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Sociologie et sexe : Bourdieu mais c’est bien sûr !

There is no community more enigmatic, more influential, and more exciting than the world of adult entertainment. It’s my goal to break stereotypes and misconceptions about the adult industry and shed light into the reality of what it is and the people who inhabit this amazing world.

Sur ces belles paroles, le Dr. Chauntelle Tibbals présente son alléchant ouvrage scientifique, Exposure: a sociologist explores sex, society and adult entertainment. Un bouquin ambitieux qui, nuance fondamentale, n’a pas pour prétention d’écraser la pornographie sous le poids du monde, mais d’envisager l’industrie pornographique comme un monde à part, une réelle “subculture” emplie de codes et de signes qui lui sont propres, microcosme que personne n’ose réellement étudier en tant que tel.

Le cinéma porno se doit d’être évidemment analysé en fonction de son influence sur la société actuelle, de par son importance au sein du paysage contemporain, mais force est de constater que les études dirigées en ce sens sont rarement exemptes de tout critère péjoratif et mettent principalement en exergue l’éternel argument de la domination et des rapports de force comme vision univalente d’un art. Les constatations faites sur le porno se révèlent généralement – voire uniquement centrées – sur notre environnement quotidien et non sur l’alternativité proposée par les formes pornographiques, l’engouement qu’elles suscitent et leur signifiance artistique, le système qui leur est inhérent.

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À lire Tibbals [très difficile de ne pas écrire “Tiballs”], son étude serait simultanément comportementale, voire anthropologique, puisqu’humaine avant tout : en tant qu’individu, qu’est-ce que la liberté porno peut-elle m’offrir ? Qu’exprime-t-elle sur la communauté dont je fais partie ? Et surtout, que raconte-t-elle sur moi, mes désirs, les normes qui conditionnent mon comportement, ma psychologie, mes rêves, mes besoins ? Autant de questions pour briser quelques derniers tabous tenaces, puisque, comme le dit Chauntelle à travers cet intéressant entretien :

Like it or not, adult entertainment is a hugely influential component of our culture. It plays a part in shaping who we are as a society. And we as a society shape it right back. Porn is informed by our sexual desires and dreams, often in ways that we are uncomfortable with.

C’est donc non sans un certain militantisme que la chercheuse Tibbals, à qui l’on doit notamment un bon article sur le bromance porn pour Playboy.com, ne souhaite pas seulement offrir la parole aux représentants légitimes de la société, mais à ceux, trop ignorés, qui représentent cette autre société qu’est le porno :

I was going to speak to the porn industry, both because it was made up of people who deserved to have their voices heard… and because no one else had the guts to.

Mettre à la fois l’accent sur l’impact du sexe explicite filmé sur notre perception de la société et la complexité propre à l’altérité porno semble être un bon compromis, et espérons que cette étude saura offrir au monde du porno les réflexions qui lui sont dignes, sans pour autant magnifier ou idéaliser l’industrie culturelle (qui, comme toute industrie ou forme d’art, n’est évidemment pas sans défauts ou problématiques).

Comme le rappelle cette présentation d’Introduction aux porn studies, étudier la pornographie nécessite encore d’explorer des champs trop peu défrichés, d’aller au-delà de l’image et des qu’en dira-t-on universitaires traditionnels pour percer à jour les connaissances offertes par la porn culture, les visions qu’elle offre et la façon dont elle dialogue avec son public.

Courage, porn students, le futur c’est maintenant.

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