment nous nous sommes sentis observés et toutes les appréhensions se sont rapidement envolés. Cinq minutes plus tard, nous arrêtions de regarder les autres ; les corps dansaient encore et encore, et se laissaient aller. Si l’énergie positive de la soirée pouvait parler, elle dirait : « tout le monde est beau, tout le monde a un beau corps ». C’était beau d’être là.

4h00

MadKate1

Mad Kate © Chris Phillips

 

L’artiste Mad Kate monte sur scène. Tracks parle d’elle en disant qu’elle fait du « porno intello ». De ses propres confidences, elle me dit détester cette expression. C’est une artiste qui exerce son art à travers, entre autres, des performances érotiques. Si l’on devait la ranger dans une case, ce serait dans la case « porno et puis c’est tout ».

Pour cette performance annoncée sur le thème du rituel, je m’attendais à tout et ça n’a pas loupé. Elle a choisi de mettre en scène le rituel de la masturbation féminine, qui selon elle n’est pas assez mis en lumière. Ce fut vingt minutes aussi dérangeantes qu’incroyables qui ont tenu son public en haleine.

5h00

La foule danse à nouveau. La musique a changé, on dérive progressivement sur de la techno comme Berlin sait si bien nous donner. Ce changement est le signe que la soirée s’intensifie. Un petit tour par les toilettes – haut lieu stratégique des clubs berlinois. Des capotes usagées traînent au sol, un homme se lave le sexe au lavabo à côtés d’une femme de soixante ans en pleine retouche maquillage. Évidemment nue, enfin presque, elle porte quand même des hauts talons noirs, un mini sac à main et un collier de perles. Je la trouve classe et me rappelle que les Allemands sont de grands adeptes du naturisme.

6h00

pornceptual

Entre les toilettes et la piste de danse, il y a ce couloir illuminé. Rien n’est caché, on est bien loin des backrooms des autres clubs. J’y vois un homme faire une fellation à deux autres aux côtés d’une femme qui danse sur une drag-queen. Rien de très étonnant finalement.

Les scènes de sexe étaient tellement anecdotiques qu’il ne sert à rien de toutes les énumérer, l’essence de la soirée n’étant pas là. Elle offre surtout l’opportunité de vivre une véritable expérience de liberté — trop rare de nos jours, sans jamais se sentir jugé, quelque soit son apparence ou ce qu’on y fait.

10h00

Fin de soirée. Nous sommes heureux d’avoir fait partie de cet événement. En sortant, la question n’était plus « oserais-je enlever le haut ? » mais plutôt « à quand la prochaine ? ».

3 commentaires Voir les commentaires

  • J’espère que c’est le dernier article de cette Salama la coincée du cul.
    Quand on écrit pour le tag, on a pas une démarche de voyeuse en refusant le jeu de la nudité lors d’une soirée où tout le monde est nu.

     »nous resterons habillés, nous sommes seulement là en qualité d’observateurs et j’insiste là-dessus. » non mais sans déconner. Ça me fait penser aux ados qui se cachent dans les buissons d’une plage naturiste, et montrent du doigt les gens comme s’ils étaient au zoo.

  • Vraiment dommage que l’on doivent aller à l’étranger pour vivre NATURELLEMENT. A quand une Suisse qui quitte ces tabous blocages et complexe ?

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