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Sandy Kim : How’s the weather down there?

We live for sex, and because of sex we’re alive.

Actuellement à San Francisco se tient la nouvelle expo de la photographe Sandy Kim, répondant au doux nom de How’s the weather down there?. On dirait le titre d’une folk song pour âmes en déroute et c’est précisément de dérives mentales dont il est question, au sein d’un petit monde de teenagers paumés. A l’image de cette ado, le maquillage humide, le corps plongé dans une piscine azurée, le regard ailleurs, l’air pensif. Comme une sorte de Garden State façon Sofia Coppola, un spectacle plutôt triste et sensuel à la fois. Les personnages de Kim font toujours état de la même ambivalence érotique. Ils vous offrent leurs corps. Vous pouvez les contempler, les décortiquer, ces vignettes sont là pour ça. Mais ce sont des corps distants, loin, trop loin déjà.

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Toujours obstrués, perçus à travers un prisme qui vous en éloigne délibérément : un miroir, une porte entrouverte, les déformations aquatiques, une image d’arrière-plan plus saisissante que son sujet central, ce que suggère et masque une position par ses courbements. Vu comme ça, la chair est triste, comme dirait le poète. À l’image de ce sexe sans visage où s’entassent froidement les composants mécaniques. On fout à poil le modèle et ce qui permet d’enregistrer son image. Pour mieux privilégier une approche glaciale du Q façon art contemporain ?

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Loin s’en faut, taggeurs du coeur. Car Kim Possible, c’est aussi une esthétique de la forme charnelle. À ce titre, on appréciera grandement son portfolio de l’imaginaire des boobs. Seins offerts à un Mickey Mouse pervers comme Dr House, poitrine emplie d’orgueil, mamelons collés contre la vitre (encore un prisme nous faisant miroiter l’inaccessible), têtons suggérés ou pudiquement cachés. Condensé de l’état d’esprit Gregg Araki, on oscille ici entre la sérénité et la claustration, entre l’insouciance et la gêne, entre le naturel originel et la froideur réfrégirante. À travers l’exhibition publique et son excroissance ultra-populaire, à savoir le leitmotiv du selfie, Kim a su capter par le biais de son appareil un certain langage générationnel. Et, loin de s’enfermer dans sa tour d’ivoire, l’artiste nous offre son propre corps, qu’elle a fort joli ma foi, comme s’il s’agissait d’une note d’intention façon Breakfast Club : chacun de nous est cette nudité sans artifices, chacun de nous est cet adepte de l’autoportrait (car qu’est-ce que le selfie si ce n’est l’autoportrait des temps modernes ?), chacun de nous est à la fois égaré et jovial, accro au sexe et appeuré par ses performances.

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Aucun jugement, aucune critique, mais un état des lieux par lequel la mignonne Kim, pour mieux dénuder notre microcosme, commence par ne rien cacher d’elle-même, de son sexe épilé offert à nos mirettes, mise à nu littérale dénuée de toute hypocrisie.

Du coup, vous vous doutez bien que pour une demoiselle aussi sensible à l’air du temps, il était indispensable de mettre en images ce foutu trip culturel qu’est le foodporn. Bouts de pizza léchés, dévorés, sacrifiés sur l’autel du cul(te) culinaire, cette ode à l’amour de la bouffe parlera à tous les foodfuckers. Ma préférence allant, de loin, à ce foutrement galvanisant threesome des familles, qui n’est pas sans évoquer par son concept le FUCK ME façon viandasse de ladite artiste. Pour les amateurs du bizarre poétique, la photographe se la joue également Diane Arbus en délivrant quelques clichés sentant bon l’inquiétante étrangeté.

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Quant au mot de la fin, laissons-le à la généreuse Kim. Un simple geste vaut mieux que mille discours.

 

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